VOTATION

L’initiative de toutes les inconnues pour le tram lausannois

Par Mehdi-Stéphane Prin le 02.09.2009 à 00:02

Un oui à l’initiative le 27 septembre ferait peser de forts risques politiques sur le financement de la ligne entre le Flon et la Blécherette. De quoi torpiller le projet?

Véritable colonne vertébrale du projet Métamorphose, le tram de la Blécherette survivra-t-il en cas de oui à l’initiative? La réponse à cette question promet un débat houleux. Formellement, la construction de la nouvelle ligne de transports publics, sous la responsabilité du canton, n’a pas de lien direct avec les plans de construction de Lausanne. Mais sans la construction de l’écoquartier de la Blécherette, le tram n’a quasi plus aucune chance de toucher une subvention fédérale.

Canton et TL confiants
Un scénario cependant jugé peu réaliste par François Marthaler, chef du Département des infrastructures. «Je n’imagine pas un seul instant la Municipalité de Lausanne tout stopper au lendemain de la votation. Si l’initiative est acceptée, elle fera d’autres propositions pour densifier le plateau de la Blécherette.» Un avis partagé par la présidente du conseil d’administration des TL et députée socialiste Anne-Marie Depoisier. «Le tram de la Blécherette n’est pas menacé par la votation du 27 septembre. La Municipalité de Lausanne a intérêt à dire le contraire, mais la densification du plateau de la Blécherette est inévitable.» Le projet d’agglomération prévoit une forte augmentation de la population dans ce secteur. Un objectif pas remis en cause par l’initiative.

Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, se défend d’utiliser le tram pour emporter la décision des électeurs. «Les opposants à Métamorphose affirment vouloir seulement le maintien de la Pontaise. Mais il ne faut pas se leurrer, s’ils gagnent cette votation, tout projet de densification deviendra très difficile à faire passer dans les temps imposés pour pouvoir prétendre à une subvention fédérale.» La faute aux délais serrés imposés par la Confédération. En 2012 au plus tard, Lausanne doit prouver qu’elle densifiera bien le quartier de la Blécherette, et pas seulement avec des déclarations d’intention.

«Un gros risque»
Autre problème, une défaite des autorités de la cinquième ville suisse serait forcément exploitée par les autres agglomérations qui rêvent toutes de toucher plus d’argent pour leurs nombreux projets. De quoi fragiliser fortement le dossier de l’agglomération Lausanne-Morges. «L’acceptation de l’initiative fait courir un gros risque au tram, résume Daniel Brélaz. En revanche, le tram est acquis si Métamorphose est lancé.»

Seule certitude, le retour du tram dans les rues lausannoises est assuré. L’ouverture de la ligne entre Renens et le Flon est agendée à l’horizon 2015. Seul son prolongement en direction de la Blécherette, et plus tard au Mont, est concerné par Métamorphose. Au début du projet d’agglomération, cette ligne devait d’ailleurs continuer vers Lutry. Pas assez densifiée, cette région ne répondait pas aux critères de la Confédération. En lançant Métamorphose, la Municipalité lausannoise a réussi à convaincre le canton et les autres communes de l’agglomération de la détourner vers la Pontaise. Son parcours jusqu’à ce point provoque encore des discussions âpres entre le canton et la ville. Cette dernière milite pour son passage souterrain par Beaulieu, l’autre variante passe à l’air libre par la rue de la Borde.


 

Bretelle d’autoroute et tunnel au sud

La pierre angulaire du projet Métamorphose? La construction d’un stade de foot au sud, de logements au nord, et le projet d’un tram en direction du Mont, via la Blécherette. Mais aussi la révision du réseau de routes cantonales et nationales au sud-ouest de la ville. Là où les pouvoirs publics de toute la région réfléchissent, depuis bientôt une décennie, à la nécessité de désengorger l’Ouest lausannois.

«La construction d’un stade de football près de la Bourdonnette sera génératrice de trafic, avance le comité d’initiative, qui voudrait conserver le stade de football au nord. Le projet Métamorphose, tel qu’il a été imaginé par la Municipalité, impliquera la construction d’une nouvelle bretelle d’autoroute près du parc Bourget et même d’un tunnel à Ouchy. Cela va à l’encontre de toute la réflexion en cours.»

Le futur stade a été imaginé à proximité du M1, relié, à Renens, aux lignes CFF. Mais l’implantation de grosses infrastructures sportives aux Prés-de-Vidy aura, tout de même, une influence sur le trafic automobile dans les bas de la ville. Même si, à ce jour, les différentes décisions liées au maillage routier ne sont pas aussi avancées que l’affirme le comité d’initiative. Une forte opposition contre certains projets met, d’ailleurs, déjà en péril leur réalisation.

Avec un nouveau stade, les différents accès à l’A1 prévus par Métamorphose – jusqu’à la création d’une nouvelle entrée à la hauteur du futur stade – pourraient se justifier dans le cadre de la révision des flux de trafic au sein de l’Ouest lausannois. Ces dossiers sont étudiés par le canton et la Confédération au sein du projet d’agglomération Lausanne-Morges.

Le projet de tunnel entre les avenues de Rhodanie et de l’Elysée a, par contre, déjà du plomb dans l’aile: la Confédération doute de son utilité. Et, surtout, la gauche lausannoise a annoncé qu’elle combattrait avec force une telle proposition. «Le déplacement individuel ne va jamais disparaître de la ville et je reste persuadé qu’un tunnel serait efficace pour réduire le transit par Ouchy», remarque Olivier Français, le chef des Travaux à l’origine de cette proposition, qui avoue toutefois avoir mis sa proposition en stand-by.

G. CO.

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