Métamorphose est en route. Sur le plateau de la Blécherette, 2500 logements devraient petit à petit voir le jour, moyennant la disparition du stade de la Pontaise. Les pelleteuses ne sont de loin pas encore là, mais déjà, l’avenir de plusieurs autres infrastructures de taille est remis en cause par l’expansion de la ville: la prison de Bois-Mermet, le Service des automobiles et de la navigation (SAN), mais aussi l’aéroport de la Blécherette, autrefois à l’écart des habitations, ont-ils encore leur place ici?
C’est la municipale en charge du Logement, Silvia Zamora, qui ne briguera pas un nouveau mandat politique en 2011, qui a allumé la mèche. «Le projet Métamorphose se fera tranquillement, sur dix à quinze ans. La prison comme le SAN sont déjà aujourd’hui au cœur de la ville. Tout à la fin de ce processus, leur situation sera encore moins tenable qu’aujourd’hui. Oui, je souhaite évidemment les voir déplacés!» Passage en revue.
LA PRISON DE BOIS-MERMET
Inauguré en 1904, l’établissement héberge des accusés en détention préventive. Ce n’est pas la première fois que sa présence interfère avec des projets immobiliers. Cette fois, Silvia Zamora est claire: une prison n’a plus sa place ici. «Mais j’espère que le bâtiment ne sera pas démoli, je le trouve magnifique. Il faut le garder, et le réaffecter avec des activités plus sympathiques. Des ateliers d’artistes, des activités culturelles? Quoi qu’il en soit, ce bâtiment pourrait à ll’avenir devenir un élément fort de l’identité du futur quartier.» Seul hic: le canton, propriétaire des lieux, est au courant des intentions lausannoises, mais n’a jamais été approché officiellement. «Il y a de nombreux exemples, en Suisse et en Europe, d’anciennes prisons encore en activité qui se trouvent en pleine ville», note simplement la directrice du Service pénitentiaire vaudois, Catherine Martin. De fait, le déplacement de cette prison n’est pas du tout à l’agenda. «Il faut être réaliste: construire une prison de cette capacité-là, aujourd’hui, ce sont des dizaines de millions de francs, et nous avons d’autres projets largement prioritaires qui sont en cours!»
LE SERVICE DES AUTOMOBILES ET DE LA NAVIGATION
Moins ancien que la prison, le SAN est aussi dans le collimateur de la municipale du Logement et du Patrimoine. Lui aussi se retrouve dans une situation malaisée. Son nouveau directeur en est bien conscient. «Nous savons très bien que notre site de la Blécherette a quelques problèmes, notamment au niveau du trafic alentour, très chargé. Lorsque des inspecteurs partent avec des élèves pour l’examen pratique de conduite, ce n’est pas toujours très pratique», explique Pascal Chatagny, chef du SAN. Sans compter que les bâtiments, construits en 1964, commencent à dater. En clair, le canton ne veut pas investir de l’argent dans des travaux lourds de rénovation si le SAN n’a plus sa place ici. «Nous sommes actuellement en pleine réflexion par rapport à l’avenir de notre service. Cela ne veut pas dire que nous allons forcément partir, ni forcément rester, mais nous devons nous poser les bonnes questions. Et le projet Métamorphose fait partie de nos réflexions.» Le SAN a ainsi élaboré plusieurs variantes, avec ou sans déménagement des activités, qui sont actuellement à l’étude auprès du Conseil d’Etat. Ce dernier devrait prendre position avant la fin de l’année.
L’AÉROPORT
C’est le site dont l’avenir est le plus assuré, même si sa surface va être passablement rognée avec Métamorphose. Non seulement la concession de l’OFAC court jusqu’en 2036, mais la ville a octroyé à l’aéroport un droit de superficie jusqu’en 2050. «Et il ne faut pas oublier le vote populaire de 1992, en faveur du maintien de l’aéroport», glisse encore Patrick de Preux, grand défenseur des activités aéroportuaires du nord de la ville. «La ville devra aller chercher ailleurs! Ce sera à nos arrière-petits-enfants d’en rediscuter…» Une élue Verte avait bien essayé de faire passer un postulat demandant de raser l’aéroport, mais son projet avait été rapidement classé sans suite par le Conseil communal.