On ne sait pas encore si on votera, mais la campagne sur le nouveau Musée cantonal des beaux-arts est engagée. Alors que le comité référendaire est dans la rue pour récolter 12 000 signatures d’ici au 9 juillet, le Conseil d’Etat vaudois était hier devant les médias. Pas moins de trois ministres – Anne-Catherine Lyon pour la Culture, Jean-Claude Mermoud pour le Développement territorial, et le président Pascal Broulis – pour annoncer que plus aucun obstacle légal ne se dresse contre l’utilisation culturelle de Bellerive.
Entré en force
Le fait du jour s’énonce vite: le plan d’affectation cantonal 310, indispensable à l’érection du musée, n’a pas été contesté dans les délais devant le Tribunal fédéral. Sa légalisation, le 21 avril dernier par le Tribunal cantonal, est donc définitive. «L’emplacement du futur Musée des beaux-arts est totalement légal, personne ne peut dire que nous avons spolié le droit», a insisté Jean-Claude Mermoud.
Une technicité? «Pas du tout, c’ est une étape capitale», a insisté Anne-Catherine Lyon, glissant que le gouvernement craignait de voir son projet retardé durant des mois par cette étape juridique. Mais ce feu vert a surtout été l’occasion d’une opération de charme pictural, avec la projection d’un échantillon des trésors qui dorment dans les caves du canton, faute de place d’exposition dans le Palais de Rumine. Et que défilent les toiles de Corot, de Bocion ou de Hodler, qui ont d’ailleurs souvent pris les paysages lémaniques pour sujet. «Annuellement, on ne peut aujourd’hui présenter plus de 2% des 8500 ouvres que nous détenons, le nouveau musée nous permettra de décupler ce chiffre», a renchéri Bernard Fibicher, directeur du musée. Pour Anne-Catherine Lyon, c’est clair: «Le projet conjugue l’harmonie du lieu, de l’architecture et des œuvres. »
Plus évasif en ce qui concerne l’architecture (voir ci-dessous), Pascal Broulis s’est fait le chantre de l’impact économique du futur édifice: «C’est aussi une façon de vendre le canton de Vaud à l’extérieur, d’en donner une image constructive et positive. » Sans compter qu’il s’agit du projet culturel phare de la législature, tel qu’inscrit dans le programme de gouvernement publié en novembre dernier.
«Ça me laisse froid»
Pas de quoi impressionner le comité référendaire. «Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de recours que c’est légal», réagissait hier son président, Pierre Santschi, rappelant que les contestataires ne s’étaient pas vu reconnaître la qualité pour recourir. «Il n’y a pas eu de décision sur le fond, et dans ces circonstances les péripéties juridico-contradictoires du Con- seil d’Etat me laissent absolument froid», lance l’ancien député Vert. «Il n’y a qu’un verdict valable, c’est celui du peuple, et c’est lui que nous nous employons à obtenir», conclut-il.
INTERVIEW EXPRESS de Pascal Broulis, président du Conseil d'Etat - «La question de l’architecture du bâtiment est tranchée, maintenant allons de l’avant»
– Le musée au bord de l’eau est contesté depuis des mois, mais c’est la première fois qu’en tant que président du Conseil d’Etat vous vous engagez en sa faveur. Pourquoi si tard?
– Ce n’est pas la première fois! J’ai souligné l’importance du projet en présentat le programme de législature. Si je m’engageais sur tous les dossiers, ce serait de l’ingérence par rapport à mes collègues. Il faut doser. L’annonce, aujourd’hui, de la parfaite légalité de l’emplacement du musée, était la bonne occasion pour montrer l’engagement du Conseil d’Etat.
– Etes-vous personnellement convaincu par le futur musée, son emplacement et son architecture?
– Oui. (Silence.) Oui, je suis convaincu par l’implantation d’un nouveau Musée des beaux-arts à Bellerive, au bord du lac. Ce sera un objet majeur pour le rayonnement du canton.
– Et par son architecture?
– On ne satisfait jamais tout le monde avec une architecture. C’est une question de goûts et de couleurs, et c’est une question qui est aujourd’hui tranchée. Le jury a fait son choix, sachons nous y plier, allons de l’avant avec ce musée
– Comment susciter de l’enthousiasme pour lui?
– En répétant sa valeur pour le canton de Vaud. Grâce au partenariat privé-public, aux collections que ce musée accueillera, il va nous inscrire dans un réseau européen. Quand on prête des œuvres à Paris ou à Londres, leurs musées nous en prêtent en retour. On a un mouvement, une synergie, un enrichissement mutuel.
– Vous pensez gagner devant le peuple?
– S’il faut voter, la date est fixée, ce sera le 30 novembre. Oui, bien sûr que le Conseil d’Etat pense gagner. C’est bien pour cela que nous mettons en évidence le feu vert juridique que nous avons. Le musée à Bellerive est légalement réalisable.
«Ce projet a mon soutien total, et je crois aussi celui de la Municipalité»
Le Manifeste citoyen en faveur du nouveau musée lancé début juin a déjà réuni quelque 600 signatures, essentiellement issues du monde culturel. On trouve néanmoins quelques personnalités du monde politique, dont en fer de lance du mouvement l’ancienne syndique de Lausanne Yvette Jaggi. Du côté de l’exécutif actuel, seule la municipale socialiste Silvia Zamora, en charge de la Culture, a paraphé le document. Nouveau signe du soutien peu appuyé qui a été reproché aux autorités de la ville? Daniel Brélaz s’inscrit en faux. «A ce stade, je croyais le texte réservé au domaine artistique. Si demain on me dit que ça concerne aussi les politiques, je signe. Ce projet a mon total soutien, et je crois aussi celui de la Municipalité. On entend souvent le contraire parce qu’il y a quatre ans, j’avais dit qu’il fallait retravailler les façades. Or ça a été fait. Il faut donner sa chance à ce musée. Mais la Municipalité se tient tranquille tant qu’on n’est pas en face d’un vote populaire. Jusque-là, ça concerne le canton. Quand la Municipalité se profile très fortement sur des dossiers, comme celui des axes forts, on lui reproche son arrogance. »
Ses collègues de l’exécutif se disent aussi favorables à la réalisation au bord du lac, avec des nuances dans l’engagement. Tous, à l’image du socialiste Jean-Christophe Bourquin, relèvent l’importance de ne pas empiéter sur le rôle du canton. «D’habitude, je ne signe pas ce genre de texte. Là, je l’ai fait justement pour que ça ne soit pas interprété comme un manque de soutien», justifie Silvia Zamora. Le Vert Jean-Yves Pidoux n’a pas été sollicité, sinon il aurait signé, «car au final je suis pour ce musée». Le socialiste Oscar Tosato ne prend pas position mais sera «très attentif à ce qui restera de populaire à Bellerive». Il préfère se battre pour «trouver un endroit de spectacle pour le jeune public». Le radical Olivier Français indique qu’il «ne peut pas être de tous les combats». Signerait-il, si on le lui demandait? «No comment. »
CAROLINE RIEDER