Une seule certitude: le futur Musée des beaux-arts ne s’installera pas à Bellerive, au bord du lac. C’est en grande partie en raison de cette situation que les Vaudois ont refusé le projet en novembre dernier, à 52,4%. Mais un musée il y aura.
Deux commissions planchent actuellement sur les différents sites potentiels: l’une, cantonale, rendra vraisemblablement ses conclusions à l’automne. La deuxième, lausannoise, a un peu d’avance, et dévoilera ses préchoix fin mai déjà. Avant de les transmettre au canton, qui aura évidemment le dernier mot. Yverdon, Montreux et même Ollon avaient fait part de leur intérêt à accueillir le Nouveau Musée des beaux-arts (NMBA). Mais Lausanne reste la grande favorite, et plusieurs sites devraient ressortir des travaux de la commission, rapidement mise sur pied par la municipale Silvia Zamora après la déconfiture dans les urnes.
Même le Palais de Rumine
Certains de ces sites sont d’ores et déjà évidents: la municipale socialiste, alors fervente partisane de Bellerive, a depuis avoué que la commission ne «pouvait pas faire l’économie d’une réflexion autour de la Riponne, pour des raisons techniques et politiques». Poussant la provocation jusqu’à envisager, pourquoi pas, de démolir une aile du Palais de Rumine pour y édifier un élément contemporain. D’autres sites pourraient être plus étonnants.
Beaucoup plaident pour un musée dans l’Ouest lausannois, cette «ville en devenir». Un choix qui ferait grandement plaisir à un membre de la commission lausannoise, Pierre Keller, le directeur de l’ECAL. Pour d’autres, une situation en plein centre-ville, à quelques mètres à peine de la gare CFF, est la solution. D’autres rêvent toujours d’un musée au bord du lac.
Avant de connaître le choix des autorités, 24?heures a fait sa liste, soumise à quelques spécialistes de l’architecture et de l’urbanisme. «Aucun de ces choix ne me fait dresser les cheveux sur la tête», se contente de commenter Fabien Ruf, chef du Service des affaires culturelles. Florilège.
Halle aux locomotives, ouest de la gare

RECONVERSION En plein cœur de la ville, à quelques mètres à peine de la gare CFF et du M2, la halle aux locomotives est pourtant bien cachée. L’édifice n’est aujourd’hui plus utilisé à son plein potentiel, et les CFF avaient fait connaître leur intérêt à y voir, pourquoi pas, le NMBA s’y installer. «C’est un endroit marrant, mais encaissé, entre les voies et les bâtiments de l’avenue Ruchonnet. L’accès risquerait d’être un peu trop «trou de souris»», analyse a priori Dominique von der Mühl. Reste que de nombreux architectes interrogés s’enthousiasment pour cette solution. C’est le cas d’Olivier Lasserre, architecte-paysagiste ayant œuvré sur de nombreux projets lausannois: «Ces halles proposées par les CFF sont absolument splendides», s’enthousiasme-t-il. Autres exemples de reconversion de sites ferroviaires, la Hamburger Bahnhof, à Berlin, devenu Musée d’art moderne, ou le Musée d’Orsay, à Paris.

À CÔTÉ DE LA TOUR Le site de Beaulieu va subir de profondes mutations dans les années à venir: incertitudes concernant les halles sud, collaborations avec d’autres foires (Bâle, Genève), construction d’une tour, et peut-être même un tramway. Un musée des beaux-arts pourrait encore s’ajouter à la liste. Et pourquoi ne pas carrément imaginer des interactions entre l’aspect «foire» du lieu et un futur MBA? «Quand on va au Japon, aux Etats-Unis, on voit que toutes les grandes expositions sont financées par des entreprises privées. Il ne faut plus être choqué par ce lien entre la culture et le commerce», argumente Guy Nicollier, architecte. Autre atout: la proximité avec la Collection de l’art brut, qui, à l’étroit dans ses locaux actuels, a justement besoin de s’agrandir. Pour d’autres urbanistes, il vaudrait mieux à Beaulieu continuer à «tricoter la ville» et y ajouter des logements.

