Lorsqu’ils ont évacué le vénérable projecteur de la cabine montreusienne, les employés de Cinérive – 14 salles obscures dans le canton – ont essuyé une larme. Dame, la machine, à bout de souffle, accueillait des bobines de pellicule 35?mm dans ses entrailles depuis près de trente ans… A la place, une sorte de gros beamer tout neuf, flanqué de deux boîtiers allongés, diffusera dès aujourd’hui Alice au pays des merveilles en relief.
Comme à Lausanne, où deux salles sont déjà équipées de la technologie numérique, des lunettes spéciales seront prêtées aux spectateurs du Hollywood 1, salle de 246 fauteuils, et le billet d’entrée sera majoré de 4?francs.
A Montreux, les deux cinémas Hollywood péclotaient depuis plusieurs années. L’arrivée du numérique vise donc à leur redonner des couleurs, dans une ville où la clientèle est largement constituée de touristes et d’étudiants d’origine étrangère au porte-monnaie bien garni. «Soit on fermait les Hollywood, soit on passait au numérique. C’était un coup de dés à jouer», résume Yves Moser, patron de Cinérive.
Le coup de dés est assorti d’un coup de pouce de la Fondation de la ville de Montreux pour l’équipement touristique, qui a prêté 100?000?francs à Cinérive pour sauver les deux salles.
Pour draguer les Valaisans
La situation est tout autre à Aigle, où le triplexe Cosmopolis, ouvert en juin 2008, ne désemplit guère. «A l’heure actuelle, un film en 3D sort tous les 15?jours. Un seul projecteur numérique pour toute la région, c’était trop peu pour suivre ce rythme», explique Yves Moser. Dotée de 242?places, la grande salle du triplexe passera donc à l’ère numérique ce week-end. Outre une clientèle locale, Cinérive espère aussi draguer les cinéphiles valaisans, qui, eux, attendent encore qu’un cinéma propose des films en relief dans leur canton. Samedi après-midi, pour le coup d’envoi des projections en 3D, c’est Avatar qui s’invitera sur l’écran géant aiglon. Dragons, nouveau-né des studios DreamWorks, lui succédera dès le 31 mars.
En Suisse romande, les projecteurs numériques ont désormais colonisé Montreux, Aigle, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel, Bienne, La Chaux-de-Fonds et Genève. Dans le pays, plus de 60?salles sur 500 proposent des films en trois dimensions. Et les longs-métrages conçus pour la 3D se bousculent au portillon, films d’animation en tête: Toy Story 3 et Shrek 4 devraient faire le plein devant les écrans cet été.
Nyon attend la livraison de son projecteur
Dernier cinéma du groupe World Dreams après la fermeture de celui de Morges il y a un mois, le Capitole de Nyon se mettra aussi bientôt à la page du numérique. Quand? «Dès que le fournisseur voudra bien nous livrer», explique l’exploitant, Palmolino Esposito, qui a opté pour le kit complet avec le module pour projeter en trois dimensions. Le délai d’attente s’établit entre 10 et 14?semaines pour réceptionner le nouveau projecteur destiné à la salle Leone (200?places). «L’investissement est lourd, mais on n’a pas vraiment le choix», confie le patron du Capitole, qui espère bien lui aussi donner du relief aux succès programmés de l’été prochain.