Le sourire en dit long. Attablé jeudi soir au restaurant du Casino de Rolle, Daniel Rossellat ne cache pas sa satisfaction à l’heure de dresser un bilan de sa première année aux commandes de la ville de Nyon. Il est vrai que le syndic baigne dans ce qu’il qualifie lui-même d’«état de grâce». Difficile de dénicher une critique fondée, même auprès de ceux qui lui prédisaient le pire au moment de sa victoire dans les urnes. A gauche comme à droite, son soi-disant manque d’expérience politique s’est transformé en pragmatisme de bon aloi. Entre deux filets de perche, celui qui est resté le patron de Paléo évoque la «méthode Rossellat».
«Je n’ai pas eu l’occasion de faire beaucoup de fautes. Et un entraîneur qui gagne a toujours raison. C’est quand il commence à perdre que cela se corse», admet-il. Il a la correction de rappeler que tous les grands dossiers qui ont abouti cette année ont été lancés avant son arrivée. Il a cependant largement contribué à leur succès, à l’image de l’accord passé avec l’UEFA pour la reprise du stade de Colovray et l’entrée de Nyon dans le Conseil régional du district, après des années d’opposition stérile. «Mais j’ai surtout amené un nouvel état d’esprit. Je ne suis pas formaté par la politique, pas dogmatique. J’essaie d’instaurer respect et écoute.» Mais pour l’indépendant, tendance verte, l’avenir pourrait s’avérer moins rose. La situation budgétaire de Nyon est préoccupante et le syndic s’est attaqué à deux dossiers susceptibles de s’achever en blocage: la révision du statut du personnel communal et l’harmonisation des horaires des magasins. «C’est par gros temps que l’on voit si le capitaine du bateau est bon», déclare cet amateur de métaphores
En attendant un éventuel revers, le capitaine ou entraîneur Rossellat surfe sur le succès. A tel point que certains le voient déjà au gouvernement cantonal.
Lâcher Paléo?
Si, comme jeudi soir, il fait parfois des infidélités à sa célèbre chemise à carreaux, se sent-il attiré par le costume VNPR (ndlr: veste noire, pantalon rayé, la tenue officielle des conseillers d’Etat vaudois)? «C’est difficile de dire jamais. Mais, clairement, ma vie et mes envies sont à Nyon.» Même s’il évoque le succès de Pascal Corminbœuf, conseiller d’Etat fribourgeois hors parti, il considère un mandat cantonal comme beaucoup plus politisé, avec le risque de perdre en indépendance.
Et avec des ambitions cantonales, Daniel Rossellat devrait surtout abandonner deux choses qui lui tiennent à cœur, à commencer par Paléo, son bébé, son œuvre. L’autre perte tient plus à sa personnalité: il aime être le boss. En briguant le siège vacant à la Municipalité de Nyon, il avait d’ailleurs clairement annoncé qu’il visait la syndicature. Une franchise culottée qui lui avait réussi dans son fief. Une telle issue paraît largement plus hasardeuse à l’échelle du canton. Mais avec le maître de l’Asse, on peut s’attendre à tout. Il aime d’ailleurs laisser planer le doute. «Je n’ai aucune idée où je serai dans une année et demie.» Vraiment?