«Le vaccin contre le H1N1 a-t-il déclenché ma sclérose en plaques?» Cette question obsède Nathalie Roy, infirmière au CHUV et maman de quatre enfants, qui a ressenti les premiers symptômes de cette terrible maladie douze jours après s’être fait vacciner. «Je me fais vacciner chaque année contre la grippe, mais cette fois, j’avais des réticences. On en discutait entre collègues, on s’étonnait de la rapidité avec laquelle ce vaccin était arrivé. D’un autre côté, les gens me disaient: «Fais-le pour tes filles.» Finalement j’ai accepté.»
«Je ne me suis pas inquiétée tout de suite»
Le 17 novembre, cette Québécoise de 34?ans reçoit donc l’injection protectrice. Au début, tout se passe bien, mais le 1er décembre, elle ressent des engourdissements dans la jambe gauche. «Je ne me suis pas inquiétée, mais ça s’est étendu. A Noël, je ne pouvais plus marcher.» Inquiète, elle consulte un neurologue, subit une ponction lombaire et apprend le terrible diagnostic. «La sclérose peut apparaître suite à un choc émotionnel ou une forte infection. Comme je n’ai rien subi de tel durant les derniers mois, j’ai pensé au vaccin. Je n’accuse personne, j’ai pris la décision toute seule. Mais si ma maladie a été déclenchée par ce vaccin, je trouverais normal que quelqu’un paie les 1400?francs par mois de médicaments que je vais désormais devoir prendre toute ma vie.»
C’est donc avec grand intérêt que Nathalie Roy a découvert un fascicule publié par le site www.infovaccins.ch et qui cite des maladies graves comme exemples de «complications vaccinales avérées». Avec, en tête de la liste, la sclérose en plaques.
«Mes patients ne sont pas des cobayes»
Médecin généraliste et homéopathe à Yverdon, le Dr Pascal Büchler fait justement partie du Groupe médical de réflexion sur les vaccins, qui édite ce site. «Je vaccine régulièrement des patients contre la rubéole, le tétanos ou la polio, mais jamais contre la grippe. L’efficacité de ce vaccin saisonnier n’a jamais été clairement établie. Et c’est encore pire pour celui contre le H1N1, puisqu’il a été mis sur le marché «sous circonstances exceptionnelles», ce qui signifie sans suffisamment de tests cliniques. J’estime que mes patients ne sont pas des cobayes.»
Médecin adjoint au Service d’immunologie et d’allergie du CHUV, Pierre-Alexandre Bart est plus mesuré, mais ne rejette pas l’éventualité d’un lien entre le vaccin et l’apparition de la maladie: «Dès que l’on stimule le système immunitaire, par exemple par le biais d’un vaccin, on induit des réactions proches de celles de l’infection naturelle, mais habituellement plus modérées.»
«Ce qu’il est important de comprendre, précise le spécialiste, c’est que l’infection naturelle par le virus H1N1 est susceptible de provoquer les mêmes conséquences, mais dans une proportion bien plus élevée. Dans la présente situation, il est toutefois impossible de tirer des conclusions à partir d’un nombre de cas aussi petit…»
Depuis sa crise de sclérose, Nathalie Roy a retrouvé la plus grande partie de sa sensibilité. Elle continue d’élever ses quatre filles âgées de 9?ans à dix mois, mais avec désormais une épée de Damoclès au-dessus de la tête. «J’ai choisi de témoigner, car les gens doivent être sensibilisés. Se faire vacciner n’est pas un geste anodin, cela peut avoir des conséquences sur votre vie et celle de vos proches.» Comble de l’histoire, la fille cadette de Nathalie Roy, qui n’était pas vaccinée, a finalement fait la maladie, de manière tout à fait bénigne.
Les indemnités reposent sur un lien de causalité difficile à prouver
La loi fédérale sur les épidémies de 1970 prévoit que le canton indemnise les victimes de lésions post-vaccinales, sauf si «une faute grossière» a été commise par le patient. Dans les faits, un éventuel dédommagement – si Nathalie Roy en réclamait un – repose sur la démonstration d’un rapport direct entre le vaccin et la maladie. Un lien d’autant plus difficile à prouver que la sclérose en plaques a une période d’incubation très longue et que le vaccin contre la grippe H1N1 est sur le marché depuis moins d’un an. L’infirmière a néanmoins la possibilité de présenter son dossier médical au Bureau des expertises extrajudiciaires de la Fédération des médecins suisses (FMH). «Je n’ai jamais entendu parler de cas semblables, mais ça m’étonnerait qu’on lui donne raison, réagit Anne-Marie Bollier, déléguée de l’Organisation suisse des patients (OSP). On n’a pas suffisamment de recul sur ce vaccin. Et puis il faudrait être sûr qu’elle n’était pas atteinte avant de se faire vacciner.»
M. N.
Un précédent en 1976 aux Etats-Unis
Le virus H1N1 avait déjà fait parler de lui en 1976, lorsqu’il s’était répandu dans des casernes de l’armée américaine. Les Etats-Unis avaient alors lancé une campagne de vaccination pandémique, qui a été interrompue après dix semaines. Médecin adjoint au Service d’immunologie et d’allergie du CHUV, Pierre-Alexandre Bart explique pourquoi: «Sur les 45 millions de personnes vaccinées, on a observé l’apparition de plus de 500 cas de syndrome de Guillain-Barré (ndlr: maladie qui consiste en une attaque du système nerveux périphérique par le propre système immunitaire des patients. Elle se caractérise principalement par une faiblesse, voire une paralysie, et s’accompagne souvent de sensations anormales) . Ces effets neurologiques n’ont toutefois plus été observés par la suite dans d’autres études.» Vaccin coupable ou simple résultat d’une surveillance plus attentive que d’ordinaire d’un très grand nombre d’individus, la question n’a pas été tranchée. La résurgence du virus aura toutefois aussi fait ressortir la question soixante ans plus tard, notamment sur le site www.infovaccins.ch.