Les apiculteurs vaudois ont le bourdon. Ils étaient environ 1400 il y a vingt ans. Ils ne sont qu’un petit millier aujourd’hui, et leur moyenne d’âge flirte avec la soixantaine. Ces jours-ci, ils tirent leurs abeilles de leur hibernation alors que, dans les champs voisins, les premières fleurs sont prêtes à être butinées. Et là, c’est souvent la déconvenue.
Un tueur nommé varroa
«Les pertes sont encore plus importantes que l’année dernière», confirme Jacob Troxler, président de la Fédération vaudoise des sociétés d’apiculture, qui tenait son assemblée générale samedi. Les colonies sont décimées ou se sont volatilisées.
Ce qui revient au même car lorsque les abeilles quittent leur ruche, c’est généralement pour mourir. Pierre-Alain Ravussin, apiculteur amateur de 58?ans, basé à Baulmes, a ainsi perdu cinq colonies sur six. Les deux traitements contre le parasite varroa, principal mis en cause dans les massacres, n’y ont rien changé. Les abeilles censées passer l’hiver dans la ruche et leur reine, censée pondre dès que possible, ne sont plus là. Les 20 kilos de sirop de sucre que l’apiculteur leur avait laissé pour la mauvaise saison sont intacts. «Je ne suis pas sûr du tout de racheter des colonies au prix de 200?francs l’unité, sachant qu’elles pourraient être décimées dès l’hiver prochain.» Il n’est pas le seul.
Franck Crozet, seul professionnel du canton, a eu plus de chance. Il s’en est tiré avec «seulement» 15% de perte, contre 25% l’an dernier et 3 ou 4% à la belle époque. «Je peux m’estimer heureux», confie celui qui possède environ 900 ruches aux quatre coins du canton. L’homme compensera ses pertes en élevant des reines et en scindant quelques ruches en deux. Mais sa production de miel en pâtira.
«Sauver les abeilles et la planète avec»
Pour ceux qui ont accusé de lourdes pertes et ne sont que des amateurs, reconstituer les colonies ne sera pas évident. «Trop peu d’apiculteurs sont spécialisés dans les nucléis, ces nouvelles colonies constituées avant l’hiver pour être revendues ensuite aux apiculteurs dont les ruchers ont été décimés. Avec ces pertes répétées, ça devient un problème», analyse Jacob Troxler, qui accuse pour sa part une perte de 20%.
«Ceux qui ont perdu la quasi-totalité de leur rucher n’ont bien souvent plus l’envie de tout recommencer de zéro», constate Franck Crozet. Depuis 2002, on déplore une baisse d’environ 30% du nombre de colonies et le nombre d’apiculteurs a diminué dans la même proportion. La médiatisation de ce phénomène attire heureusement des néophytes. «Dont quelques-uns du genre à vouloir sauver les abeilles et la planète avec. Certains obtiennent de bons résultats, mais ce n’est pas le cas de tous. Car on ne devient pas apiculteur comme ça. Cela prend du temps et exige des connaissances. Il faut se plier à la nature», insiste Franck Crozet.
De son côté, Jacob Troxler se félicite de cette vague de nouveaux venus, «plus jeunes et qui freinent l’érosion».
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