Aventure

Heureux qui comme Icare a réussi son incroyable pari

Par Vincent Maendly le 02.09.2011 à 23:00

Le défi semblait fou, mais Marc Muller l’a relevé. A bord de son véhicule éolio-solaire, prototype à peine fini, il a englouti 18?000?km à travers le monde.

Le projet Icare, «c’était un coup de poker», reconnaît en rigolant Marc Muller. Radieux avec sa barbe touffue de backpacker , l’ingénieur lausannois de 29?ans est arrivé vendredi à Sainte-Croix aux manettes de l’Icarette, son véhicule écolo un peu bringuebalant.

Samedi matin, il bouclera la boucle en retournant sur la place Pestalozzi, d’où il était parti il y a quinze mois. Derrière lui, 18?000?km, mû par la force du vent, du soleil et du bioéthanol. Une expédition solitaire à cent?lieues des aventures PlanetSolar et SolarImpulse , aux budgets qui se chiffrent en millions.

Pour réaliser son rêve, Marc Muller a convaincu de nombreux partenaires de s’engager avec lui, dont notamment la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion (HEIG-VD) dont il est diplômé, et son homologue fribourgeois, l’EIA-FR. Tous se félicitent d’un succès qui n’avait rien d’acquis. «C’est vrai que 10?minutes avant le départ, on rafistolait encore la voiture», se souvient l’aventurier. Cette Twike, petit trois-roues électrique, avait été récupérée au fond d’une grange saint-galloise. Il a fallu commencer par la retaper car elle était en piteux état.

Le bilan technique de l’expédition s’avère réjouissant. Il comporte bien une quinzaine de crevaisons, quelques pannes, dont la première à… Chavornay, et une plus ennuyeuse au Pérou. Mais dans l’ensemble, le prototype a parfaitement tenu le coup. Ralph Schnyder n’en est pas peu fier, lui qui est le co-inventeur de la Twike dans les années 90. «Jamais un de ces véhicules n’avait fait un tel voyage. Il a surmonté tous les obstacles!» lance-t-il.

Désormais directeur de la société bâloise Dreifels, Ralph Schnyder a aussi bossé sur le projet Icare en «boostant» les deux batteries lithium-ion pour leur donner davantage de puissance. «L’autonomie du véhicule a ainsi été portée à 200?km», explique-t-il.

Technologie expérimentale
La remorque, dont le châssis en aluminium a été fabriqué par Bobst, est pour ainsi dire comme neuve. Ses panneaux solaires aussi. «Nous avons dû en concevoir qui soient à la fois légers, pour ne pas alourdir la remorque, tout en ayant un bon rendement énergétique, de l’ordre de 16%», indique Jean-François Affolter, le professeur de la HEIG-VD qui a travaillé sur le projet. «Nous allons maintenant en récupérer quelques-uns pour observer comment ils vieillissent.» La longévité de ces cellules reste une inconnue, sinon qu’elle ne devrait guère excéder deux ans…

L’éolienne en kit, censée à la base fournir 25% de l’électricité, n’a en revanche pas rempli toutes ses promesses. Son rendement théorique s’est avéré bien supérieur à celui mesuré sur place. «Des essais seront réalisés pour expliquer les différences de performance», relève la professeur Elena-Lavinia Niederhäuser, de l’EIA.

L’Icarette sera recyclée
C’est finalement un groupe électrogène Honda, transformé par les bons soins d’étudiants de la HEIG-VD pour brûler du bioéthanol, qui donnera un coup de pouce au véhicule. Et permettra à Marc Muller, alors aux Etats-Unis, de rattraper un peu de son retard. Quant au système de communication compilant chaque jour les données énergétiques du véhicule sur internet, il n’a connu aucun pépin.

Son concepteur, Nicolas Schroeter, planche même sur le développement de son bébé, baptisé Togodo. «Les capteurs pourront analyser les mouvements d’un nageur et leur efficacité par exemple», indique l’enseignant, qui a créé sa propre société dans ce but.

Défi technique très audacieux, le projet Icare se veut un exemple de «durabilité». C’est pourquoi Marc Muller a choisi de démonter l’Icarette au terme de son périple. «Chaque composant sera réutilisé ou recyclé. C’est symbolique», glisse-t-il. L’ingénieur va lui-même se recycler. D’aventurier, il commencera au 1er octobre une nouvelle vie: celle d’employé de l’Office fédéral de l’énergie, spécialisé dans les énergies renouvelables.


