VIE DES PARTIS

L’extrême gauche tente de s’unir pour survivre

Par Mehdi-Stéphane Prin le 19.10.2009 à 00:02

Après trois ans de polémiques, les milieux anticapitalistes vaudois vont tenter de donner naissance à une nouvelle formation: la Gauche. De quoi provoquer des remous au sein de l’historique POP, menacé de disparition.

Les grandes manœuvres commencent pour la gauche de la gauche vaudoise. Après trois ans de tempête provoquée par sa déroute historique aux élections cantonales de 2007, qui lui ont laissé seulement 5 députés au Grand Conseil. Le remède pour retrouver une santé passe par le lancement d’un nouveau mouvement: la Gauche. Cette structure sera lancée au niveau suisse le 21 novembre prochain. La naissance d’une section vaudoise est programmée dans la foulée. C’est du moins l’espoir du conseiller national Josef Zisyadis. «Les gens en ont marre des sempiternelles divisions à gauche du Parti socialiste. Si nous voulons continuer de peser sur la scène politique, nous n’avons pas d’autre choix que l’union.»

Union avec divisions
Ce n’est pas gagné d’avance, surtout dans le Parti ouvrier populaire (POP) dont un certain Josef Zisyadis a pendant plus de vingt ans présidé aux destinées. L’ancienne complice du tribun, la députée Christiane Jaquet-Berger, voit d’un très mauvais œil l’arrivée de la Gauche. «Le POP profite d’un ancrage historique dans la population, d’une sympathie. Les gens nous connaissent sous ce nom, tout comme nos actions.» Pour cette figure respectée des rouges, l’appellation A Gauche toute! n’a pas été comprise par les électeurs. Derrière ce nom se cache l’actuel et conflictuel alliance entre le POP et SolidaritéS.

Certains militants du POP ne cachent d’ailleurs pas qu’un nouveau mouvement doit aussi servir à rendre moins présent sur la scène médiatique le leader de SolidaritéS, Jean-Michel Dolivo. Après avoir exclu la création d’un parti anticapitaliste unique, ce député semble désormais favorable à la création de la Gauche. «Mais attention, s’il s’agit de créer un mouvement avec une identité électorale unique, il doit subsister des courants à l’intérieur. SolidaritéS en sera l’un d’eux.» L’union de combien de divisions?

Devenu un des plus influents popistes du canton, le conseiller communal lausannois Alain Hubler estime que la création d’un nouveau parti doit de toute façon être progressive. «Je comprends parfaitement les militants, en particulier anciens, attachés au nom POP. Dans un premier temps, il faut autoriser les doubles appartenances.» Bref, les élus pourraient très bien siéger sous la couleur de la Gauche, tout en restant affiliés au POP. Reste à savoir si les électeurs réussiront à s’y retrouver. D’autant plus que la naissance du nouveau parti anticapitaliste arrive tard pour pouvoir se mettre en ordre de bataille pour les prochaines élections communales du printemps 2011, puis les cantonales de mars 2012.


Un nouveau parti sur la scène nationale

Samedi 21 novembre, les milieux anticapitalistes de toute la Suisse se sont donné rendez-vous à Schaffhouse pour créer un nouveau parti politique: la Gauche. Ce mouvement vise à donner une assise nationale à des formations aujourd’hui disparates. Fervent partisan de cette union, même s’il se défend d’en être un des pères, se trouve le seul conseiller national élu à la gauche du Parti socialiste: Josef Zisyadis. «Ce sont surtout mes camarades alémaniques qui poussent à cette union. Ils nous donnent une leçon en nous disant qu’ils en ont marre de nos sempiternelles divisions.» Un comble pour la mouvance rouge surtout implantée dans des cantons romands.

La naissance de ce nouveau mouvement risque d’être explosive. Réunir dans la même salle des communistes, des trotskistes et des altermondialistes tient déjà de l’exploit. Les fondateurs de la Gauche espèrent également convaincre quelques socialistes à venir grossir leurs rangs. De quoi inciter Josef Zisyadis à reporter sa retraite politique, promise pour l’automne 2011? «A la fin de mon mandat de conseiller national, j’arrête. Si je souhaite la création de la Gauche, c’est uniquement pour laisser un espoir pour mes enfants de pouvoir se battre contre le capitalisme.»

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