Exit les locos, bienvenue aux tableaux. La halle CFF, à l’ouest de la gare de Lausanne, fait partie des trois sites retenus par la Municipalité pour accueillir le futur Musée cantonal des beaux-arts (MCBA).
Le site de la promenade de la Solitude (entre l’ancienne Dolce Vita et la lugubre tour Caroline) et le bâtiment BCV de la place Chauderon complètent ce trio de tête, qui sera transmis au canton. «Nous proposons trois sites, car nous avons la volonté de laisser le choix ouvert. C’était d’ailleurs l’un des problèmes de Bellerive de ne pas laisser d’alternative sur le lieu», explique la municipale de la Culture Silvia Zamora, qui a par ailleurs présidé le groupe de travail mis en place dès février, après la déconfiture du projet MCBA-Bellerive dans les urnes, en novembre dernier, afin de lister les sites lausannois papables.
Chauderon récupéré par la Municipalité
Ce groupe de travail était également composé d’Yvette Jaggi, du directeur de l’ECAL, Pierre Keller, du directeur du MCBA Bernard Fibicher, de Jacques-André Haury, ancien opposant à Bellerive, et de représentants de services de la ville.
Dix-neuf sites lausannois ont dans un premier temps été étudiés, avant un premier écrémage. Quatre lieux ont ensuite fait l’objet d’une analyse plus poussée, en utilisant la même méthode que celle utilisée par le canton pour dresser «sa» liste de sites potentiels.
Finalement, la commission a plébiscité – et retenu – deux projets, soit la halle aux locomotives et la promenade de la Solitude. Le bâtiment BCV de la place Chauderon et le terrain de «la Bourgeoise», face au collège de Béthusy, ont donc été éliminés. Car c’est bien la Municipalité qui a «repêché» le site de Chauderon. «La commission n’a pas un rôle de décideur, elle ne fait que des propositions, justifie Silvia Zamora. On ne peut pas ne pas s’intéresser à ce site! Il a d’ailleurs récolté plusieurs voix au sein de la commission.»
HALLE AUX LOCOMOTIVES
Le bâtiment, massif, est pourtant discret, dissimulé entre les voies et l’avenue Ruchonnet. Ce sont les CFF eux-mêmes qui avaient manifesté leur intérêt à voir le musée s’installer ici. Son point fort est évidemment sa proximité d’avec la gare CFF. «C’est un site magnifique, mais qu’il faut totalement revoir. Une reconversion d’un site industriel comme cela s’est fait pour le Musée d’Orsay», s’enthousiasme la municipale.
PROMENADE DE LA SOLITUDE
Ici, tout est à construire. Le M2 à quelques mètres à peine et une vue imbattable sur la Cité et la cathédrale sont les deux gros atouts de ce terrain, qui appartient à la ville. L’occasion surtout de requalifier ce quartier un peu mal-aimé, auparavant destiné à accueillir un local d’injection plutôt qu’un Musée des beaux-arts…
BCV, PLACE CHAUDERON
Propriété de la BCV, ce bâtiment historique n’a pas la taille suffisante pour accueillir l’entier de la collection du musée. Il faudrait donc lui construire une annexe, ce que permet d’ailleurs l’actuel plan partiel d’affectation (PPA). Des discussions ont déjà eu lieu avec la banque, qui serait prête à vendre l’édifice. Des contacts faciles à prendre: tout comme Silvia Zamora, le nouveau président du conseil d’administration de la BCV, Olivier Steimer, fait partie du groupe d’évaluation cantonal.
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ÉDITORIAL
JULIEN PIDOUX
La halle aux locomotives ou l’illusion du choix
Les CFF cherchent-ils un nouveau lieu où garer leurs locomotives? Ville et canton verraient bien le futur Musée cantonal des beaux-arts débarquer dans l’actuelle halle de l’ancienne régie fédérale. Certes, la ville a présenté deux autres sites qui pourraient accueillir le futur Musée. Certes, plusieurs autres villes veulent accueillir l’institution. Certes, les dés ne sont pas pipés, mais la halle aux locos part déjà grande favorite. La municipale Silvia Zamora ne s’en cache pas, évoquant l’enthousiasme que ce projet suscitera «aussi à l’extérieur de Lausanne». La capitale a la légitimité – touristique et économique – pour garder les beaux-arts. Les deux autres sites lausannois n’ont de loin pas les mêmes atouts. A se demander s’ils n’ont pas été choisis pour ne pas correspondre au profil souhaité.
Simplement, les autorités, tant lausannoises que cantonales, ont appris la leçon de la défaite cuisante infligée par les citoyens en novembre dernier: le Vaudois aime avoir le choix. Preuve en est, le «C’est Bellerive ou rien» a très mal fonctionné. Cette fois, il n’y aura pas un site pour le Musée, il y aura près d’une dizaine de candidats. Et presque autant de villes heureuses de voir leur projet pris en compte par le Château… au moins dans un premier temps.
Mais cette grande stratégie valdo-lausannoise présente un danger: laisser la porte ouverte trop longtemps à trop de monde suscitera son lot de déçus, une fois que le Conseil d’Etat aura fait son choix. Lausannois vraisemblablement, ferroviaire sans doute. Des mécontents qui, encore une fois, n’auront qu’une arme à disposition pour se plaindre, celle du référendum.
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