LAUSANNE

L’épineux remplacement des chaises paillées de la cathédrale

Par Julien Magnollay le 18.03.2010 à 00:04

Les sièges centenaires de l’édifice gothique sont à bout de souffle. Quel mobilier choisir? Un colloque vient d’être consacré à cette question. Certains penchent pour le contemporain.

Michel Léderrey connaît la cathédrale de Lausanne comme sa poche. Il est, depuis cinq ans, un des pasteurs de la paroisse. Barbe en collier, petites lunettes, il pose un regard tendre sur les 500 vénérables chaises paillées de l’édifice gothique. «Elles ont fait preuve d’une durabilité exemplaire, admire-t-il. Elles ont l’avantage d’une certaine légèreté. Mais la plupart sont extrêmement fatiguées. Leur paillage est d’origine et on s’enfonce dedans. Elles doivent être soit remplacées, soit rempaillées.»

La question du mobilier de la cathédrale se pose depuis de nombreuses années. Mais les choses se sont accélérées la semaine dernière. Une vingtaine de spécialistes se sont réunis pour un colloque sur ce sujet.

Un colloque pour des chaises? «Les Vaudois sont très attachés à la cathédrale, la question du mobilier est loin d’être innocente», explique Eric Golaz, président de la Commission d’utilisation de la cathédrale, qui a organisé la réunion. Le colloque a réuni des usagers de la cathédrale, des professionnels du meuble, des architectes, des experts de la sécurité ou encore des responsables du patrimoine.

Tout retourner
La question est complexe. L’usage de la cathédrale est multiple: concerts, cultes, tourisme, assermentations. Chaque utilisation requiert sa propre configuration. A chaque concert d’orgue, soit environ vingt-cinq fois par année, il faut retourner complètement les chaises pour que les mélomanes puissent faire face à l’orgue. Puis les remettre à l’endroit pour le culte.

«Nous sommes dans une église, mais nous travaillons comme dans un théâtre», sourit Julio Pistolato, intendant de la cathédrale. Le nombre de manipulations a fortement augmenté ces dernières années, avec l’arrivée des grandes orgues et l’ouverture de l’édifice à de nouvelles célébrations (catholiques, orthodoxes, communauté de Taizé).

«Pas de solution miracle»
Les chaises actuelles datent de 1913 et sont complétées, au besoin, par des chaises d’appoint. Ces dernières s’avèrent «dangereuses, branlantes et inesthétiques», selon Julio Pistolato. La question de la déambulation est très importante. Pas moins de 40?000 personnes s’assoient chaque année dans la cathédrale, mais 400?000 personnes la visitent dans le même temps.

Alors, quelle solution? Des bancs à dossier réversible, comme dans l’église Saint-François ou la cathédrale de Berne? De nouvelles chaises? Pour l’instant, le processus n’en est qu’au commencement. «Il faut tout d’abord que la paroisse et l’Eglise se déterminent sur leur occupation du lieu, temporise Eric Golaz. La cathédrale est d’abord un lieu religieux. Si on veut diminuer le mobilier, il faut trouver un lieu de stockage et des forces de travail pour installer et enlever les chaises en cas de concerts. Il n’y a pas de solution miracle.»

Du rafistolage au contemporain?
Pour le pasteur Michel Léderrey, qui précise qu’il s’exprime à titre personnel, il faudrait saisir l’occasion pour réfléchir à un mobilier contemporain: «On pourrait demander à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) de se pencher sur la question. Cela donnerait aux politiques le choix entre le rafistolage et le contemporain.» Une proposition qui enthousiasme Pierre Keller, directeur de l’ECAL. «Ce n’est pas moi qui irai user mes culottes sur ces bancs-là, mais ce serait un projet très intéressant.» Les églises de Grandson et de Pully ont récemment tenté le pari du mobilier contemporain. Michel Lederrey espère aussi que le futur mobilier sera modulable. «Chaque fois que la nef est vidée de son mobilier, c’est magnifique. On redécouvre la cathédrale.»

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