Un voyage qui n’a pas été tout rose

L’Icarette a tenu le coup, ouf! Ce sont des pépins d’un autre ordre que Marc Muller a affrontés. Douaniers, pour commencer. A Casablanca, près de deux mois ont été nécessaires pour pouvoir embarquer la voiture dans un cargo à destination de New?York. Là-bas, elle est encore restée bloquée dans un container durant trois semaines. Problèmes de paperasses. «Je devais payer 200?dollars de pénalité par jour. J’ai vraiment envisagé de tout arrêter et de rentrer en l’abandonnant là-bas!» lâche l’ingénieur.

Au fil de son périple, Marc Muller a certes fait des rencontres inestimables, accueilli parfois à bras ouverts par la population. Mais son aventure humaine a aussi été émaillée de violences verbales et parfois physiques dans certaines contrées de l’hémisphère Sud notamment. Comme au Pérou ou en Equateur, où lui et son copilote de l’époque se sont même fait braquer et dévaliser dans un bistrot. Un revers plus sombre que l’ingénieur ne cache pas car il lui donne du sens. «Je me suis rendu compte que promouvoir nos technologies dans ces pays est déplacé. Les habitants y perçoivent un étalage de richesses et un discours post-colonialiste, alors que l’Occident les dépossède de leurs ressources. Leur réaction a été dure, et je la trouve légitime.»

«Nous n’avons pas la même vision du développement durable, poursuit l’aventurier. La nôtre est froide, axée sur les nouvelles technologies et les énergies. Celle des pays en voie de développement se veut socialement durable, et implique une répartition plus juste du travail, des ressources et des richesses.»

Et Marc Muller de donner un exemple: «J’ai visité une usine de Cuzco, où l’on brûle des pneus et du plastique pour produire des briques, car même le charbon est trop cher. Pour laisser aux pays en voie de développement une chance de s’en sortir, nous devons cesser d’exercer une pression sur le prix de ces ressources et accepter qu’ils polluent, comme nous.»

ou est passé le commentaire que j'ai lu tout a l'heure ,disait il trop la vérité ?

Et voilà que 24 heures censure...!?
Bon, je le conçois et l'accepte bien entendu, bien que je ne pense pas que ce point de vue soit "hors sujet ou injurieux", mais qu'il est simplement "concis et pertinent".
Ceci dit, Je trouve toutefois que 24 heures, ou le modérateur, pourrait quand même avertir son client lors de la suppression de son commentaire.

Nous ne sommes vraiment plus dans la liberté d'opinion.

Bien à vous

Michael Bigler

"(…) Au terme de toutes ces recherches, force est de constater que le développement de projets technologiques d’une telle nature se heurte à tout un système économique basé sur une conception du profit à court terme. Et c’est en cela que le développement durable rencontre aujourd’hui le plus de difficultés quant à son essor : en effet, les vecteurs de réalisation pratique d’une telle vision de l’homme, de la nature et de la technique se heurtent encore inévitablement à l’ensemble d’une dynamique économique basé sur le profit immédiat.

De manière plus large, vouloir sortir des solutions de facilité, que représentent par exemple les énergies fossiles, c’est un peu se prétendre David face au Goliath du capitalisme, capitalisme qui aurait pourtant tout avantage à suivre sa politique d’investissement jusqu’au bout et se donner les moyens d’une prospérité durable.

La difficulté rencontrée à collaborer pour la recherche de solutions concrètes avec les différentes entreprises contactées, ne le démontre que trop : la science n’est plus comme dans l’idéal des Lumières un instrument pour améliorer la condition de l’humanité, mais bien un instrument de pouvoir. La technologie ne sert plus l’homme, c’est l’homme qui se sert d’elle à des fins trop souvent personnelles.

Si ce projet nous a paru d’emblée intéressant, c’est précisément en cela qu’il incarnait toute la schizophrénie actuelle du monde scientifique, ballotté entre d’un coté ces antiques idéaux d’humanisme rationaliste et d’utopies scientistes, et de l’autre son asservissement quasi-total à la fatalité d’un système économique vieux comme le monde : le cynisme et le pragmatisme individuel.

A la fois un peu mal à l’aise de sa compromission et fière de son savoir, l’ingénieur devra jongler toute sa vie pour maintenir, tant bien que mal, cet équilibre fragile entre le besoin de sauver sa peau et le devoir d’essayer de sauver un peu celle des autres."

Ing. M. Bigler W.

Conclusion d'un travail de diplôme :
"Développement d'une pico-turbine électrique pour pays émergents" (Projet Phare de la HEIG-VD, session 2006)

http://www.youtube.com/watch?v=2mTLO2F_ERY&feature=player_detailpage

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