F.L., 45?ans, a-t-il vraiment tué sa mère adoptive et une amie de celle-ci retrouvées mortes vers Noël 2005 dans la villa familiale sur les hauts de Vevey? Et puis a-t-il aussi assassiné sa sœur dont on n’a jamais retrouvé le corps?
Il n’a jamais cessé de le nier, mais lors d’un procès retentissant en été 2008, le Tribunal criminel de l’Est vaudois a acquis l’intime conviction qu’un triple meurtre s’est bel et bien déroulé et qu’il en est l’auteur par cupidité financière. Il l’a condamné à la prison à vie.
Et puis le témoignage tardif et inattendu d’une boulangère est venu attester que les victimes étaient encore vivantes à l’heure où le jugement affirme qu’elles étaient mortes. Suffisamment troublant pour annuler le verdict et reprendre toute l’affaire de zéro.
17:40
F.L. maintient que, durant la reconstitution, il était sous pression et que son avocat lui a dit de ne pas changer de version.
Question du procureur: «En août 2006 pendant la reconstitution, vous vouliez dire la vérité? Laissez tomber les conseils de votre avocat.»
F.L.:«Je veux faire constater que ce que je dis est une aberration.»
17:34
Fin de la vidéo. Les questions reprennent.
Président: «Donc tout ce que vous avez dit durant la reconstitution est inventé?»
F.L.: «Oui.»
Président: «Pourquoi donnez-vous autant de détails?»
F.L.: «Ces détails ne correspondent pas à la réalité.»
Président: «Pour l'instant, nous, on ne connait pas la vérité... Mais, maintenant, tous ces éléments vous les avez inventé?»
F.L.: «Vous avez vu on me pose les questions de nombreuses fois pour que je réponde...»
Président: «Je vous l accorde.»
16:00
Sur la vidéo projetée, F.L. explique la scène avec une petite voix. Ses traits sont marqués. Les inspecteurs le questionnent sur de nombreux détails, mais F.L. peine à se souvenir de la scène.
Alors que la vidéo continue à tourner, F.L, assis sur sa chaise du tribunal, ne regarde pas la reconstitution.
15:20
Une reconstitution vidéo des faits est diffusée.
15:05
F.L. reste debout, les bras croisés. Il répond avec calme aux questions.
Président: «Lors de la reconstitution, vous avez donné tout une série d’indications. Comment avez-vous eu connaissances de ces détails, comme le positionnement d’un tabouret ?»
F.L.: «C’était sur les photos de la scène du crime qu’on m’avait montrées.»
Président: «Vous estimez que dans votre caractère vous avez fondamentalement changé ces dernières années? Car je m’étonne... vous répondez aux questions, vous résistez à l’enjeu, au cadre d’aujourd’hui, vous répondez du tac au tac. Je vous avoue que j’ai de la peine à comprendre comment vous avez pu être mis sous pression durant des semaines...»
F.L.: «J’ai passé quatre années en détention dont deux en préventive ce qui est pire. Je suis donc différent aujourd’hui.»
14:40
Procureur: «A Vevey, vous avez dit il y a deux ans que votre souhait aurait été de vous rétracter, vous le confirmez?»
F.L.: «Sur conseil de mon avocat, on m’a dit de ne plus changer ma version jusqu’au procès.»
Le procureur continue à lui poser des questions sur son comportement durant l’enquête.
Le président reprend la parole. F.L. a expliqué avoir eu des problèmes pour accéder aux dossiers.
14:25
Le procureur Eric Cottier commence à interroger F.L.
Procureur: «Vous êtes interpellé le 5 janvier, on vous a gardé 24?heures. Puis, on vous a à nouveau entendu le 2 février. Là vous êtes arrêté. Puis, vous êtes entendu encore le 3 février, est-ce juste?»
F.L.: «Je n’ai pas les documents sous les yeux…»
Procureur: «Vous y étiez moi pas. C’est à vous de me répondre!»
