AFFAIRE LÉGERET

Le frère de F. L. est poliment prié de préciser son alibi

Par GEORGES-MARIE BÉCHERRAZ le 05.03.2010 à 00:05

A force de nier toute implication, l’homme de 45?ans rejugé à Lausanne depuis lundi pour le triple meurtre de Vevey amène le procureur général à interroger son frère sur son emploi du temps cette funeste veille de Noël 2005.

Il ne sera pas dit que le second procès de F.?L. aura négligé d’aborder la question qui hante les partisans d’un scenario radicalement différent de celui retenu par le juge d’instruction ( 24?heures d’hier).

Simon*, le frère de l’accusé, a-t-il joué un rôle dans le meurtre de leur mère, d’une amie de celle-ci et vraisemblablement de leur sœur, dont on n’a jamais retrouvé le corps? Où était-il, qu’a-t-il fait le 24 décembre 2005, date supposée de ce drame que la justice a été priée de rejuger en raison du témoignage tardif d’une boulangère et de l’absence d’aveux ou de preuves irréfutables?

Me Marcel Heider, avocat de Simon, est scandalisé: «On n’a pas hésité à laisser entendre que l’enquête n’avait pas suffisamment creusé, qu’il n’est pas exclu que ce soit lui l’auteur du crime!»

Vérifications sommaires
Il n’est pas dans l’habitude des tribunaux de poser ce genre de questions à une personne assimilée à une victime à l’audience. Pour autant, l’affaire Légeret apparaît comme une cause hors norme. D’autre part, il est vrai que toutes les vérifications possibles sur ce point n’ont pas été effectuées en cours d’enquête. Une confusion de date a provoqué le trouble. Aussi le procureur général, Eric Cottier, a-t-il poliment demandé hier à Simon de préciser son alibi à l’heure supposée du meurtre, soit vers la mi-journée.

«Le 24 au matin, nous sommes allés en ville avec mon épouse pour acheter des victuailles et des cadeaux», répond l’interpellé. Et l’après-midi? «Nous avons effectué ensemble des travaux d’administration dans mon bureau, puis vers 16?heures, nous nous sommes rendus chez des amis.» Eric Cottier: «Donc, à part votre épouse, personne ne peut dire ce que vous avez fait jusqu’à 16?heures?» Il se tourne vers les policiers: «Qu’avez-vous entrepris pour établir son emploi du temps?» L’inspecteur: «Nous avons entendu les témoins qu’il nous a cités, mais on s’est aperçu que les dates du 23 et du 24 décembre avaient été croisées.» Le procureur fronce les sourcils: «Qu’auriez-vous pu entreprendre?» «On aurait pu vérifier les cartes de crédit.» Simon précise qu’il n’en utilise que très rarement. Silence des enquêteurs. «C’est vous l’investigateur! lance Eric Cottier. Que peut-on faire d’autre pour vérifier l’emploi du temps d’une personne qui raconte avoir fait des courses?» Le policier: «On peut contacter les commerçants.»

Haine entre frères
Simon précise qu’il n’avait pas les clés de la villa du meurtre. Qu’il ne les a jamais eues: «Il y avait toujours quelqu’un pour m’accueillir lorsque j’y vivais avec mes parents.» «Moi non plus, je n’avais pas les clés», affirme F.?L.

Une chose est sûre: le mobile financier et le faisceau d’indices qui pourraient justifier la culpabilité de F.?L. sont inexistants pour Simon. L’hoirie dont faisait partie sa mère, sa sœur et son frère n’est pas loin d’être sur la paille, selon un notaire qui s’en occupe, et rien n’indique sa présence sur les lieux du crime.

Reste la haine entre les deux frères. Elle est telle que, selon Me Heider, si F.?L. venait à être libéré, «mon client est persuadé qu’il serait sa prochaine victime».

Quelque peu délaissée dans ce procès où les débats se sont évidemment concentrés sur la famille Légeret, la fille de la seconde octogénaire sauvagement tuée dans la villa n’a pu retenir ses larmes hier à l’évocation du triste sort subi par sa mère. «Ma cliente est déçue car elle souhaitait entendre ce qui s’est passé dans cette maison», déplore son avocate. Et d’ajouter: «Elle n’a pas encore fait son deuil, alors que F.?L., qui dit avoir aimé sa mère par-dessus tout, ne manifeste ici aucune émotion. C’est pour le moins surprenant.» Réquisitoire et parole à la défense aujourd’hui.

*Prénom d’emprunt

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