URBANISME

La métamorphose gagne le centre de Lausanne, où le piéton sera roi

Par Mehdi-Stéphane Prin le 08.10.2009 à 22:37

Une révolution sans précédent depuis un siècle attend le cœur de la capitale vaudoise. D’ici à 2016, le tronçon entre les places Saint-François et Chauderon n’accueillera presque plus de voitures, au profit des piétons et des trolleys.

Lausanne s’apprête à vivre sa plus grande révolution depuis plus d’un siècle. La Municipalité a présenté ce soir aux élus les conséquences pour la ville du retour du tram, programmé pour 2016, entre le Flon et Renens. L’occasion d’un véritable tsunami urbain avec notamment le changement de visage des principales places du centre-ville. Exit les voitures entre Chauderon et Saint-François, place aux trolleys, vélos et piétons.

A côté de la multiplication des chantiers prévus pour le début de la prochaine décennie, la construction du M2 passe pour une broutille. «Un tramway et des bus en site propre ne posent pas de difficultés techniques, mais de grands défis urbanistiques», résume Michel Buthion, chef du projet axes forts du projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM). Ce projet devisé à environ 1,3 milliard de francs, dont 40% pris en charge par la Confédération, doit permettre d’accueillir 40?000 habitants de plus tout en améliorant fortement les transports publics, entre RER, trams et lignes de bus à haute capacité. Le plus grand chambardement concerne le centre-ville de Lausanne. Tour d’horizon des principaux changements prévus d’ici 2016.

Grand-Pont sans voitures
Le changement le plus spectaculaire de l’opération concerne certainement la fermeture aux automobilistes de l’axe entre les places Saint-François et Chauderon. Les 16?000 voitures journalières devront faire place aux lignes trolleybus arrivant des quatre coins de l’agglomération pour traverser le centre de Lausanne. L’occasion pour la ville de créer également des pistes cyclables et d’agrandir des trottoirs aujourd’hui déjà bondés. Face à un tel bouleversement des habitudes pour les conducteurs, une pluie d’oppositions n’est-elle pas inévitables? «Non, nous avons changé d’époque, réplique Olivier Français, municipal des Travaux. A droite comme à gauche, tout le monde est conscient que la croissance économique et démographique de l’agglomération implique de limiter le trafic individuel en offrant des transports publics performants. Ce sera le cas.»

Priorité aux trams et aux trolleys
Entre Renens et le Flon, le tram circulera entièrement en site propre avec une priorité absolue dans les carrefours. Résultat, les rames s’arrêteront uniquement aux arrêts et ne resteront pas coincées dans les bouchons. Les temps de parcours vont également diminuer pour de nombreuses lignes de bus, avec de nombreux réaménagements routiers pour leur faire gagner du temps, notamment du côté de Chailly, de Bellevaux et de l’avenue de Morges. De longs tronçons de voie réservée aux transports publics traverseront également les communes de Crissier, Renens, Prilly, Pully et Lutry. Des infrastructures qui permettront la création de lignes de trolleys appelée «à haut débit de services» pour traverser rapidement l’agglomération. Une étape intermédiaire avant une éventuelle extension du réseau de trams.

Automobilistes pas oubliés
Tous ces réaménagements spectaculaires vont faire chuter le nombre de voitures dans le centre-ville lausannois. Sans être formellement interdit, le trafic de transit sera fortement découragé. Les ingénieurs en mobilité prévoient de détourner un maximum d’automobilistes sur l’autoroute de contournement. Le projet d’agglomération prévoit la création de nouvelles sorties, notamment du côté de la Blécherette. Entre Saint-François et Chauderon, les automobilistes devront passer par le Grand-Chêne.

Planning serré
Afin d’obtenir les subventions de la Confédération pour cette première étape du projet d’agglomération, tous les travaux doivent avoir commencé en 2013. Bref, les études présentées hier sont, pour leur grandes lignes, quasi définitives. Les mises à l’enquête sont prévues pour 2011 et la fin des chantiers pour 2016.


 

Entre défis techniques et dangers politiques, le casse-tête du tram de la Blécherette

Si la première étape du projet d’agglomération est dans les temps pour une réalisation en 2016, la seconde prévue a pris du retard sur son chapitre lausannois. Celui-ci se résume au prolongement du tram en direction de la Blécherette. Un projet qui a déjà fait couler pas mal d’encre. La Municipalité de Lausanne soutenait une variante souterraine par Beaulieu, tandis qu’une grande partie de la classe politique militait pour un passage en surface par la Borde.

L’heure n’est plus à la polémique. Les ingénieurs de la ville décrivent désormais en toute transparence les défauts du tunnel: stations trop profondes, géologie favorable sur seulement 20% du tracé et obligation de modifier la sortie de la station du M2 du Flon. Pour autant, le parcours en surface n’est pas exempt de défauts. Trop étroite, la rue Centrale impose une cohabitation entre tram et voiture. De quoi mettre le feu aux poudres politiques, avec des milieux économiques fortement opposés à voir le trafic diminué du côté de la rue Saint-Martin, après avoir fait une grosse concession sur le Grand-Pont. «En plus, le temps de parcours serait mauvais, ajoute Olivier Français, municipal des Travaux. Mais il faut avoir l’humilité d’ajouter qu’aujourd’hui aucune des deux variantes n’est satisfaisante.» Les études continuent, mais le temps presse.

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