SANTÉ

Le coup de pouce de l’Université aux étudiants malentendants

Par Audrey Alos le 11.03.2010 à 00:01

L’Université de Lausanne a mis en place il y a deux semaines un dispositif d’écoute à destination des étudiants malentendants.

Un petit boîtier noir qu’on peut mettre autour du cou. Le son et la sensibilité peuvent se régler aisément. Il ne s’agit pas d’une nouvelle génération d’iPod pour écouter de la musique, mais d’un système qui permet aux personnes malentendantes de mieux entendre. L’UNIL s’est dotée le 24 février dernier de trois de ces émetteurs-récepteurs numériques. Le dispositif vient renforcer le système de boucle magnétique de l’UNIL, un fil de cuivre installé sous le sol et relié à un amplificateur qui permet aux étudiants malentendants de recevoir les paroles du professeur distinctement dans leur appareil auditif. Problème: la boucle n’est présente que dans deux amphithéâtres, pas dans les autres salles de cours. «L’UNIL devait proposer un dispositif mobile», explique Olivier Grosjean, responsable du service audio de l’université. Ces émetteurs-récepteurs sont faciles à recharger et à utiliser. L’orateur place l’émetteur autour du cou. Le récepteur reçoit le son de sa voix et transmet le signal à l’appareil auditif de la personne malentendante, en atténuant les bruits alentour. Le dispositif fonctionne jusqu’à une distance de 50?mètres, idéal dans un amphithéâtre.

Un parcours du combattant
Comment faisaient les étudiants malentendants auparavant? Fiona Vullo, 21?ans, est en première année de médecine dentaire. Elle est malentendante. Suivre des cours à l’UNIL était presque un parcours du combattant pour elle. «Au début, nous nous relayions avec d’autres étudiants pour garder les places du premier rang, car je lis sur les lèvres. Mais il fallait arriver presque deux heures en avance. La boucle magnétique ne fonctionne pas bien à l’avant de l’amphi et, avec le bruit autour, je n’arrivais pas à prendre de notes.»

Depuis ce début d’année, elle a trouvé une autre solution: elle enregistre les cours. Mais il lui a fallu demander des autorisations et investir dans un enregistreur. Pour elle, le dispositif acheté par l’UNIL est évidemment une bonne chose pour pouvoir suivre des cours ailleurs que dans les amphis pourvus d’une boucle. Cependant, la plupart des malentendants sont déjà équipés.

Un handicap peu reconnu
Le récepteur-émetteur existe en effet depuis 1999. Il a constitué une véritable révolution pour Anne Grassi, secrétaire de Forom écoute, la fondation romande des malentendants. «Avec ce système, je peux facilement écouter de la musique, regarder la télé en entendant ce qui est dit. Je ne pouvais pas aller à des concerts. Maintenant, même le rock y passe. C’est un vrai plus dans les endroits non équipés d’une boucle magnétique.»

Mais la visibilité de l’émetteur-récepteur peut poser un problème aux malentendants. A l’UNIL, il exige que le professeur porte un récepteur autour du cou, chose que les étudiants demandent rarement, car ils ne souhaitent pas montrer leur handicap, comme Fiona. «Mal entendre n’est pas toujours reconnu comme un handicap, car c’est peu visible, mais c’est vraiment comme si nous avions une béquille en moins.»


 

Aujourd’hui, 13e?Journée nationale de l’audition

Aujourd’hui et pour la 13e?année, une journée est dédiée à l’audition. Le but est de sensibiliser et d’informer le public sur la déficience auditive. Le thème de cette année est «Baladeurs numériques: quels risques pour l’audition?». De 50 à 100 millions de personnes utilisent chaque jour un baladeur pour écouter de la musique, surtout parmi les jeunes. Ils courent ainsi le risque de voir leur audition fortement diminuée. Dans le cadre de cette journée, l’appel est lancé pour couper son baladeur au moins une minute. En marge de cette manifestation, Forom écoute accueille les jeunes malentendants pour un brunch, dès 13?heures à son siège de Lausanne.

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