F.L.: «C’est juste, mais je ne vois pas où vous voulez en venir.»
Le président explique à F.L. qu’il doit répondre simplement aux questions.
Procureur: «Lors d’un procès-verbal d’audition, on vous a montré deux photos de chemise ensanglantée». Eric Cottier montre deux photos. «Est-ce ces deux photos qu’on vous a montrées?»
F.L.: «Non, ce n’est pas ces deux photos qu’on m’a montrées.»
Procureur: «Dans une audition du 7 mars, vous racontez à nouveau la version
F.L: «Je maintiens que j’ai toujours demandé à garder le silence.»
Le président tape fortement sur la table. Et stoppe F.L. alors que ce dernier est parti dans des explications.
Président: «Mais pourquoi avez-vous signé cette déposition?»
F.L: «Je ne l’ai jamais signée»
Le président ne semble pas d’accord mais s’aperçoit que F.L. dit vrai.
14:10
Reprise d’audience. Le président interroge l’accusé F.L.
Président: «Quelle est la version que vous soutenez?»
F.L.: «Je n’ai aucune implication dans ce drame.»
Président: «Quand est-ce que vous avez vu votre mère pour la dernière fois?»
F.L..: «Le 16 décembre chez la coiffeuse.»
Président: «Pourquoi vous avez dit à plusieurs reprises que vous étiez allés dans la villa de votre mère le 24 décembre 2005?»
F.L.: «Parce que j’étais mis sous pression.»
Président: «Par quoi?»
F.L.: «Par le juge d’instruction»
Président: «Quelles formes avaient ces pressions?»
F.L.: «Ils n’acceptaient pas la version que j’avais donnée. Aussi au niveau des termes, on m’a traité de connard car je ne répondais pas aux questions. On ne m’a pas donné de repas chaud à midi. Je n’ai eu que de l’eau et du pain.»
Président: «Vous avez à plusieurs reprises, soit complété soit confirmé les déclarations concernant votre venue le 24 décembre dans la villa. Comment se fait-il que vous ayez maintenu durant plusieurs semaines cette version?»
F.L.: «Car dès le lendemain, j’ai vu mon avocat. Il m’a dit vous ne bougez plus., ne changez plus de version. Vous gardez le silence. La pression était telle que je ne pouvais rien faire.»
12:38
L’audience est suspendue jusqu’à 14:00
12:18
Eric Cottier, procureur: «Serait-il possible de mener un premier interrogatoire de F.L. avant la projection de la reconstitution vidéo prévue cet après-midi?»
Le président: «Oui, si cela est opportun.»
Le procureur informe de plus le président que les parties se sont mises d’accord avant l’audience pour que certaines pièces devant être connues du tribunal et du jury puissent être lues durant les suspensions d’audience.
Eric Cottier: «Cela permettra de laisser ainsi de la place aux débats nécessaires dans cette affaire.»
Depuis déjà deux heures, le président lit en effet le rapport de police.
11:50
Le 14 mars 2006: nouvelle audition de F.L. Il ne peut expliquer pourquoi il n’a pas révélé la mort des deux femmes plus tôt.
11:40
Les aveux de F.L. du 6 février 2006:
Le 24 décembre, il dit avoir sonné à la porte. Marie-José lui répond et lui dit que leur mère ne va pas bien. Il découvre sa mère inanimée. Ne voulant pas se mêler de cette affaire, il explique qu’il a voulu partir. Mais sa soeur le retient et le griffe. Il découvre aussi Marina S., l’amie de sa mère. Ils ont ensuite tout deux déplacé le corps. Écœuré, il aurait dit à sa soeur de se débrouiller seule, et aurait quitté les lieux.
11:25
Après la découverte des corps, F.L. est entendu 4?fois par la police. Il est libéré.
Le 30 janvier, le médecin légiste trouve de l’ADN de F.L. sur le col de la chemise de sa mère décédée. Le jeudi 2 février, F.L. est alors interpellé.
