Supra ira-t-elle jusqu’à détrousser ses assurés vaudois? Détrousser. Le verbe peut paraître fort. Il ne fait pourtant pas tiquer le libéral Charles-Louis Rochat. Administrateur de la caisse Supra, il en a entendu d’autres depuis que l’Etat de Vaud a dénoncé le transfert de réserves vaudoises vers d’autres cantons que compte réaliser son établissement (24?heures du 27 août). «Infraction crasse», «détournement de primes», «spoliation des assurés vaudois»…
Projetés par Supra dans le canton de Vaud, et par Assura dans les cantons de Genève et de Neuchâtel, ces premiers transferts de réserves excédentaires n’attendent plus que le feu vert de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Puiser dans la poche d’un canton pour éviter des hausses de primes dans un autre canton, est-ce moral? La réponse de Charles-Louis Rochat est nette: «En tant qu’ex-ministre de la Santé vaudoise, je comprends la question. Mais il faut savoir oublier la fonction d’hier pour assumer les responsabilités entrepreneuriales qui sont miennes aujourd’hui.»
Ce qui doit guider l’administrateur Rochat, c’est «la pérennité de notre caisse sur le plan national». Avec cet objectif en tête, les réserves offrent aux assureurs «une des rares marges de manœuvre» avec laquelle ils peuvent encore jouer. A condition de disposer librement de ces réserves sur le plan national, comme a semblé l’accepter ces derniers jours l’OFSP. «Cela nous permettrait de parvenir à une meilleure gestion des risques.» A ce point, le libéral Rochat aime rappeler qu’il a précédé Pierre-Yves Maillard à la tête du Département de la santé publique et de l’action sociale: «Si on parle tant de ces transferts de réserves, c’est parce que mon successeur socialiste fait du tapage politique.»
Selon l’ex-ministre, l’actuel chef du Département a un grand tort: «Il pourrait se consacrer à réduire davantage les dépenses de santé, par exemple avec la planification hospitalière, à laquelle j’ai moi-même travaillé. Mais, en bon socialiste, il met l’accent sur le financement.»
Cette petite phrase annonce un élargissement du débat, qu’exacerbera l’approche des élections cantonales. Fin septembre, une commission du Grand Conseil se saisira d’une révision de la loi sur la planification et le financement des établissements sanitaires d’intérêt public.
Pierre-Yves Mailllard ne se démonte pas: «Rappelez donc à M. Rochat que lorsque j’ai repris de ses mains le flambeau du département, la statistique de 2003 indiquait que le coût annuel engendré par les assurés vaudois était supérieur de 21% à la moyenne nationale. En 2009, la différence avait été ramenée à 10%.» D’où, pour partie, les réserves excédentaires des caisses maladie. Les Vaudois n’ont pas fini d’entendre parler de leur santé…