SAINT-MAURICE

Avec flamme, ils déclament leurs états d’âme via le slam

Par Karim Di Matteo le 06.05.2010 à 00:01

Pour familiariser des élèves du secondaire avec la poésie et la diction, la Médiathèque Valais a organisé le concours Les mots sans chaînes. La finale cantonale d’hier a donné lieu à de belles et émouvantes prestations.

«En ce 5 octobre quelque chose s’est passé, la mort de ma mère sur ma vie s’est crashée…» Au fil des mots, Haxhie, 13?ans, de Crans-Montana, laisse parler son cœur sur la douloureuse cicatrice vieille de cinq ans. «J’ai une cousine prof de slam et c’est comme ça que je m’exprime le mieux.»

Comme elle, une trentaine de Valaisans de 12 à 15?ans ont livré hier une part d’eux-mêmes ou une réflexion sur leur société par ce mode d’expression à mi-chemin entre poésie et rap, popularisé par l’artiste français Grand Corps Malade. Avec ou sans musique, ils ont pris part, sur la scène du Théâtre du Martolet de Saint-Maurice, à la finale cantonale d’un concours organisé par la Médiathèque Valais.

«S’exprimer sans limite», voilà ce qui a séduit la plupart des 34?finalistes (sur 2000?participants) dans ce concours intitulé à juste titre Les mots sans chaînes. «On peut dire tout ce qu’on ressent», confirme Marie-Bertrande, 14?ans. «Le but pédagogique de ce concours, qui s’est déroulé durant l’année scolaire en cours dans les classes du secondaire, était de les familiariser avec la poésie et leur apprendre à s’exprimer en public», explique Delphine Debons, responsable du projet. Après quelques passages, elle était déjà convaincue que la mission est pleinement réussie.

L’adolescence en question
Perte d’un proche, suicide, violence, racisme, déceptions amoureuses, les textes très personnels et aux termes parfois crus ont surpris par leur force et l’émotion suscitée auprès du public, laissant planer un climat lourd à certains moments.

Yohann, 13?ans, pour sa première expérience dans le monde du slam, a choisi d’évoquer une rupture récente: «Une semaine avant la finale, ma copine m’a largué. Alors j’ai écrit ce texte. En deux jours, et sans l’aide de personne, c’est trop personnel.»

L’adolescence et ses doutes ont inspiré plusieurs participants. Dont Simon, 13?ans: «Sinon, je me verrais bien écrire sur la violence, l’antiracisme, l’anti-extrême droite aussi, précise le Sédunois. A part participer à l’écriture du texte, ce que j’ai aimé, c’est de composer la musique qui va avec.»

Une façon de se livrer
«J’ai simplement choisi de parler de ma vie, de mes histoires de famille, des difficultés de la vie, parce que l’adolescence est quand même une période dure, évoque Marie-Bertrande. Par le passé, je l’ai déjà fait par la poésie. Là, c’est par le slam.»

Du côté des adultes, on apprécie: «C’est franchement impressionnant, s’exclame Pablo Michellod, alias l’Indomptable au sein de la Société lausannoise des amateurs et amatrices de mots (Slaam). Ce que je trouve génial, c’est qu’ils ont la possibilité de dire des choses qu’ils ne diraient pas autrement.»

Un sentiment partagé par Alain Wirthner, professeur de musique: «Ils ont découvert un mode d’expression. J’ai pu comprendre qu’ils sont porteurs de bien des choses qu’on ne voit pas forcément en classe.»

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