EXPOSITION

Le couteau suisse, boîte à outils devenue objet de culte mondial

Par MADELEINE SCHÜRCH le 20.11.2009 à 00:06

Le Musée national de Prangins rend hommage au couteau suisse, ce petit compagnon du soldat devenu icône mondiale de la bricole.

Tout le monde l’a dans la poche et il trône depuis trente ans au Musée d’art moderne de New York. Le couteau suisse, mondialement connu sous le nom de Swiss Army Knife – dites SAK! – est devenu un objet culte. La ménagère l’a dans son sac à main comme le fonctionnaire japonais, le campeur australien, le secouriste américain ou les globe-trotters de tout poil. Certains collectionnent avec fureur toutes ses déclinaisons, d’autres en ont fait un outil indispensable de la vie, au même titre que la brosse à dents.

Du tournevis à la clé USB
Normal, la petite lame pliante inventée dans le canton de Schwytz il y a cent dix-huit?ans déplie aujourd’hui tant de fonctionnalités qu’on peut s’épiler les sourcils, se curer les dents, dévisser un boulon, se couper les ongles, déboucher une bouteille, lire à la loupe, vérifier l’altitude et la pression atmosphérique, s’éclairer, écrire et même dépecer le gibier et enlever l’hameçon de la gueule d’un poisson. Et bien plus, puisqu’au livre Guinness des records figure un couteau suisse de 314 lames, ne pesant pas moins de 4 kilos, créé par le saint-gallois Meister pour montrer le savoir-faire de la coutellerie suisse.

Dernier cri dans la centaine de variantes de l’Original Swiss Army Knife, le Swiss Flash, dont le manche rouge transparent déplie une clé USB dont la capacité de stockage est encore limitée à 16?Go, ou le SwissChamp, avec ses 41?Go.

Popularisé dans les années 1980 par une série télévisée américaine, MacGyver, agent secret, sorte de James Bond écolo et non-violent n’utilisant que le couteau suisse pour se sortir de tous les pétrins, l’objet n’était pourtant au départ qu’un simple objet de service.

Il a été mis au point en 1891 par Karl Elsener, fondateur de la société Victorinox, qui fabriquait jusqu’ici des couteaux pour les fermiers et la cuisine. La Confédération ayant lancé un appel pour équiper ses soldats d’un outil leur permettant à la fois de démonter leur fusil et d’ouvrir les boîtes de conserve qui s’imposaient dans les cantines militaires, le Schwytzois mit au point un couteau de poche qui plut à l’armée suisse: un petit engin, au manche noir, doté d’une grande lame, d’un ouvre-boîtes et d’un tournevis pliants. Accessoire pratique, qui faisait partie désormais de chaque barda militaire.

Mais c’est le couteau suisse des officiers, lancé sur le marché quelques années plus tard, qui devint, avec son manche rouge flanqué d’une croix fédérale, une véritable marque de fabrique. Avec un design plus élégant, moins lourd, il comprenait un tire-bouchon et des ciseaux. C’est ce modèle qui a conquis le monde, notamment après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les GI américains en ramenèrent des valises entières outre-Atlantique.

Un succès global
«Les Américains, dont le pays dispose d’une grande production de couteaux d’art, sont de vrais fanatiques du couteau suisse, objet qui a d’ailleurs plus de 1 million de références en anglais sur internet», relève Nicole Minder, directrice du Musée national suisse à Prangins. La petite lame a même conquis les étoiles, puisqu’elle avait sa place à bord de la navette spatiale.

Victorinox, comme son concurrent jurassien Wenger, qui fabriqua le couteau suisse dès 1901 avant d’être racheté par les Schwytzois en 2005, n’a cessé de développer cette «boîte à outils» de poche. Mais certains prototypes n’ont jamais été commercialisés. Comme le couteau avec taille-crayon, éplucheur, centimètres ou lame à couper le fromage en rebibes, que même les Suisses auraient boudé!

Emblème de l’ingéniosité et de la qualité de la fabrication suisse, l’Original Swiss Army Knife a aussi inspiré de nombreux artistes, pas toujours en bien, puisque Thomas Hirschhorn en a fait le symbole d’une Suisse coincée et matérialiste.

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