PEINE DE MORT

Le meurtre de Sou Ken, 28 ans, à l'origine de l'initiative

Par Laurent Aubert le 26.08.2010 à 00:03

Un jour après le dépôt à la Chancellerie, les initiants ont retiré leur texte. A la base de l'initiative, Marcel Graf qui a perdu sa belle-sœur, tuée l’an passé. Il vit dans un petit village zurichois.

Niché entre les ondulations verdoyantes de la campagne zurichoise, le petit village de Knonau respire la tranquillité. Les rues sont désertes, des enfants jouent sur les agrès de la place de jeux. On hésite à parler de «ville morte», puisque c’est là que vit Marcel Graf, le mystérieux informaticien qui a déposé mardi à la Chancellerie fédérale une initiative populaire demandant la réintroduction de la peine de mort. Et qui a annoncé hier son retrait par une phrase laconique sur le site internet du comité – qui a été désactivé dans la soirée.

Devant la villa mitoyenne toute proprette de la famille Graf, la scène est surréaliste. Mme Graf explique, pour la centième fois sans doute, à un reporter d’une télé privée que son mari ne veut pas répondre à la presse. La porte se referme. On fait les cent pas dans l’allée, entre les massifs de fleurs et le gazon épais. On cherche l’ombre des haies de troènes qui entourent les petites parcelles des PPE. On imagine Marcel Graf retranché derrière les rideaux de son salon. Des enfants du voisinage entrent, c’est mercredi après-midi.

Submergés d’insultes
Après quelques minutes, Mme Graf ressort avec un téléphone. Miracle, Marcel Graf est au bout du fil, à son travail, «quelque part». Le journaliste alémanique veut le rassurer, le convaincre de s’expliquer. Il multiplie les garanties. La conversation dure. Pendant ce temps, on entreprend l’épouse. Qui refuse tout net de s’exprimer sur l’initiative et la volte-face du comité. En pantalon et T-shirt noirs, cette femme d’origine cambodgienne paraît tendue, désemparée.

Le collègue rend le téléphone. Echec sur toute la ligne, ou presque. Marcel Graf ne s’expliquera pas. Mais, au fil de la conversation, quelques éléments ont transpiré. Marcel Graf a retiré l’initiative «pour raisons personnelles». Depuis mardi, son téléphone et son e-mail ont été submergés d’insultes. Des injures «terribles», du «terrorisme téléphonique», mais pas de menaces de mort.

Marcel Graf affirme que le comité d’initiative avait prévu dès le départ de retirer le texte. Mais il pensait le maintenir pendant une semaine ou deux, le temps de lancer et de nourrir le débat sur la peine de mort et le traitement réservé par la justice aux meurtriers et aux victimes. Depuis un an, en effet, les époux Graf vivent comme un calvaire la procédure qui a suivi l’assassinat de la sœur de Mme Graf (lire ci-dessus). Mais ils n’ont pas supporté le harcèlement de ces dernières heures. «Si vous aviez vécu ça, vous me comprendriez», a lâché Marcel Graf à notre collègue.

On comprend bien que le comité ait jeté l’éponge, mais on ne comprend pas comment les Graf ont eu l’idée folle de lancer une initiative sur la peine de mort. Et comment ils ont pu imaginer qu’ils ne seraient pas brûlés par la bombe qu’ils allumaient.

Le photographe prend encore quelques vues. Un retraité s’approche. «Qu’est-ce que vous faîtes là, lâche-t-il en dialecte, c’est un terrain privé.» Les Graf, vous connaissez? «Un peu…» Où habitez-vous? «Quelque part…» Vous vous méfiez? «Avec tous ces cambrioleurs…» A Knonau comme ailleurs, les lotissements de PPE ont poussé comme des champignons. Et comme ailleurs, chacun s’efforce de préserver son intimité dans son petit pré carré. La famille Graf a peut-être été bien seule dans sa détresse l’an passé.

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