«Dans un quartier de villas, les toits sont tous dans le même sens. Je ne vois pas pourquoi il y en aurait de travers.» L’image est forte. Elle vient de Richard*, 35?ans, restaurateur à Payerne. Dimanche, il a voté oui à l’initiative de l’UDC contre les minarets, mais il ne le dira pas à visage découvert: une partie de sa clientèle est musulmane. Comme lui, les 58% de votants payernois qui ont accepté l’initiative préfèrent garder l’anonymat. «Vous avez vu la presse? Tous ceux qui ont voté comme moi sont traités de peureux et d’ignorants. Merci pour les insultes!» commente David, 48?ans, au Café de la Poste.
A la Vente, enseigne incontournable de la Grand-Rue, Jean-Pierre Schneeberger n’a pas autant d’hésitation. «J’ai voté oui car ces minarets n’ont pas leur place chez nous. Les musulmans veulent conquérir le monde. Si on allait faire la même chose chez eux, on n’en sortirait pas vivant», martèle-t-il, verre de rouge à la main et chapeau de cow-boy sur la tête.
Vote anticipé massif
Derrière un autre comptoir, Stéphane?*, un quadragénaire, explique qu’il a «voté très rapidement», sans suivre les débats. «Ils ne m’ont d’ailleurs pas fait changer d’avis», souligne-t-il. Comme lui, beaucoup de Payernois ont renvoyé leur enveloppe de vote par correspondance immédiatement, sans attendre les derniers jours et les ultimes discussions pour prendre position. Un choix instinctif. La preuve: le lendemain de l’envoi du matériel de vote, la boîte de l’Hôtel de Ville était déjà pleine. Du jamais-vu, de mémoire d’employé communal!
Mais qu’est-ce qui a fait autant réagir les Payernois? La population étrangère représente environ 30% des habitants, avec une septantaine de nationalités. A peine plus que la moyenne cantonale. Et pas de mosquée dans les parages, la plus proche est à Moudon ou à Morat. Les arguments avancés sont multiples. «Pour ma part, c’est surtout un problème esthétique. Ces constructions, je ne les trouve pas terribles. Et puis il y a aussi la place de la femme dans l’islam qui me pose problème», confie encore Stéphane?*.
Simone?*, patronne d’un bistrot de la ville, estime, elle, que les minarets ne sont pas une nécessité religieuse. «Je suis sans confession, je n’ai rien contre l’islam, souligne-t-elle. J’ai voté oui parce que je pense qu’on n’a pas besoin de murs pour prier. On peut très bien le faire en forêt.»
«La Suisse n’est pas prête»
Au Petit-Bâle, un bistrot minuscule qui a gardé l’odeur de décennies de fumée, les habitués trinquaient hier matin à la votation. «Au moins, les gens ont osé voter ce qu’ils pensaient tout bas», se félicite-t-on. Le discours, autour de la table, n’est pourtant pas virulent. «Ce vote, ce n’est pas pour manquer de respect aux croyances des autres. Ici, on est ouverts, les étrangers sont bien intégrés. Mais, si on permet ces minarets, ensuite ce seront les scientologues ou les Témoins de Jéhovah qui voudront leur symbole», estime le Payernois Daniel Moser. Il pense que «la Suisse n’est pas prête. On ne connaît pas bien l’islam.» Un vote d’ignorance, alors? «Non, mais de méfiance. Ce qu’on voit dans leurs pays, leur façon de traiter les femmes, on n’accepterait pas ça chez nous», conclut-il.
* Prénoms d’emprunt