Les parents sont-ils négligents? Bien que la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) récemment adoptée par le peuple traite des devoirs des parents, la question a occupé les députés vaudois pendant plus d’une demi-heure, hier à Rumine. Ils ont accepté de renvoyer au Conseil d’Etat la proposition de l’UDC Michel Miéville de «mettre à l’amende les parents négligents dans leurs devoirs éducatifs». Son texte demande au Conseil d’Etat d’adapter la législation scolaire en ce sens.
Se basant sur une pratique désormais en vigueur dans le demi-canton de Bâle-Ville, le député souhaite durcir la législation, au point que des amendes puissent être infligées dans certains cas par le chef du département en charge de l’école.
A l’origine, le postulat UDC mettait clairement à l’index certaines communautés et leurs «us et coutumes qui nous sont étrangers». La commission chargée de l’étudier a soigneusement expurgé le texte afin de ne pas entraîner le Grand Conseil sur un débat politico-religieux trop sensible.
Il ne s’agit pas de s’insérer dans la sphère privée de la famille en traquant d’éventuels manquements ou maltraitances, mais de s’assurer que les parents n’oublient pas les devoirs qu’ils ont face à l’école qui les considère comme de vrais partenaires, a expliqué en substance la présidente de la commission, Verena Berseth (AGT).
Très au fait des questions scolaires, le Vert’libéral Jacques-André Haury a rappelé que si certains parents jouent le jeu, d’autres, totalement absents, revendiquent le droit de participer à tout: «On devrait pouvoir conditionner leurs droits à leur collaboration. C’est une piste que je suggère à Anne-Catherine Lyon plutôt que d’infliger des amendes.»
«Privés de camps»
Ancien municipal des Ecoles à Vevey, l’indépendant Jérôme Christen a abondé dans son sens. «Certains parents – et pas forcément musulmans – privent leurs pauvres petits chérubins de camps, prétextant qu’ils sont trop fragiles pour être loin d’eux une semaine.»
Cela dit, le député de Vaud Libre soulève la question de la légitimité de ce débat, deux mois après l’adoption de la LEO. A gauche, la socialiste Pascale Manzini s’est inscrite en faux contre la proposition de Michel Miéville, rappelant que le devoir premier des parents est de faire au mieux pour leurs enfants et que l’école n’a pas à les menacer: «Plutôt que de les fustiger, aidons-les.»
Pour sa part, le syndic de Vevey, Laurent Ballif, s’oppose sur la forme et reprend l’idée de son ancien collègue municipal: «Le postulat demande expressément de modifier la LEO. Ce qui me paraît totalement inacceptable, alors qu’elle vient d’être adoptée.» Autre socialiste, Claude Schwab juge le postulat inutile puisque, à ses yeux, la question de la responsabilité des parents sera traitée dans le règlement de la loi dont les travaux vont commencer prochainement.
Au vote, les députés ont accepté ce postulat par 67 voix contre 52?non et 7 abstentions.