Mais après de nombreuses auditions, F.L. change sa version des faits le 6 février 2006. Alors que la police a connaissance des traces d’ADN de F.L. sur la chemise de sa mère, F.L. admet qu’il était présent dans la villa de sa mère à Vevey le 24 décembre 2005.
11:15
Alors que le président continue la lecture du vaste rapport d’enquête de police, F.L. prend quelques notes. Ses deux avocats commencent, eux, à sortir quelques documents des nombreux classeurs déposés à côté de la table. Ce n’est en effet pas une mallette mais deux grandes valises qui ont été nécessaires pour transporter tous les documents liés à cette affaire.
10:50
En ce qui concerne la situation financière des membres de la famille à l’époque des faits, Ruth et Marie-José n’ont, selon le rapport de police, pas de problèmes financiers. Elles possèdent d’importantes liquidités.
F.L., lui, ne possède quasi pas de liquidités. En revanche, il a des dettes pour quelque 750?000?francs.
10:40
Vient une description de la famille de F.L.
Charles, le père architecte connu, a épousé Ruth à la fin des années 1940. Ils ont eu deux enfants, Marie-José et Simon (nom d’emprunt).
Puis ils ont adopté deux enfants, F.L. et un autre aujourd’hui décédé.
A la mort de Charles, Ruth est alors usufruitière de la fortune de la famille estimée à 38 millions.
Marie-José, médecin, vit avec sa mère depuis la mort du père.
Simon a peu de contact avec la famille et a été déshérité.
Enfin, F.L. a une formation d’infirmier. Il travaille jusqu’en 2002, puis fait quelques semestres de droit à l’Université de Fribourg.
Le rapport de police relève en outre que des tensions existent entre, d’un côté, la mère et la soeur, et de l’autre, l’accusé F.L.
10:25
Le président donne lecture des deux rapports de synthèse de la police. Cela permet aux membres du jury de prendre connaissance des faits.
Tout débute avec la découverte des corps de la mère et de son amie le 4 janvier 2006. Les inspecteurs estiment que la mort des deux femmes remonte à plus d’une semaine. Des recherches sont lancées pour localiser la soeur, Marie-José. Les victimes ont été découvertes au pied d’un escalier.
Le 5 janvier 2006, des autopsies sont menées. De multiples lésions sont relevées sur les corps des victimes. Les légistes établissent que les victimes étaient vivantes lorsqu’elles ont reçu les coups.
En tenant compte de l’enquête de police, les médecins légistes concluent que les traumatismes sévères subis par les deux femmes sont vraisemblablement liés à un tiers.
10:20
Le président rappelle que le procès est prévu sur une seule semaine.
La défense renonce à trois témoins. Un point qui facilitera le travail de la justice.
10:12
Le procureur, Eric Cottier, conclut au rejet de la requête de Robert Assaël.
10:00
Le détective, engagé par le frère de F.L., sera entendu, précise le président.
Robert Assaël demande à entendre une témoin qui aurait vu, en 2008, la soeur de F.L, Marie-José.
09:40
Le procès de F.L. débute. Le tribunal d’arrondissement de Lausanne fait salle comble. La presse et le public occupent tous les bancs. Face aux juges et au jury, l’accusé F.L., veste blaser noire et basket jaune, est entouré de ses deux avocats de renom, Pierre de Preux et Robert Assaël.
Le président Collelough rappelle les faits retenus. F.L. est accusé d’assassinat et d’octroi d’un avantage. Le 24 décembre 2005, il se serait rendu au domicile de sa mère, Ruth. Il aurait tué sa mère et une de ses amies, Marina S. venue passer les fêtes avec elle. F.L. aurait été aux abois depuis que sa mère avait fermé le robinet financier. Enfin, F.L. est également soupçonné d’avoir tué sa soeur, Marie-José, et d’avoir éliminé son cadavre, afin de faire croire à une implication de celle-ci dans les crimes. Le corps de sa soeur n’a jamais été retrouvé.