SAINT-PREX

La détresse d’une mère et ses trois enfants sans domicile fixe

Par Vincent Maendly le 08.03.2010 à 00:01

Expulsée de son logement en octobre dernier, Alice Ferreira trouve au gré des opportunités un toit pour elle et ses trois jeunes enfants. La famille va encore devoir déménager mardi et risque de se retrouver au camping de Morges dès le mois d’avril.

Nouveau chambardement au sein de la famille Ferreira. Ce soir, quand Alice, maman trentenaire, rentrera du travail, ramenant ses trois enfants de 7, 5 et 3?ans de l’école et de chez la maman de jour, ils passeront tous ensemble leur dernière soirée à Saint-Prex. La personne qui leur sous-loue l’appartement va revenir des Etats-Unis, il leur faut donc partir. Encore. Depuis que la famille a été expulsée de son logement morgien au début d’octobre dernier, elle a recours au système D. «Nous retournerons chez mon frère et ma belle-sœur, à Morges, explique la maman. Nous serons six dans un studio aussi grand que notre salon actuel. Mais le social essaie de nous trouver une chambre d’hôtel, je crois.»

Les Ferreira ont déjà fait l’expérience de la promiscuité: le frère d’Alice les a hébergés tout le mois d’octobre, le temps que le Centre social régional leur dégote cette sous-location à Saint-Prex. Et après? «Le social nous a dit qu’on pourrait aller au camping quand il ouvrirait, en avril…»

Alice Ferreira travaille dans une sandwicherie à Morges, à 70%. Mais son salaire brut de 2500?francs et les 1000?francs de pension alimentaire ne suffisent pas pour trouver un nouveau toit, en pleine crise du logement. Tout comme ils n’ont pas suffi pour payer les loyers du trois-pièces où ont grandi les enfants. Le divorce, il y a deux ans, a précipité les choses et l’intervention du Centre social régional n’a pas empêché la régie de rompre le bail l’automne passé. «Nous sommes partis à l’échéance. J’ai voulu éviter aux enfants l’expulsion par les huissiers.»

«Je me sens dépassée»
Les gamins commencent malgré tout à être affectés par la situation. «Au début, ça allait, mais le grand, je sens que ça lui pèse. Il aimerait retrouver ses affaires. Son comportement change, il devient plus agressif.» Depuis octobre, en effet, les biens de la famille sont dans un garde-meuble à Lonay.

Alice Ferreira se démène comme un beau diable, malgré l’anémie chronique dont elle souffre. «J’ai déposé une vingtaine de dossiers depuis janvier, sans succès. J’ai même écrit à la commune de Morges. Franchement, je suis à bout, je me sens dépassée», glisse-t-elle, les traits tirés. Pas facile de trouver une solution quand on élève seule trois enfants. Mais la maman ne veut pas qu’ils soient séparés. «Ils ont déjà vécu le divorce de leurs parents, ça suffit. Et puis, ils sont comme des triplés maintenant: ils font tout ensemble et se protègent mutuellement.»


«Aujourd’hui, c’est le règne de la débrouillardise»

Directeur du Centre social régional Morges-Aubonne, Daniel Vouillamoz le dit haut et fort: «Quand des gens se retrouvent à la rue et qu’il n’y a pas de logement disponible, c’est le règne de la débrouillardise.» C’est ce qui a lieu aujourd’hui. La liste d’attente pour occuper un appartement subventionné est longue comme le bras. Les solutions provisoires sont à la page: colocation, sous-location, hôtels, voire camping. «Mais on parle bien d’un bungalow, pas d’une tente igloo avec quatre sardines», précise le directeur. N’étant pas habilité à s’exprimer sur le cas précis de la famille Ferreira, il ne peut qu’en esquisser le contexte: «L’an passé, nous avons dû gérer 140?ordonnances d’expulsion, ce qui est assez colossal. Mais dans 95% de ces cas, des solutions sont trouvées.» Parfois avec la régie, qui renonce alors à l’expulsion, ou alors un autre logement est trouvé de manière durable. «Reste une minorité de situations qui sont alors superdramatiques…»

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