GLION

Ils craignent que leur village ne se transforme en campus

Par Marc Ismail le 22.04.2010 à 00:04

L’expansion de l’école hôtelière inquiète de plus en plus les habitants de la commune des hauts de Montreux. Une pétition a réuni plus de 300 signatures.

Cela fait plusieurs années que la pression monte, mais le point de rupture est peut-être atteint aujourd’hui. Face au développement de l’école hôtelière Glion Institute of Higher Education (GIHE), rachetée en 2002 par le groupe américain Laureate Education, le ras-le-bol de nombreux habitants du village est palpable. Bruit, bouteilles cassées, conduite «sportive», les motifs de mécontentement liés aux étudiants ne manquent pas. Et à mesure que le temps passe, les réclamations se font de plus en plus véhémentes. Les étudiants sont aujourd’hui 550 à Glion, soit plus d’un habitant sur trois, répartis à travers toute la commune.

«Pas des grincheux»
La goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est la mise à l’enquête, en plein cœur du village, de deux nouveaux bâtiments. Cette nouvelle étape a décidé certains riverains à adresser à la Municipalité et au Conseil communal montreusiens une pétition «pour la préservation de la qualité de vie», et «contre la transformation du village en campus». Un texte qui a réuni 311 signataires. «Nous ne sommes pas des grincheux, et on n’a rien contre les étudiants, insiste Cédric Guichard, à l’origine de la démarche. Mais là, ce n’est plus possible. Nous demandons à être finalement pris au sérieux par les autorités.» Un appel repris en chœur par de nombreux habitants, et que le syndic montreusien Pierre Salvi affirme avoir entendu: «Je vois cette pétition comme une sorte de rappel. Ce sera l’occasion de se mettre autour d’une table et de planifier l’avenir.»

Une solution à Bulle
La colère des Glionnais est d’autant plus grande que le même type de cohabitation difficile existe du côté de Bulle, qui accueille le deuxième site du GIHE. Or, dans la petite ville fribourgeoise, qui compte plus de 17?000 habitants, la direction de l’école a pris des mesures en investissant 35 millions de francs pour construire un nouveau campus en dehors de la ville. «A Bulle ils réagissent, mais ici, rien! On a vraiment l’impression d’être quantité négligeable. Quelques centaines d’habitants, tout le monde s’en moque! Et je n’ai pas envie de devoir quitter mon village à cause de gens qui y passent 6?mois», déplore cette habitante, qui souhaite conserver l’anonymat.

Du côté de l’institution, on explique cette inégalité de traitement par des contextes bien distincts. «A Bulle, le cas est très différent. Il y a du terrain, de la place pour construire. A Glion, on ne peut que tout faire pour que les choses se passent bien entre les habitants et la petite minorité qui pose problème, et s’engager à ne pas augmenter davantage le nombre d’étudiants», affirme Christian Beek, directeur général du GIHE.

Quant à la possibilité, souhaitée par certains habitants, de voir le campus déménager en plaine tout en conservant l’école dans le village, Christian Beek ne l’envisage pas une seconde: «Glion, c’est Glion. Nous y sommes depuis cinquante?ans, ça fait partie de notre image.»


Les riverains montent aux barricades contre les deux nouveaux bâtiments

Les deux nouveaux bâtiments mis à l’enquête par l’école hôtelière doivent être construits sur le jardin d’agrément de l’ancien Hôtel des Alpes, déjà propriété de l’institution. Devisés à 3,6 millions de francs et prévus pour héberger 54 étudiants –?ceux qui logent actuellement dans l’Hôtel Righi Vaudois, précise la direction de l’école –, ils comportent respectivement 12 et 15 chambres doubles, ainsi qu’un parking souterrain de 19?places. Un chiffre jugé très insuffisant par des voisins qui se plaignent du parcage sauvage. Dix oppositions ont été déposées par des riverains, dont certains ont engagé un avocat pour les défendre.

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