FACE-À-FACE

Pour ou contre Métamorphose, deux adversaires s’affrontent

Par Gérald Cordonier / Daniel Abimi le 17.09.2009 à 00:01

A dix jours de la votation communale sur la localisation du stade de football, 24?heures invite l’architecte Jean-Lou Rivier à débattre avec le municipal Olivier Français.

Une révolution urbanistique est sur le point de se réaliser à Lausanne. Se fera-t-elle avec un stade de football au sud de la ville, comme l’a imaginé la Municipalité afin d’installer 2500 logements sur le plateau de la Pontaise? Ou devra-t-elle être redimensionnée avec un ou deux stades maintenus au nord de la ville, comme l’espère le comité d’initiative, qui a récolté plus de 9600 signatures pour amener cette question sur la place publique? Le sort des urnes tranchera le 27 septembre. En attendant, 24?heures propose une rencontre entre deux adversaires: le directeur des Travaux, Olivier Français, et l’initiant Jean-Lou Rivier, architecte et auteur d’une étude alternative sur la densification du nord de la ville.

– Selon la décision des Lausannois le 27 septembre, le projet Métamorphose pourrait se retrouver grandement bouleversé. Comment en est-on arrivé là?
Jean-Lou?Rivier – A cause d’une erreur stratégique de la Municipalité: dès la première présentation de Métamorphose, les gens du nord ont réagi. Ils n’avaient pas été avertis des transformations prévues pour leur quartier. Sur l’impulsion de la Société de développement du Nord, une action citoyenne a été lancée afin de mettre le débat sur la place publique.

Olivier Français – Un projet d’une telle ampleur touche à l’émotionnel et doit être discuté. Mais le développement du quartier de la Pontaise est, en réalité, un vieux débat. Quand la Municipalité l’a remis à l’ordre du jour, nous avons logiquement développé de notre côté un catalogue complet des intentions avant de lancer une large consultation publique. Certains éléments ont été présentés comme «non négociables» par l’un de mes collègues. C’est une erreur politique, qui nous vaudra peut-être un échec. Mais, depuis deux ans, nous avons prouvé que rien n’était figé… même si les initiants n’ont jamais pris la peine de venir nous voir. A chaque étape, la population pourra encore intervenir.

– Les habitants du nord ne pourront toutefois éviter de voir arriver dans leur quartier plusieurs milliers d’habitants, 6000 selon vos ambitions…
O.?F. – Ce chiffre peut faire peur, mais c’est de la responsabilité de la ville que d’anticiper l’augmentation de population attendue. A tout préserver, on ne pourra jamais densifier. La ville n’a plus d’autres choix que de se développer, si l’on veut préserver des espaces verts à l’extérieur des agglomérations.

J.-L.?R. – Nous ne contestons pas cette réalité, mais 6500 nouveaux habitants et 3000 emplois, c’est tout de même effrayant! Cela équivaut à mettre, entre la Pontaise et la Blécherette, l’équivalent de Bussigny. On peut faire autrement, en répartissant les nouveaux logements entre le nord et le sud.

– Plus de 40?000 nouveaux habitants sont attendus d’ici à 2020 à Lausanne. N’y a-t-il pas urgence à trouver de la place?
J.-L.?R. – Oui, même si une partie de notre solution ne permet pas de répondre tout de suite à cette urgence. Par contre, on peut rapidement construire à l’emplacement du parking du vélodrome et sur certains terrains de football. Quoi qu’il en soit, nous ne partageons pas la même vision du développement urbanistique que la Municipalité. La ville travaille par zoning, avec des logements au nord et un stade au sud, placé précisément là où il manque des logements pour étudiants. Cette méthode fait table rase de l’existant.

O. F. – Sans densification significative au nord, il n’y aura tout simplement pas de tram jusqu’au Mont. Une ville sans projet est une ville condamnée à disparaître. Nous ne faisons aucune table rase du passé, mais proposons une vision d’avenir, tout à fait réaliste! La ville ne peut que densifier des zones libres, et non pas des parcelles privées ou d’autres déjà bâties, comme les initiants le prétendent. Quand on les entend, on a de vrais problèmes mathématiques: avec leur proposition, les bâtiments devront être plus élevés que dans notre projet. C’est à ne plus rien y comprendre! Un écoquartier, c’est un vrai dosage entre commerces, activités économiques et sociales, emplois et habitations. C’est, comme au sud d’ailleurs, cette mixité qui permet au projet Métamorphose d’être justement le contraire du zoning.

