MÊMES DÉFIS

Le destin du Musée des beaux-arts s’écrit peut-être… à Zurich

Par NADINE HALTINER ZURICH le 20.04.2009 à 00:07

La plus grande ville de Suisse rêve de se doter d’un Centre de congrès. Mais les Zurichois ont balayé le projet prévu… au bord du lac. Les autorités recherchent à présent un nouveau site. Leur démarche pourrait inspirer les Vaudois.

Les Vaudois rêvent d’un Musée des beaux-arts, les Zurichois d’un Centre de congrès. Deux projets qu’a priori tout sépare, mais dont les destins semblent étrangement liés. Tous deux devaient être d’envergure internationale, tous deux devaient être des monuments d’architecture, tous deux devaient être situés au bord du lac… Et tous deux ont été balayés par la population l’an dernier. Aujourd’hui, tant les autorités vaudoises que zurichoises remettent l’ouvrage sur le métier. Et cherchent un nouveau site où construire leur bâtisse. Mais si leurs soucis se ressemblent, leurs approches divergent désormais.

«Bunker en béton»
Lancé en 2005 pour remplacer l’actuel Centre de congrès devenu trop petit, le nouveau centre zurichois doit accueillir 2500?personnes et 250 chambres d’hôtel. Objectif: redorer le blason de la plus grande ville de Suisse à l’échelon international.

La Municipalité avait tout prévu: un emplacement au bord du lac, un architecte renommé (l’Espagnol Rafael Moneo), un budget de 380 millions de francs et un financement partagé entre la ville, le canton et des entreprises privées. Le bâtiment, tout de béton et de verre, devait être sur pied en 2013.

Mais, c’était sans compter sur un petit nombre d’opposants, bien décidés à tout faire capoter. Composé d’écologistes et de défenseurs du patrimoine, le groupe a fait campagne contre la construction d’un «bunker défigurant les rives du lac». Face à eux, la Municipalité, le canton et la majorité des partis étaient persuadés de passer la rampe populaire. Ils se sont trompés.

Le 1er juin 2008, les Zurichois rejettent à plus de 56% l’achat du terrain sur lequel doit grandir le monument. Un non qui fait couler le projet. La douche est d’autant plus froide que c’est la première fois que les Zurichois refusent une construction d’envergure. «Dites aux Lausannois de venir nous demander quelles erreurs il ne faut pas commettre!» avait alors lancé Urs Spinner, porte-parole du Département des travaux publics.
A voir le sort similaire subi par le Musée des beaux-arts le 30 novembre dernier, les Vaudois n’ont guère suivi le conseil. «Le référendum était déjà lancé chez nous, note aujourd’hui Michael Fiaux, porte-parole du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Mais, c’est vrai que nous ignorions l’existence d’un projet similaire à Zurich.»

Il n’est peut-être pas trop tard pour s’y intéresser. Car, à l’instar de leurs homologues vaudois, les politiciens zurichois sont tenaces. Et reviennent, eux aussi, avec une nouvelle proposition: construire le Centre de congrès sur un nouveau site. Pourtant, Vaudois et Zurichois suivent désormais un autre chemin. Alors que les premiers ont vu surgir des candidatures spontanées émanant de plusieurs communes du canton, les seconds ont, eux, opté d’emblée pour un emplacement au centre-ville. «Nous ne voulons pas mettre ce monument dans l’agglomération, note Urs Spinner. Et bien que nous ayons reçu diverses propositions, nous avons opté pour trois sites.» Trois quartiers dans lesquels des démarches participatives vont être menées auprès de la population. «Pour notre premier projet, on nous a reproché d’avoir agi seul et trop vite, note le porte-parole zurichois. A présent, nous favorisons le dialogue et prenons notre temps.» Une commission évaluera ensuite le lieu idéal.

Chacun son rythme
De son côté, Vaud a déjà enregistré huit candidatures qui seront appréciées par une commission de plus de trente personnes. «Ça fait beaucoup, note Urs Spinner, le choix risque d’être complexe.» Un avis partagé par Silvia Zamora, municipale lausannoise en charge de la culture. «La commission va devoir faire le tri, c’est se compliquer la tâche que de faire un tel appel au peuple.»

Face au même défi, Vaudois et Zurichois abordent aussi des rythmes différents. Les premiers rêvent de mettre leur projet sur les rails d’ici à 2012, les seconds visent 2015. Reste qu’à l’avenir chacun regardera davantage de l’autre côté de la Sarine: «On a peut-être des choses à apprendre les uns des autres», concluent Urs Spinner et Michael Fiaux.

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