Philosophe, la patronne du Café Romand! « Ça nous a fait du bien de vivre ça! C’est dans ces situations que l’on se rend compte à quel point nous sommes tributaires de l’électricité», s’amuse Christiane Péclat. La mégapanne électrique qui a touché Lausanne hier, de 20?h?15 à 22?h?27, a donné une ambiance très singulière au renommé restaurant de la place Saint-François. Toutes les machines de l’établissement restant désespérément amorphes, l’obscurité a mis tous les clients sur pied d’égalité: éclairage aux chandelles et fondue, ou crudités, pour tous! A la fin du repas, pas de café, mais du thé, chauffé grâce au fourneau à gaz de fortune.
Impossible, par ailleurs, de se rendre dans les lieux d’aisances de l’établissement sans une bougie, gracieusement fournie par la maîtresse de l’endroit. «Nous nous sommes vite aperçus qu’il n’y avait plus d’espoir de voir la lumière en cette soirée, sourit Christiane Péclat. Heureusement que c’est tombé un lundi, un jour d’affluence moyenne.» En sortant du «Romand», quelques clients ont aussi pu voir des collaborateurs du café Starbucks voisin pestant de devoir s’appuyer toute la vaisselle à la main et de différer leur rentrée à la maison.
Six étages à pied
Tout près, le Lausanne-Palace n’a pas été épargné par les ténèbres. Dans ce cinq-étoiles, personne n’est resté coincé dans les ascenseurs, tous en panne. Les clients n’ont eu d’autre solution que de rejoindre à pied leur chambre ou leur suite, parfois jusqu’au sixième étage. Les mieux lotis l’ont été encore plus, les suites présidentielles étant situées aux deux premiers niveaux de l’hôtel.
Le personnel a aussi particulièrement dû retrousser ses manches: vu l’état d’hibernation totale de tout le système informatique, les employés n’ont pas toujours pu faire dans la dentelle. «Nous avons été contraints de démonter la barrière de notre parking souterrain, afin de permettre à nos clients de sortir, confie Jacques Staempfli, directeur adjoint. Mais nos hôtes ont plutôt bien pris cette panne. Un habitué a même relevé, tout sourire, que dans notre pays tout fout le camp: les banques, leur secret et, maintenant, l’électricité.»
Le cinq-étoiles, aux mille chandelles pour une soirée, s’est néanmoins découvert une nouvelle clientèle: bon nombre de personnes, principalement en couple, ont sauté à pied joint sur l’aubaine pour goûter à ce romantisme exquis.
Cinémas et cafés fermés
Parmi ces derniers, peut-être, quelques égarés éconduits des cinémas. Au Pathé Flon, par exemple, les sept séances prévues dès 20?h?30 ont dû être annulées, les salles ne disposant pas de groupe électrogène.
Ceux qui, un peu plus tôt, auraient souhaité voir jusqu’au bout Le voleur de foudre en ont aussi été pour leurs frais. «Certaines séances de 18?h?30 n’ont pas pu être achevées, confie Teodor Teodorescu, directeur de Pathé. Les salles de projection et le hall ont dû être évacués par notre personnel. Nous avons donné aux personnes lésées des invitations en guise de dédommagement.»
Au Petit-Chêne, les Galeries du Cinéma ont été moins touchées: seules deux coupures ont fait poireauter les cinéphiles durant une dizaine de minutes.
La mégapanne a frappé de plein fouet plusieurs commerces: les restaurants McDonald’s de Saint-Laurent et du Flon ont été contraints de fermer leurs portes. Les kiosques figurent aussi parmi ceux qui déplorent un manque à gagner: «Nous avons dû empêcher les gens d’entrer dans nos magasins Relay à la gare durant une heure, les caisses enregistreuses ne fonctionnant plus», relève Steve Ruscio, responsable Région chez Naville.
Le Vaudois brille
Au milieu de la pénombre, le Café-Restaurant Le Vaudois est resté illuminé sans que ses hôtes ne s’aperçoivent que la ville était presque entièrement plongée dans la nuit. «Je ne sais pas pourquoi nous n’avons pas eu de coupure, s’interroge le patron, David Balsamo. Peut-être parce que je m’étais vraiment fâché lors de la dernière coupure survenue il y a quelques années?»
