INITIATIVE

Freiner ou non l’avortement, deux mères élues s’affrontent

Par Laurent Grabet le 29.03.2010 à 01:08

Des milieux conservateurs se mobilisent pour réduire le recours à l’avortement. La Veveysanne et députée UDC Fabienne Despot défend l’initiative lancée dans ce sens. La socialiste lausannoise Géraldine Savary s’inquiète de la remise en cause de ce «droit fondamental». Débat.

Toutes deux ont la quarantaine dynamique, sont politiciennes et mères de deux filles. Leurs ressemblances s’arrêtent là. Surtout quand le mot «avortement» est lâché. A droite, la députée UDC Fabienne Despot, l’une des rares élues romandes à soutenir l’initiative fédérale proposant que l’assurance de base ne rembourse plus l’interruption volontaire de grossesse (IVG). A gauche, la socialiste Géraldine Savary, consternée par cette volonté «rétrograde».

– Quel est le but de l’initiative «Le financement de l’avortement est une affaire privée»?
F. D. – Faire baisser les coûts de la santé et le nombre d’avortements.
G. S. – Ce texte s’attaque en réalité à l’avortement, qui est pourtant un droit fondamental. Il n’y a qu’à voir qui l’a lancé: des élus UDC, PDC, UDF et, surtout, La mère et l’enfant et Pro Life , deux associations voulant instaurer en Suisse un climat à l’américaine dans lequel l’IVG est culpabilisante et combattue par la violence. Cette initiative propose un retour en arrière de quarante ans.
F. D. – Faux. L’idée n’est pas de remettre en cause l’IVG mais de dénoncer cette mentalité qui la préfère systématiquement à la vie. Moi-même à la trentaine, alors que j’étais en bonne santé, mariée et avec une situation, la première chose que mon gynécologue m’a proposée, c’est d’avorter. Cela m’a choquée.

– Economiser n’est donc finalement qu’un prétexte ?
G. S. – Evidemment. Il y a environ 10?000?avortements par an en Suisse. C’est peu et ce chiffre est stable. Ces IVG coûtent 20 millions à l’assurance. Une goutte d’eau sur des dépenses totales de 20 milliards.
F. D. – 10?000?IVG, c’est encore trop élevé. Et les rembourser alors que la contraception ne l’est pas donne un mauvais signal aux femmes. Surtout dans notre société vieillissante. Il est vrai que les arguments philosophiques de notre initiative priment sur la dimension financière.
G. S. – Nous, socialistes, venons de proposer que les contraceptifs délivrés par des médecins soient remboursés. Personne n’avorte à la légère. Une situation difficile y contraint. Ce qui est gravissime, c’est que votre initiative complique encore les choses en introduisant la question financière dans tout ça.
F. D. – Mais la majorité des avortements en Suisse concerne des adultes. Eux sont responsables et ont les moyens de payer l’assurance complémentaire spéciale IVG que nous proposons.
G. S. – Avorter coûte de 500 à 3500?francs. Comment fera la migrante ou l’ado n’ayant pas souscrit d’assurance pour une grossesse par définition non désirée? Elles s’enfileront des aiguilles à tricoter dans le ventre?

– Madame Despot, l’initiative exige que les moins de 16?ans informent leurs parents de leur grossesse. Pourquoi?
F. D. – Bon sang de bonsoir, je trouve anormal que des parents ne soient pas au courant que leur fille va avorter alors que dans le même temps, ils doivent lui donner leur aval pour un simple piercing!
G. S. – L’intégrité physique d’une personne, quel que soit son âge, lui appartient et doit être protégée par la confidentialité. Vous proposez sa mise sous tutelle. Cela signifierait qu’une jeune fille n’est plus maîtresse de son corps. Les centres de planning familial n’incitent pas à avorter mais aident les jeunes femmes à prendre une décision intime en toute connaissance de cause.

– Madame Savary, comprenez-vous que les personnes opposées à l’IVG refusent de participer, même indirectement, à son financement?
G. S. – Non. Cette attitude remet en cause le principe de solidarité qui est à la base de notre assurance-maladie. C’est comme si un non-fumeur refusait que ses cotisations servent à soigner des cancers du poumon!

– Que feriez-vous si, ce soir, l’une de vos filles vous annonçait qu’elle est enceinte?
G. S. – Je lui dirais: «On est à tes côtés quelle que soit ta décision.» J’essayerais de ne pas l’influencer dans un sens ou dans l’autre.
F. D. – Je la pousserais à garder l’enfant et elle devrait avancer des arguments sérieux pour me contrer. Si elle ne peut pas l’assumer financièrement, je l’aiderais. Mais si, pour elle, l’avortement était la seule solution, je serais bien obligée de l’accepter. Et une fois la décision prise, je n’y reviendrais plus.

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