– Il n’y a pas un mois sans que la Municipalité n’annonce un grand projet. Un planétarium au Chalet-à-Gobet, un aquarium géant dans l’Aquapôle de Vennes, une tour à Beaulieu, sans parler des stades et plus de 2000 logements prévus avec Métamorphose et d’un futur tram vers le nord. Lausanne serait-elle devenue mégalomane?
– Pas du tout! Avec tous ces projets – dont certains sont assurés par le secteur privé –, Lausanne n’est pas devenue mégalomane. Tout cela montre surtout le dynamisme de la région. Et la ville qu’on espère pour le futur. La population du canton devrait augmenter de 100?000 habitants d’ici à 2020. Si l’on ne veut pas que ce soit la catastrophe en termes d’urbanisme et de transports publics, il est important que Lausanne ait son quota de nouveaux habitants et prépare son futur. C’est cela que nous défendons précisément avec Métamorphose.
– Les finances de la ville, déjà fortement endettée, pourront-elles suivre?
– Notre projet Métamorphose est très cohérent et il s’autofinancera. Il y aura naturellement un décalage de cinq à six ans entre les dépenses pour assurer sa réalisation et les entrées des nouvelles recettes fiscales amenées par les futurs nouveaux habitants. Mais après amortissement complet, on aura fait un cadeau annuel de 15 à 20 millions de francs pour les générations suivantes.
– Une grande partie de votre plan financier repose sur des partenariats privés-publics. N’y a-t-il pas un risque qu’aucun investisseur ne soit intéressé?
– Pour l’heure, nous avons dû bloquer le premier concours d’investisseurs à cause de l’initiative populaire lancée par la Société de développement du Nord (SDN). Mais quoi qu’il arrive, il faut être clair: ce partenariat est la condition sine qua non à la réalisation d’un stade au sud-ouest. S’il ne se fait pas, il n’y aura tout simplement pas de nouvelle infrastructure de football. Dans l’ensemble, le secteur privé devrait permettre d’économiser de 40 à 50 millions de francs.
– Comment allez-vous donner envie aux Lausannois d’accepter toutes vos ambitions urbanistiques?
– Cela ne va pas être facile si le comité d’initiative base sa campagne sur des procès d’intention. Car cette votation arrive vraiment trop tôt. A ce stade, Métamorphose n’est qu’une pousse: les détails architecturaux et urbanistiques précis ne seront pas développés avant dix-huit ou trente-six?mois. On devra donc montrer les défauts de cette initiative qui arrive trop tôt, mais surtout expliquer que ce qu’on propose est le nec plus ultra de l’urbanisme de qualité. On fait très clairement un projet moderne, avec un quartier écologique dans une ville qui se veut exemplaire au niveau de son développement.
– Est-ce faire preuve d’exemplarité que de vouloir raser le stade olympique de la Pontaise?
– A part la Pontaise dont la valeur historique est discutable, il n’y a aucune autre démolition significative prévue. Il s’agira d’urbaniser des zones mises en réserve, avec une volonté de justifier un tram clairement réclamé par les habitants du nord-ouest.
– Le programme Métamorphose ne pourra-t-il pas tout de même se réaliser sans une démolition de la Pontaise?
– L’emplacement du stade est la plus belle zone du plateau de la Blécherette pour installer du logement. Il s'agit de 4?hectares, soit 600 logements, où l’on pourra réaliser les meilleures opérations financières. Si on perd ce secteur, on perd environ 1,6 million de francs en droit de superficie, soit 20% de la surface potentielle, et 2,4 millions d’entrées fiscales.
– Si le peuple choisit de maintenir les activités footballistiques au nord de la ville, cela signifiera la mort du projet d’un stade près de la Bourdonnette. Qu’adviendra-t-il de l’ensemble du programme Métamorphose?
– Ce bouleversement ne signifiera pas la mort de Métamorphose. Mais le projet sera moins ambitieux et moins bien financé, avec probablement un coût plus élevé pour la collectivité publique. C’est pour cela que, à son lancement, nous avons dit qu’on voulait bien négocier tout ce que la population souhaitait, à travers une démarche participative, sauf le maintien du stade de la Pontaise. Cela constituerait une péjoration trop forte du projet global: au sud, le nouveau stade prendra place sur le toit de la piscine olympique couverte que les Lausannois attendent depuis des décennies. Il y a également le projet de tram vers la Blécherette. C’est sûr que les gens du nord ne pourront pas avoir l’argent du beurre, le beurre et la paie du laitier: sans le quartier écologique, ce nouvel axe de transports publics n’existera pas. Pour des questions de densification et, surtout, de délai afin de demander un cofinancement auprès de la Confédération.
– Avec un tel enjeu derrière la démolition de la Pontaise, n’aurait-il pas fallu faire preuve de plus de diplomatie? Cette intransigeance, dénoncée comme de l’arrogance, a encouragé la SDN à lancer son initiative populaire…
– On peut discuter de ça à l’infini. Peut-être que, à un moment donné, le ton est monté un peu excessivement, mais j’assume d’avoir été peut-être trop sec dans une de mes réponses. Cela dit, le comité d’initiative n’a eu comme argument réel que le fait que la Municipalité a été trop arrogante! Il a très mal pris ça, j’en prends acte. Il a lancé une initiative, j’en prends acte. Mais comment faut-il qualifier le fait que, pour sa part, ce comité qui remet en cause tous les éléments du projet Métamorphose considère comme des clowns et des rigolos les services administratifs et tous les professionnels qui l’ont conçu?