Pour le reste, les Lausannois évoquent quelques courtes coupures qui n’ont provoqué que peu de désagréments. Après une petite panne, la piscine de Mon-Repos est restée éclairée en soirée. Dans le même bâtiment, le Budokan Lausanne n’a même pas interrompu ses exercices de kendo: «Nous nous sommes entraînés dans la nuit pendant un quart d’heure», raconte Emmanuel D’Angelo.
Du côté des particuliers, la plupart ont pris la panne avec beaucoup de philosophie. Comme cet habitant du Petit-Beaulieu, un secteur très touché: «J’étais dans mon bain quand tout a sauté d’un coup. Je suis allé à la fenêtre et j’ai vu qu’à gauche de Chauderon tout était noir. J’ai voulu me faire un thé: impossible! Jeter un coup d’œil sur internet: impossible! Heureusement, j’ai une petite radio à piles qui m’a permis de prendre conscience de l’ampleur de la panne. J’ai donc décidé de lire un roman sur les vampires, à la lumière d’un briquet, puis d’une bougie. Et puis, je suis retourné dans mon bain où j’ai fini la soirée.»
Le plan ORCA de la ville de Lausanne a été exceptionnellement déclenché
La panne électrique de lundi soir était tout sauf anodine. Face à l’ampleur du phénomène, les autorités ont en effet déclenché le plan DIAM (pour directive d’interventions en cas d’accidents majeurs), le pendant lausannois du plan cantonal ORCA. «Il est extrêmement rare de le mettre en œuvre pour des événements ponctuels», note Bernard Rossier, chef de la Division sécurité et coordination de la police de Lausanne et chef de l’état-major du dispositif. Hormis son activation avant des événements prévisibles comme la pandémie de la grippe A (H1N1), il ne s’est mis en branle ces dernières années que lors de l’accident en gare de Lausanne en juin 1994, quand un wagon de produits chimiques s’était couché sur les voies. Plus récemment, il avait aussi été engagé lors de l’incendie de l’avenue de Provence, l’automne dernier.
Une fois l’importance de la panne constatée, les différents représentants des partenaires intervenant dans la chaîne de secours (police, pompiers, protections civile et sanitaire) ont ainsi été mobilisés rapidement. L’état-major a pu commencer à travailler dès 22?h. «Notre mission est d’analyser la situation et de coordonner les interventions sur le terrain», remarque Pascal Rossier.
CHUV ET TL
Lundi soir, la priorité a été de s’assurer que les établissements hospitaliers, en particulier le CHUV, fonctionnaient normalement. Ce qui était le cas. Ensuite, un téléphone avec les TL a permis d’établir que les rames bloquées du M2 ne nécessitaient pas d’évacuation. «Dans la ville, nous avons dû ensuite organiser une surveillance des commerces branchés à une alarme», remarque le chef du plan DIAM. Les banques et les bijouteries constituaient en effet des cibles faciles pour les voleurs.
POLICE
Pour cela, une vingtaine de policiers supplémentaires ont été appelés en renfort de la trentaine normalement dispersée sur le terrain. «Notre but était aussi d’être visibles pour tranquilliser le public inquiet, précise Pascal Rossier. Heureusement, le lundi soir, la population est rare dans les rues.»
Du personnel supplémentaire a également été sollicité à la centrale d’appel de la police municipale qui croulait sous les téléphones. «Nous en avons reçu près de 300. Ce qui était difficile à gérer.»
POMPIERS
Chez les pompiers, une section d’une vingtaine d’hommes a aussi été appelée pour épauler la vingtaine qui était de garde. Ils sont intervenus une quinzaine de fois, dont dix pour sortir des personnes bloquées dans des ascenseurs. Les sapeurs se sont encore rendus sur le lieu de l’explosion à l’avenue de Sévelin par mesure de précaution.
«Tout s’est finalement bien passé, se félicite Pascal Rossier. Mais nous avons eu la chance que la panne n’ait pas duré.»
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