«J’ai dit: «Putain, les gars, vous êtes trop cons. Et j’ai pris la fuite à trottinette.» Il n’est pas allé bien loin très longtemps. La police n’a pas tardé à lui mettre le grappin dessus, à lui et ses copains. Un séjour en préventive les a douchés. Ils étaient six hier sur le banc des accusés, âgés de 22 à 29?ans, à répondre d’incendie intentionnel, à tenter d’expliquer qu’ils ne sont pas les vandales qu’on imagine.
Les faits remontent à la nuit du 5 au 6 septembre 2006. En ce lendemain de triathlon de Lausanne, des balles de paille jonchent la place de la Navigation à Ouchy. Un peu éméchés mais pas trop, Alain* et ses copains qui traînent par là ont l’idée saugrenue de faire rouler les balles de l’autre côté de la route. Et de l’autre côté de la route, il y a le poste de police.
L’enseigne les attire comme un aimant. Ils hissent les balles sur la coursive et en placent deux devant une des portes en bois du bâtiment, puis une autre devant la seconde. Et voilà que Pierre* sort son briquet et met le feu à deux bottes de paille. Est-ce l’effet de son autorité naturelle ou de son sens du commandement – il est officier dans l’armée suisse? Toujours est-il qu’un de ses camarades d’aventure l’imite avec la balle qui se trouve devant l’autre porte. L’incendie prend de l’ampleur, Tout le monde décampe. Personne ne songe à appeler les pompiers.
Les portes en bois partent en fumée. Les seuils en aluminium et les grilles sous l’avant-toit fondent. Les vitres explosent. La façade de granit éclate. La fumée envahit tout. Le bâtiment tient bon, mais les dégâts sont considérables.
Les jours suivants, la rumeur va bon train. Pour certains, les incendiaires sont des riverains qui protestent contre les nuisances du triathlon. Pour d’autres, ce sont des jeunes qui ont la haine de la police. Rien de tout cela. Du moins selon les explications données hier au tribunal par les six jeunes gens repérés sans peine et interpellés quelques heures après seulement.
«Aucune autre intention»
«Votre intention, c’était quoi au juste?» demande le président, Patrick Gigante. «Nous voulions faire une farce à la police, leur bloquer l’accès, sans aucune autre intention. Personne de nous avait parlé de mettre le feu. On était cool. Ça s’est passé dans l’euphorie du moment», répond Michel*. Le juge fait la grimace: «Vous devez quand même admettre que la tentation est grande de bouter le feu dans ces conditions.»
Les six accusés sont tous domiciliés à Lausanne. Ils n’ont pas de raison d’en vouloir à la police ou à la société en général. Même si Pierre constate que le temps passé pour payer ses galons à l’armée lui a fait perdre ses compétences acquises lors de son CFC d’informaticien. «Dans ce domaine, tout va si vite qu’on est hors du coup si on ne pratique pas, et personne ne veut vous engager.» Résultat: il vit aujourd’hui grâce à l’aide sociale.
«Adulescents à la recherche inconsciente de leurs limites», selon la tante d’un des accusés, ancienne enseignante. «Volonté de jouer davantage qu’intention de nuire» pour cet autre parent à la barre des témoins.
Les deux qui ont bouté le feu risquent 1?an de prison au moins. Les quatre autres un peu moins, car ils ne sont accusés «que» de complicité, mais leurs avocats réclament leur acquittement: «Tout se joue au niveau de l’intention de l’auteur et, pour être complice, il faut connaître cette intention.» Verdict la semaine prochaine.énoms fictifs
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