ÉLECTROCHOC La direction de Bobst l’a annoncé: au plus tôt en 2012, ses 1000 employés quitteront le site prilléran pour s’installer à Mex. D’ailleurs, le syndic Alain Gillièron a déjà laissé entendre qu’il aimerait bien voir sur ce site un «espace culturel» prendre la relève, sans lâcher le mot «beaux-arts». Les avis des experts sont opposés: pour certains, installer le NMBA ici serait «traumatisant»; pour d’autres, il agirait comme un «électrochoc» dans ce quartier.

ALTERNATIF Haut-lieu de la culture alternative (Dolce Vita, Espace autogéré et maison de paille), la promenade de la Solitude pourrait devenir le fief de la culture institutionnelle. Le site est idéalement placé, à proximité de la station Bessières du M2. Des fenêtres du futur musée, la vue sur la cathédrale serait somptueuse. Et les Beaux-Arts permettraient de requalifier cette zone mal-aimée, où la ville avait essayé de déplacer les toxicomanes puis d’installer un local d’injection.

CÔTÉ MODE En bordure de la route de Genève, les anciennes douanes, œuvre de l’architecte Alexandre Sarrasin construites entre 1951 et 1953, se cherchent une nouvelle vocation. Situé dans la «ville en devenir» – c’est le terme utilisé par nombre d’architectes et d’urbanistes pour parler de l’Ouest lausannois – le site a l’avantage d’être situé en bordures de voies, et pas très loin de la future gare de Malley. «Il y a presque un côté «mode» à mettre un musée dans ce genre de bâtiment, critique Monique Ruzicka-Rossier, architecte et urbaniste au sein de l’Institut du développement territorial de l’EPFL. Si c’est juste transformer la halle ferroviaire, comme cela s’est déjà fait depuis une trentaine d’années dans plein de pays, non. Maintenant, si on me dit qu’une partie des œuvres sera exposée dans des wagons qui circuleront en Suisse à la manière d’expositions temporaires, là, il y a un intérêt!»

ANCIENS ABATTOIRS Il y a le M1, il y aura bientôt la gare de Malley juste à côté: sur la friche du même nom, l’espace à disposition ne manque pas, entre Kléber-Méleau et les anciens abattoirs. De nombreuses zones sont déjà réservées pour des installations publiques. A priori plutôt un gymnase de l’Ouest lausannois, mais qui sait? Le gazomètre, à côté, se cherche désespérément une reconversion. Il pourrait devenir un symbole fort du futur musée. «Il y a énormément de possibilités dans l’Ouest, alors pourquoi pas. Pour moi, c’est soit le bord du lac, soit l’Ouest lausannois. Un endroit qui décontenance», résume Monique Ruzicka-Rossier.
«Les communes et les CFF ont plein de projets pour toute cette zone, et le NMBA pourrait apporter une valorisation au quartier», réfléchit pour sa part Guy Nicollier. Maintenant, un projet de «prestige» a-t-il sa place dans un quartier comme celui-ci? Ce sera aux édiles de décider.»

INCONTOURNABLEA Rumine, une chose marche fort: la bibliothèque. Le postulat de départ est donc qu’il ne faudrait pas enlever cet élément. «C’est un beau bâtiment, qui exprime une époque, mais un musée y a-t-il encore sa place?» se demande l’architecte Monique Ruzicka-Rossier. Il faut lui redonner de la vie, et ce n’est pas ce genre de musée qui va l’y aider.»

PANORAMIQUE C’est un paquebot, à deux pas de la gare. Une immense surface, dotée d’un parking souterrain, rachetée à La Poste par une société immobilière. Dans cet ancien centre de tri du courrier – dans lequel des activités se poursuivront jusqu’en 2010 au moins – la rumeur avait d’abord installé Ikea, puis Carrefour. Le projet d’un hôtel cinq étoiles semblait ensuite bien engagé, avant de capoter.?Alors, que faire de cet espace? Un musée, pardi! Avec, en prime, un restaurant au dernier étage, à la place de la cantine actuelle, avec vue imprenable sur la ville depuis la terrasse panoramique. «En installant le musée ici, on le rend proche de toutes les capitales européennes. Paris, Milan, Zurich; il suffit de descendre de train et on y est!» argumente Guy Nicollier.
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