«En vingt ans de carrière, je n’ai jamais vu ça!» Au service d’obstétrique du CHUV, le médecin-chef, Yvan Vial, n’en revient pas: des naissances dans l’ambulance, le taxi ou accidentellement à la maison, cela arrive. Mais jamais dans la rue! «La maman est un peu choquée, raconte Darcy Christen, porte-parole du CHUV. Elle ressent une certaine honte de ce qui lui est arrivé publiquement.»
Un autre Lausannois peine à s’en remettre: Alain Longet, qui passait par là. La dernière naissance à laquelle avait assisté ce sexagénaire, c’était celle de son fils, Pascal, 40?ans. «Comme pour lui, j’ai eu les larmes aux yeux auprès de cette mère.» Aujourd'hui, pour ce promeneur matinal, l’accouchement mouvementé a pris des allures de film d’aventure. Flash-back.
Alain Longet, artiste peintre, avait un agenda bien rempli. Et sa journée débutait par une tâche humble et fastidieuse: retrouver sa voiture, parquée sur l’avenue de France. Devant l’Asile des aveugles, il croise une femme accompagnée de deux petits enfants. Les deux enfants pleurent, la mère hurle en tendant un téléphone portable. «Appelez vite un taxi», dit-elle, tendant son appareil. En fait, l’accouchement est imminent et la mère n’a nullement le temps de monter par ses propres moyens au CHUV.
Le peintre, ému, s’exécute, mais ne se souvient plus des numéros compliqués des compagnies de taxi. «Pour donner l’alerte, j’ai composé le 117, puis le 144. Et je me suis occupé de cette dame.» Premier bon point pour l’accoucheur providentiel, il a fort bien fait de commencer par chercher de l’aide. Ensuite, sur le trottoir, vient l’heure des travaux pratiques. «Calmez-vous, les enfants! Vous allez avoir une petite sœur ou un petit frère.»
Devant lui, la jeune mère reste debout et met les mains sous sa jupe. Une passante longe le trottoir d’en face. «Je lui ai demandé d’aller chercher une couverture et de l’aide à l’Hôpital ophtalmique.» Deuxième bon point pour le sauveteur.
Autour de la mère, quatre dames résidant à l’avenue de France ont entendu les appels du promeneur. «Elles sont arrivées. L’une a donné une jaquette, les autres avaient apporté des couvertures pour protéger le nouveau-né.» L’ambulance du groupe sanitaire arrive, la voiture de la police municipale aussi.
Contactés à 7?h?02, les ambulanciers arrivent avec la mère et l’enfant à 7?h?30 à la maternité du CHUV. Comme il fait bien les choses, Alain Longet s’occupe des deux enfants et les confie à une connaissance ?–? leur oncle, un Sri Lankais qui tient un commerce asiatique dans la rue. «Je le connais bien, c’est chez lui que j’achète mes mangues.»
Du jamais-vu au CHUV
Comme au CHUV, au groupe sanitaire/SMUR, une naissance sur le trottoir, c’est du jamais-vu. En vingt-cinq?ans de carrière, le chef adjoint du groupe, Reynold Meylan, n’a jamais connu pareil événement dans les rues lausannoises. «Il est déjà très rare qu’on aide une femme à accoucher dans l’ambulance.»
Pour sa part, Yvan Vial se veut rassurant: la mère et l’enfant vont bien. Ils sont en de bonnes mains et l’on veille sur leur tranquillité.
Gestes salutaires
PRÉVENIR
Le premier geste à effectuer pour aider une mère à accoucher dans l’urgence est de prévenir l’ambulance, selon le docteur Yvan Vial, médecin-chef du service d’obstétrique au CHUV.
SOUTENIR
Ensuite, il est juste de soutenir la tête du nouveau-né et d’éviter sa chute. Mettre un vêtement sous les fesses de la parturiente est également une initiative correcte.
PINCER
Vient l’instant de «clamper» –?comprendre pincer?–?le cordon ombilical. Le Dr Yvan Vial recommande de rester calme et de le faire avec les moyens du bord (un lacet de chaussures, les mains). On peut attendre une à deux minutes avant de clamper le cordon.
RÉCHAUFFER
Le plus important pour le sauveteur reste de penser à la chaleur. Vêtement, couverture, tout est bon pour emmailloter le nouveau-né et le tenir le plus au chaud possible en attendant l’ambulance.