Je vous ai compris! Voilà la tonalité de la conférence de presse organisée hier par Anne-Catherine Lyon. Présentant les résultats de la consultation sur son avant-projet de loi sur l’enseignement obligatoire, la cheffe du Département de la formation a affirmé à plusieurs reprises «ne pas vouloir braquer», ou «chercher le consensus». Plus de 600?personnes, associations, communes et partis ont répondu à cette consultation hors-norme. Si seulement quelques points du projet suscitent la polémique, ils s’annoncent à hauts risques politiques pour la socialiste.
Filières de la discorde
Cristallisant le plus grand nombre d’oppositions, l’emblématique suppression du redoublement passe à la trappe. «Le résultat de la consultation sur ce point ne m’étonne guère, commente Anne-Catherine Lyon. Mais personne ne prône cependant de n’avoir aucune limite au nombre de redoublements.» Elle évoque un nombre maximum de deux, tout en inscrivant dans la loi que faire redoubler un élève reste l’exception.
Autre gros point d’achoppement: la fin du système actuel de trois filières du degré secondaires (VSO, VSB et VSG). Si offrir à tous les élèves un programme identique a clairement du plomb dans l’aile, la socialiste estime qu’une solution intermédiaire reste négociable.
«Les réponses montrent une véritable évolution des mentalités. Les trois filières actuelles sont clairement insatisfaisantes.» Même si les avis, d’un point de vue mathématique, sont partagés moitié-moitié, la ministre de l’enseignement semble oublier un peu vite que la majorité de droite veut rester au système actuel. «Je vais ouvrir un dialogue nourri avec les libéraux et les radicaux pour tenter de trouver un consensus.» Le temps presse pour Anne-Catherine Lyon.
La conseillère d’Etat espère présenter son projet de loi cet été pour une discussion au Grand Conseil dans le courant de l’automne. Le texte doit faire figure de contre-projet à l’initiative Ecole 2010, dont la votation est agendée au 13 février 2011. Des délais particulièrement courts pour mettre en œuvre une réforme aussi imposante qu’une loi scolaire. Principal syndicat d’enseignants, la Société pédagogique vaudoise résume ainsi la situation dans un communiqué: «Un calendrier difficile à tenir pour un consensus incertain.»
Troubles électoraux
Si les profs continuent à se montrer méfiants face à leur ministre, Anne-Catherine Lyon ne risque-t-elle pas de trébucher pour de bêtes questions électoralistes? «Je ne suis pas naïve. Ce projet arrive en période pré-électorale. Mais les partis doivent prendre leurs responsabilités. Ceux qui tenteraient d’exploiter un sujet aussi important devront rendre des comptes aux électeurs.»