DÉLINQUANCE

La justice impuissante face aux jeunes voyous

Par Raphaël Delessert le 11.02.2010 à 00:06

Des ados âgés entre 12 et 17?ans collectionnent les méfaits. La police les connaît, mais la loi ne permet pas de garder des mineurs longtemps en détention. Exemple sur la Riviera.

Agression au Postomat, vandalisme à la gare, passage à tabac en marge d’une fête villageoise, incendie dans les WC publics: les délits s’enchaînent sur la Riviera. Ils sont souvent l’œuvre de la même bande de jeunes voyous. Des crapules clairement identifiées par Police Riviera: «On les connaît, on sait qui ils sont», admettent volontiers les agents sur le terrain.

Il n’en demeure pas moins que, quelques jours après avoir commis un méfait, certains caïds remettent ça le week-end suivant. La raison: ils sont mineurs. La législation actuelle ne permet pas de les mettre durablement hors d’état de nuire. «On se réjouit qu’ils passent la barre des 18?ans. Pour qu’ils obtiennent une réponse plus rude et concrète à leurs actions», réagit Michel Francey, commandant de Police Riviera. Les agents, aux prises avec la même bande semaine après semaine, n’en ont-ils pas ras-le-bol? «Ils éprouvent parfois une certaine lassitude, concède le commandant. Mais il nous appartient de tempérer ce genre de réaction. Et de rappeler nos limites sur le plan légal.» La bande incriminée compte une quinzaine de meneurs, âgés de 14 à 17?ans et domiciliés sur la Riviera, sur lesquels se greffent des suiveurs, moins virulents et moins assidus. En marge, la relève pointe déjà le bout de son blouson, sous la forme d’une poignée d’écoliers de 12 ou 13?ans. Chargé de prévention, Pierre-André Emery tempère la portée de leurs méfaits: «La situation est sous contrôle. Et la force d’une police régionale, c’est de bien connaître le terrain et la population. En cas de délit, nous pouvons effectuer des contrôles plus ciblés.»

Dans les bureaux de Police Riviera, on se souvient d’une autre bande, qui sévissait à Vevey il y a quinze ans: «Quelques-uns de ces jeunes ont fini par être embastillés dans un centre éducatif fermé», se souvient Michel Francey. Résultat, la tête de la bande a été coupée et les suiveurs ont rapidement battu en retraite. «C’est cyclique: une bande s’implante, acquiert une certaine notoriété et finit par se dissoudre, faute de leaders.»

Depuis quelques semaines, la bande gravite autour des gares CFF de Vevey et de Montreux. «En hiver, ils sont plus faciles à identifier car il y a moins de monde dans les rues. Leur seule présence crée un sentiment d’insécurité. Ensemble, ils se sentent forts. Mais pris individuellement, ils sont parfois méconnaissables», constate le capitaine Ruben Melikian.

Justement, comment ces ados réagissent-ils lorsqu’ils sont pincés la main dans le sac? Se rendent-ils compte de la portée de leurs actes? «Certains ne réalisent pas du tout. D’autres, en revanche, sont «récupérables». Il ne faut pas minimiser les efforts faits en matière de prévention sur la Riviera. La police est un maillon d’une longue chaîne.»


 

Autres cas dans le canton

LAUSANNE
Ils ont 15 et 17?ans. Ils sont frères et fils de requérants d’asile turcs. Déjà connus des services de police et de justice pour vols et bagarres, ils s’en sont pris à un kiosquier le 26 janvier dernier, à Lausanne. Le butin: cinq cartouches de cigarettes. Et un bassin cassé pour le commerçant. Après une dizaine de jours de détention préventive, le président du Tribunal des mineurs a mis fin à leur détention, notamment parce que la prolongation de leur incarcération n’aurait pas été «constructive» pour eux. «Et ce ne sont pas des terroristes non plus», a estimé le magistrat. De son côté, l’Etat de Vaud étudie l’éventualité d’une expulsion pour l’ensemble de la famille.

NYON
La série avait commencé le 1er novembre 2009, avec une baston entre les ados «des Plantaz» et une bande de Renens. La revanche du samedi suivant, près de Lausanne, avait été tuée dans l’œuf par la police. Les jeunes Nyonnais, déçus de ne pas pouvoir en découdre le week-end suivant, avaient alors caillassé une voiture et brûlé une autre. Deux des meneurs ayant été arrêtés peu après pour avoir malmené un dealer mineur, la bande, décapitée, s’est calmée. Depuis trois semaines, certains trouvent des activités plus constructives dans la salle de gym ouverte par la ville à titre de prévention.

L. A.?/?M. S.


 

INTERVIEW EXPRESS
MIREILLE REYMOND, PRÉSIDENTE AU TRIBUNAL DES MINEURS

«Il manque des institutions pour mineurs»

–?La justice ne peut-elle rien faire pour stopper ces mineurs?
–?C’est inexact. Mais je comprends que les policiers qui voient les mêmes mineurs commettre des délits peuvent avoir ce sentiment. Nous agissons, mais tout ne peut pas être résolu du premier coup. C’est un travail de longue haleine. Ces jeunes qui récidivent sont souvent des jeunes qui ont peu de points de repère, sans formation, qui ont été renvoyés de différents lieux formateurs, qui sont issus de familles qui elles-mêmes ont de grandes difficultés, qui n’ont pas pu poser un certain nombre de limites. Et quand le Tribunal des mineurs intervient quand ils ont 15 ou 16?ans, malgré les mesures mises en place, tout ne se résout pas du jour au lendemain.

– Quel genre de sanctions choisissez-vous?
–?Il faut les prendre sur deux tableaux: la mesure éducative et la peine. Pour ces jeunes multirécidivistes, on décide par exemple qu’à chaque délit, on va les placer en détention avant jugement pour leur faire comprendre que ces actes ne sont pas admissibles et qu’il faut que cela s’arrête. Nous ne les maintenons pas pendant des mois en détention préventive, d’abord parce que la loi ne nous le permet pas forcément, mais aussi parce que ce sont des mineurs et qu’il faut absolument leur apprendre à s’insérer dans la société en en respectant le cadre. Si on les enferme, on ne pourra pas vérifier qu’on arrive à obtenir cela de leur part et à les rendre responsables.

- Trois ans après l’entrée en vigueur du nouveau droit des mineurs, quels outils vous manque-t-il?
–?Ce qui manque clairement, ce sont les institutions pour accueillir les mineurs. Le nombre de places est insuffisant. Et c’est très difficile de devoir décider d’un placement et d’attendre. Dans l’intervalle, la situation est difficile. Cela nous pose de gros problèmes. Il nous manque des places de préapprentissage, des places en milieu fermé. Il y a une institution pour toute la Suisse romande qui permet le placement en mesures éducatives fermé, c’est le centre de Pramont, qui est chroniquement plein.

Chris Blaser

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