Une condamnation unanime des actes pédophiles révélés en Suisse, en Irlande, en Allemagne, en Italie, en Autriche ou au Brésil. Mais aussi de la tristesse, et le sentiment amer que les agissements innommables de ces ecclésiastiques souillent la réputation de toute leur corporation. Dans les paroisses vaudoises, les curés assistent à la cascade de scandales tantôt atterrés, tantôt amers.
«Je me suis demandé si je pouvais encore sortir de chez moi», lance l’abbé Michel Pillonel, de Montreux. Une boutade? A peine. «Sérieusement, ce qui me rend triste, c’est qu’on peut penser que l’Eglise catholique est un repaire de gens frustrés et de pédophiles. Les révélations entachent des centaines de milliers d’ecclésiastiques. C’est dur pour tous ceux qui vivent leur ministère avec sincérité et une grande honnêteté. Et dire que ces actes de pédophilie sont causés par le célibat, c’est un peu se moquer de tous ceux qui le vivent avec conviction.»
Un amalgame qui fait mal
«On est blessé dans la famille», confirme Michel de Kergariou, prêtre de la paroisse d’Aigle. Un confrère du Chablais vaudois constate avec chagrin que la dignité du sacerdoce est ternie: «Bien sûr que ça nous fait souffrir…» Curé de la paroisse d’Yverdon, Martial Python acquiesce: «Ces abus terribles donnent l’impression que toute l’Eglise est comme ça.» Et l’ecclésiastique de raconter qu’une de ses jeunes paroissiennes, qui avait accroché une croix sur un mur de son lieu de travail, s’est fait apostropher récemment par un client en ces termes: «Vous ne faites pas partie de l’Eglise pédophile, au moins?»
Barre placée très haut
A la tristesse s’ajoute un sentiment diffus d’acharnement contre une institution que certains prendraient plaisir à salir. «Je sens que beaucoup de gens en ont marre des catholiques, réagit Martial Python. Il y a sûrement un bon coup de balai à donner dans d’autres confessions aussi.» Une analyse partagée par Michel de Kergariou, convaincu que si, pour l’instant, c’est l’Eglise catholique qui est en première page des journaux, «on trouverait de la pédophilie si on se promenait ailleurs. C’est malheureusement un problème très répandu.»
«Le fait est que l’Eglise se montre très intransigeante avec les valeurs morales, analyse Michel Pillonel. La barre est placée très haut. De tels comportements de la part de ses membres, c’est inimaginable.» Un prêtre vaudois avance même que certains réfractaires se réjouissent des récents scandales pour «démolir» l’institution religieuse.
Fini les familiarités avec les enfants
La vague des révélations d’abus semble pourtant avoir épargné la foi des fidèles. De l’avis de la majorité des ecclésiastiques vaudois, aucun symptôme de rejet ou de méfiance n’agite leurs paroissiens. «Par chance, je n’ai pas eu à subir des marques de mépris ou des réflexions dans mon entourage. Mais c’est évident que, à un niveau plus large, les prêtres n’ont pas la cote», note Michel de Kergariou. Les curés, quant à eux, redoublent souvent de prudence pour ne pas prêter le flan à la critique. «Je m’occupe d’enfants dans des camps scouts, des colonies ou dans le cadre du catéchisme, explique l’abbé moudonnois Joseph Hien. Je ne reste jamais seul avec eux. Et à chaque fin d’année, je demande aux parents ce qu’ils pensent de mon attitude.» Tous ces cas de pédophilie ont aussi affecté le comportement de Michel Pillonel: «Je fais plus attention qu’avant. Il ne faut surtout pas se laisser aller à des familiarités avec des gamins, même s’ils veulent vous embrasser ou vous donner la main. Avant, il n’y avait pas la même pression.»
La méfiance monte d’un cran lorsqu’un prêtre débarque de l’étranger en terre vaudoise. «On cherche à savoir pourquoi il a quitté son diocèse, explique Martial Python. Sans l’aval de son évêque, on ne se lance pas.»
«Trois cas ont été dénoncés à la justice»
INTERVIEW EXPRESS DE ?FRANÇOISE MORVANT, ?PRÉSIDENTE DE SOS PRÉVENTION
– Quel est le rôle de la commission SOS Prévention, créée en février 2008 par l’évêché de Mgr Genoud?
–?L’idée est d’offrir une hotline et un espace aux victimes pour qu’elles aient la possibilité de s’exprimer.
– Combien de personnes avez-vous entendues?
–?Une trentaine, mais tous les témoignages ne relevaient pas de notre compétence. Sur ce nombre, trois cas mettant en cause deux auteurs ont été signalés à la justice pénale, avec l’accord des victimes. Les affaires étaient prescrites, mais comme des dossiers étaient déjà ouverts par la justice, ces témoignages étaient susceptibles d’intéresser le magistrat instructeur. L’essentiel des autres cas concernait des histoires extrêmement anciennes, qui datent d’il y a quarante ou cinquante?ans. Mais même si les faits sont prescrits, certaines personnes nous ont dit qu’elles se sentaient délivrées depuis qu’elles s’étaient déchargées de ce fardeau en se confiant.
– Aucun témoignage n’a donc abouti à un procès?
–?Non, mais si la personne est majeure, on l’encourage vivement à contacter la police. Dans tous les cas, on informe Mgr Genoud pour qu’il prenne des mesures. La confidentialité est garantie par la commission, mais il est prévu que si la nature et la gravité des faits le justifient, on peut dénoncer directement les cas à la justice, par exemple lorsqu’il s’agit de mineurs ou de personnes handicapées mentales.
– Comment expliquer que la commission n’a pas été saisie de cas d’abus récents?
–?Je ne peux formuler que des hypothèses en la matière. Peut-être qu’il n’y a pas eu de tels cas. Peut-être aussi que certaines personnes ne veulent pas parler, qu’elles ont honte. Peut-être encore qu’elles sont directement allées à la police, et là, nous ne sommes pas informés. Le fait que ces problèmes concernent des ecclésiastiques est peut-être aussi de nature à exercer une certaine pression sur des victimes.
Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?