La colline du Mormont, c’est un point de vue magnifique sur les chaînes alpine et jurassienne. Mais c’est surtout l’une des plus belles surprises archéologiques de ce début de siècle en Suisse. Un peu plus de trois ans après la découverte d’un vaste sanctuaire celtique du Ier siècle av. J.-C., le site surplombant Eclépens fait l’objet d’un premier bilan: une plaquette de 16 pages, publiée cette semaine par les chercheurs. Un document largement illustré, qui dresse un premier portrait de ce lieu de culte hors du commun, qui est loin d’avoir tout dit de ses secrets.
Découvert en 2006, le sanctuaire du Mormont jouit aujourd’hui d’une renommée internationale. Et pour cause: il livre une photographie inédite des pratiques cultuelles du peuple celte des Helvètes. Il apparaît que, en l’espace d’une génération, ces derniers y ont creusé des centaines de fosses profondes de 3 à 5?mètres, pour une utilisation à caractère rituel. Au fond, une mine d’or pour archéologues: ossements humains ou animaux, céramiques, meules, bijoux ou objets en métal déposés intentionnellement, parfois même mis en scène. «Peut-être pour invoquer des divinités en relation avec le monde agricole», avance Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire, en conférence samedi au Musée romain d’Avenches.
Des centaines de fosses intactes
Mais que contenaient les récipients enterrés? Dans quel contexte avaient lieu les enfouissements? Les corps humains «manipulés» et brûlés retrouvés sur le site avaient-ils été sacrifiés? Et mangés? Traduire le langage rituel crypté des trouvailles du Mormont est le défi que relève, en marge des campagnes de fouilles, un collectif d’archéologues et de spécialistes. Leur avantage, ils disposent ici de centaines de fosses intactes, dont aucun détail n’échappera aux techniques de fouilles actuelles.
Auront-ils l’occasion de poursuivre leur travail dans de bonnes conditions? L’entreprise Archéodunum, chargée de fouiller le site, n’a pu prolonger la campagne au-delà du mois d’août. Motif: le budget cantonal alloué pour 2009 était épuisé. Le chantier devra donc rouvrir ses portes au printemps 2010. Or le temps presse: la société Holcim, qui exploite le calcaire de la colline sous le gisement celtique, a planifié l’extension de son activité dans ce secteur dès 2011.
Le Mormont. Un sanctuaire des Helvètes en terre vaudoise vers 100 av. J.-C.
16 pages, disponible dès aujourd’hui au Musée d’archéologie et d’histoire, au Palais de Rumine à Lausanne.