C’est dans une semaine, plus de quatre ans après le drame, que F.?L. retournera sur le banc des accusés. Face à lui, trois juges et six jurés. A eux de déterminer si l’homme a tué sa mère et assassiné une amie de celle-ci ainsi que sa propre sœur juste avant Noël 2005. Mobile des crimes: l’héritage familial, estimé à plus de 40 millions de francs. Ce scénario, combattu par l’accusé depuis son incarcération, a été retenu par le Tribunal criminel de Vevey le 27 juin 2008. Ce jour-là, F.?L. a été condamné à la prison à vie et a encaissé le verdict sans manifester d’émotion apparente.
Rebelote lundi prochain donc, et les passes d’armes entre l’accusation et la défense se dérouleront à nouveau devant un jury populaire composé de six citoyens tirés au sort dans l’arrondissement de Lausanne. A Vevey, les jurés avaient écouté les témoignages successifs tout en prenant des notes, impassibles. «Nous avons reçu l’instruction de laisser transparaître le moins d’émotion possible», avait alors confié l’un d’eux à 24?heures.
Le jury a participé aux discussions des juges et a eu son mot à dire lors de la décision finale; c’est à la majorité des neuf délibérants que la Cour a condamné F.?L. à la perpétuité. Quelques mois avant le procès, le prévenu avait demandé, en vain, à ce que le procès ne se tienne pas à Vevey, mettant en doute l’impartialité des jurés. «Car cette affaire a suscité une vive émotion dans la région», avait plaidé Alain Dubuis, son avocat de l’époque.
Robert Assaël, son successeur, a les reins solides. Parviendra-t-il à convaincre le jury lausannois? Ou au contraire les jurés, à l’instar de leurs homologues veveysans, seront-ils séduits par le scénario du procureur Eric Cottier, «certain non pas à 99,9% mais bien à 100% de la culpabilité de F.?L.»? Quelques jours avant l’échéance, ces deux orateurs aguerris fourbissent leurs armes.
«Tourner enfin la page»
La fratrie Légeret compte quatre enfants: il y a F.?L., fils adoptif, condamné à la prison à vie pour triple homicide. Il y a Marie-José, sa sœur, dont on est sans nouvelles depuis Noël 2005; selon le scénario de la justice veveysanne, elle est morte sous les coups de F.?L., qui a fait disparaître son corps. Un autre fils d’origine indienne et adopté lui aussi, est décédé il y a plusieurs années au Tessin. Enfin, il y a celui que nous appellerons Simon*, qui vit et travaille sur la Riviera. Il a accepté de nous rencontrer, pour la première fois depuis le drame.
Sans évoquer le fond, il avoue: «Cette affaire est très douloureuse pour moi sur le plan humain. On m’en parle, bien sûr, mais j’essaie de prendre cela avec le plus de distance possible, ce qui n’est pas tous les jours évident.» Simon se plonge dans son travail, qui l’oblige à se centrer sur d’autres préoccupations. Il ne considère le témoignage de la boulangère que comme «un élément parmi d’autres», et dit attendre «avec sérénité» le 1er mars, lorsque le deuxième procès s’ouvrira. Décidé depuis le début à rester discret, il lâche: «Laissons la justice faire son travail, en espérant que ce procès sera le dernier. J’aimerais désormais pouvoir tourner la page et vivre libéré du poids de toute cette affaire, qui dure depuis quatre ans.»
R.?D.
*?Prénom d’emprunt
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