Manuel Sigrist est collaborateur au Musée de l’Elysée. Il s’occupe d’une prochaine exposition sur Hans Steiner, un photographe bernois qui a réalisé un grand nombre de portraits du général. Il y a quelques années, à l’occasion d’un séminaire sur la construction de l’image du général Guisan durant la Seconde Guerre mondiale, il est tombé sur des clichés qui l’ont intrigué. «En regardant de plus près les plaques et les tirages entreposés à l’Elysée, j’ai remarqué que certaines images avaient été retouchées. Une troisième étoile avait été ajoutée après coup, un peu maladroitement, sur le col du général.»
De fait, le nombre d’étoiles varie d’une à trois durant la guerre. Sur la photo de son serment devant l’Assemblée fédérale, le 30 août 1939, Henri Guisan n’arbore qu’une étoile. Sur la couverture de L’Illustré de l’été 1940, il en porte deux. Puis, deux ans plus tard, dans le même journal, il en porte trois.
Le col qui pique
«Tout cela s’explique, rassure Renato Pacozzi, restaurateur d’armes anciennes au Musée militaire de Morges. En 1939, les grades et l’habillement sont encore régis par l’ordonnance?1926, qui prévoit une étoile pour un commandant de corps et deux étoiles pour un général.» Lorsqu’il est élu, Henri Guisan n’arbore donc logiquement que son étoile de commandant de corps. Quelque temps plus tard, son col reçoit sa deuxième étoile de général. «L’année d’après, le règlement change, on passe à l’ordonnance?1940, poursuit Renato Pacozzi. Celle-ci prévoit de nombreux changements: pour les soldats, on passe du col relevé, qui piquait la nuque, au col rabattu. Et le grade de général se signale désormais par trois étoiles.»
La troisième étoile «truquée» a certainement été ajoutée manuellement sur certaines photos en attendant que la véritable étoile soit cousue. Ou par commodité, pour éviter de mettre à la poubelle tous les anciens portraits, pourtant récents, du général.
Le canton de Vaud commémore ce jour le 50e?anniversaire des obsèques du général Henri Guisan. Une série d’événements auront lieu à Pully et à Lausanne:
• 7?h?30, Pully, tir au canon.
• 9 h, dépôt de gerbes au cimetière de Pully (Il y a vingt-cinq ans, le président Eisenhower, entre autres, avait fait parvenir une gerbe…)
• 11 h, à Pully, vernissage de l’exposition «Le général Guisan» (du 12 au 24 avril).
• 14 h, cathédrale de Lausanne, culte du souvenir.
• 17?h?30, Pully, prise d’armes (Milices vaudoises plus troupe d’honneur de l’armée).