«Quand j’ai vu une tache grise bouger, je me suis dit que je rêvais! Puis, avec mes collègues dans l’hélicoptère, nous avons été emportés par l’euphorie quand elle a bougé à nouveau. Nous n’avions plus l’espoir de retrouver en vie le skieur recherché.» Le guide de montagne de la Maison du sauvetage de Sion Pierre-Yves Terrettaz n’en revient pas. Il garde encore en mémoire les paroles du miraculé vaudois à peine sorti de son sarcophage de glace, hier matin: «Il avait passé une nuit horrible à penser à sa famille et à la mort…»
Les secours ont retrouvé hier matin, vers 7?h?30 à Evolène, un jeune Vaudois de 21?ans qui avait été enseveli par une coulée de neige dix-sept?heures plus tôt!
L’incroyable histoire du skieur débute samedi en début d’après-midi. Dans la région du pas d’Arpilles, il quitte le domaine skiable d’Evolène pour se risquer à du hors-piste, alors que le danger d’avalanche est élevé. «Il y avait eu des précipitations la veille, précise Pierre-Yves Terrettaz. Les coulées pouvaient être déclenchées par le passage d’une seule personne.» Dans une combe, c’est certainement ce qui s’est passé pour le jeune Vaudois, entre 14?h et 15?h. A ce moment-là, il est seul et personne n’est témoin de la catastrophe. L’alarme sera donnée plusieurs heures plus tard par ses parents, sans nouvelles de lui sur le coup de 17?h?30.
Les secours se mettent alors rapidement à la recherche du disparu, dont une trace est repérée dans la nuit. «Nous avons retrouvé un de ses skis dans une coulée, raconte le guide de montagne. Mais puisqu’il n’avait pas sur lui de matériel de localisation, il nous était impossible de savoir exactement où il se situait dans l’amas neigeux.»
Recherches interrompues
Pour éviter d’être victimes à leur tour des avalanches qui menaçaient, la colonne de sauvetage et les conducteurs de chiens sont toutefois contraints d’interrompre leurs vaines recherches hier à 1?h?30. A ce moment-là, les chances de retrouver la victime en vie sont déjà jugées pratiquement nulles. «Les premières minutes sont importantes, souligne Pierre-Yves Terrettaz. Après quinze?minutes, les chances de survie sous une avalanche sont de 35%. Après trois heures, elles ne tiennent plus qu’à quelques pour-cent.»
Dans ces conditions, trois sauveteurs prennent place à l’aube dans un hélicoptère d’AirGlacier pour un dernier vol d’observation en dessus de la coulée, avant d’effectuer un minage préventif sur les pentes descendant dans la combe. L’objectif était de sécuriser la zone en déclenchant des avalanches qui auraient alors recouvert la coulée initiale. Ce qui aurait certainement eu des conséquences funestes pour le skieur piégé, qui parvint alors à attirer l’attention de ses sauveurs.
En légère hypothermie
Les sauveteurs n’étaient alors pas au bout de leurs surprises. En plus d’être en vie, l’imprudent est aussi en relativement bonne santé. «Quand nous l’avons sorti, il était lucide. Il nous a avoué être gêné de la situation dans laquelle il s’était mis. Physiquement, il ne souffrait que d’une légère hypothermie, avec une température de 34,5 degrés.»
Dans tous les cas, le jeune homme a eu beaucoup de chance. D’abord parce qu’il n’était enseveli que sous quelques centimètres d’une neige très solide, qui l’empêchait toutefois de se mouvoir. «Il était en quelque sorte bétonné dans la coulée, mais il a bénéficié d’une fissure pour pouvoir respirer», explique Jean-Marie Bornet, attaché de presse de la police valaisanne. Parmi les victimes qui ne sont pas tuées par la coulée, neuf sur dix meurent en effet d’asphyxie dans les trente minutes.
Dans une nuit où le thermomètre est descendu à moins 10?degrés sur les pentes du pas d’Arpilles, la résistance au froid de la victime a été un autre élément essentiel à sa survie. «Il était bien habillé et a profité de l’isolation thermique de la neige, note Pierre-Yves Terrettaz. Mais être à 34,5 degrés après dix-sept?heures d’ensevelissement, c’est quand même fou.»
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