J.-L. R. – La densité au nord est déjà suffisante pour justifier la construction d’un tram et conditionner la construction de logements à la destruction du stade et au «dézonnage» des espaces verts risque, au final, d’hypothéquer la réalisation de ces habitations. De fortes oppositions vont bloquer le processus. Avant de densifier, il faut garantir les infrastructures publiques pour les générations futures. Personne n’accepterait, aujourd’hui, qu’on recouvre le parc de Milan de logements! Voilà pourquoi nous proposons d’installer, à la place des actuelles zones sportives, un vaste parc public, et non pas des petites zones de verdure qui, au final, seront les propriétés des nouveaux immeubles.

– La Municipalité n’est-elle pas, en effet, en train de brader le territoire communal?
O. F. – Pas du tout: nous n’envisageons pas de construire un nouveau quartier sans zone de détente. A ce jour, il n’y a tout simplement aucun plan qui n’existe, puisque les concours d’urbanisme n’ont pas encore été lancés. Ni pour l’écoquartier ni pour le stade, même si les initiants se permettent de montrer un projet de stade. Les espaces verts ne disparaîtront pas: nous prévoyons un transfert, en regroupant tous les terrains sportifs actuels à la Tuilière.

– Tel qu’il a été élaboré, le projet municipal permettra de générer 1,5 milliard de francs d’investissements du secteur privé, avec un minimum d’investissements publics: 200 millions. Du côté des initiants, ne craignez-vous pas de tout faire échouer?
J.-L. R. – Non! Bien qu’on n’ait pas élaboré de plan financier, on pense qu’il y aura plus de chances de trouver des partenaires privés pour un stade au nord, plutôt qu’au sud, où il y a déjà beaucoup de surfaces commerciales.

O. F. – Ce n’est pas ce que la réalité nous laisse penser. Des investisseurs nous approchent déjà régulièrement.


Ce stade de la Pontaise qui cristallise le débat

– L’initiative soumise au peuple réclame uniquement de maintenir un ou deux stades pour le football et l’athlétisme, à la Pontaise ou plus au nord. Jean-Lou?Rivier, ne pensez-vous pas que vous trompez les électeurs en axant une grande partie de votre campagne sur la rénovation du stade olympique? Surtout qu’il pourra être rasé, quelque que soit le résultat des urnes…
Jean-Lou Rivier – C’est juste: notre initiative n’interdit pas à la Municipalité de raser le stade. Nous avons souhaité proposer un texte qui laisse une flexibilité à la Municipalité pour développer Métamorphose. Mais, à la suite de différentes études réalisées, nous avons le droit de dire, aujourd’hui, notre préférence de voir la Pontaise rénovée plutôt que détruite. Pour des raisons patrimoniales et financières, aussi. Depuis le lancement de Métamorphose, la disparition prévue de la Pontaise n’a jamais été rayée du projet. Seul un oui le 27 septembre permettra, donc, de sauver le stade de sa destruction programmée!

Olivier Français – (Du tac au tac) C’est faux! Comme nous le répétons depuis le début, la destruction du stade n’arrivera pas à l’ordre du jour avant plusieurs années. Et nous respecterons la procédure habituelle, qui permet à tout un chacun de faire opposition. Rien ne sera, d’ailleurs, fait sans l’aval du Conseil communal.

– Comment, techniquement, moderniser la Pontaise?
J.-L. R. – Je ne peux pas le dire, puisque nous n’avons mené aucun projet dans ce sens. A l’époque du projet de rénovation, plus d’une vingtaine d’architectes avaient proposé des solutions. Ce qui compte, c’est de conserver cette infrastructure, là où elle se trouve aujourd’hui, afin de préserver l’attrait et l’animation du quartier nord et maintenir les espaces verts au sud

O. F. – C’est quand même incroyable: les mêmes personnes qui s’opposent, aujourd’hui, à Métamorphose avaient critiqué avec force, en 2003, notre projet de rénovation de la Pontaise, où l’on couvrait les virages et les gradins. En terme financier, les preuves sont là: soigner la gangrène du béton coûtera très cher, et nous n’aurons, au final, qu’un stade bricolé. Il faut quand même rappeler que ce sont les milieux du football qui réclament une nouvelle infrastructure. Et si les grands événements se tiendront au sud, une dizaine de terrains accueilleront, au nord à la Tuilière, les sportifs amateurs ou du dimanche. Ce n’est pas un hasard si les fans du club de foot soutiennent Métamorphose.

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