Lausanne et sa région inspirent ceux qui rêvent d’un habitat à la verticale. Et cela ne date pas d’hier: la capitale vaudoise est le lieu de naissance, au début des années 1930, du «premier gratte-ciel de Suisse», la tour Bel-Air, avec ses 15?étages et ses 68?mètres de hauteur.
«Aujourd’hui, le nombre de projets approche la dizaine dans la région», relève Ariane Widmer, cheffe de projet au Schéma directeur de l’Ouest lausannois (SDOL), qui planche sur une harmonisation de la construction des bâtiments hauts sur l’agglomération.
A l’est de la gare
Sur le site Skyscrapercity.com, c’est l’est de la gare de Lausanne qui attise cet été les passions. On y voit une tour: «Elle a de la gueule. Imposante, on ne voit même plus la tour Edipresse derrière. L’idée d’avoir un repère en plein centre-ville sous cette forme est bonne», s’enthousiasme un internaute face à l’image de l’édifice, dont la hauteur est estimée à 100?mètres.
Le dessin affiché sur le web, apparu aussi lors d’une assemblée des habitants des Epinettes – quartier condamné par le projet d’agrandissement de la gare –, n’est pas l’œuvre d’un illuminé. Il figure dans un rapport transmis aux analystes en mars dernier par le groupe immobilier lucernois Mobimo, propriétaire de la surface de 12?600?m2 située entre la gare et l’avenue d’Ouchy.
«Beaucoup d’options»
La société, qui vient d’inaugurer à Zurich la Mobimo Tower haute de 81?mètres avec 24?étages, a vite fait de doucher l’intérêt suscité par cette esquisse. Il n’y a rien de déterminé, assure-t-elle: le projet va s’élaborer sur cinq à sept ans et il existe de nombreuses options.
«Nous avons un catalogue d’idées dans tous les sens; la tour, on y a bien pensé, mais ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres», relève Laurent Staffelbach, responsable de l’immobilier des CFF, partenaire de Mobimo pour ce projet. Olivier Français, municipal des Travaux et de l’Urbanisme, n’a encore vu aucun plan. «Il m’arrive plus que l’on ne croit de dire non à un projet. Je ne veux pas casser l’ambition, mais il faut la modérer, la rendre acceptable. Il faut une cohérence», réagit-il.
Les plans fleurissent
La Municipalité de Lausanne s’apprête à défendre les plans de la tour Taoua projetée au Centre de Congrès et d’expositions de Beaulieu, avec ses 27?étages et ses 85?mètres. Le projet sera prochainement débattu au Conseil communal avant, peut-être, un vote populaire. Ailleurs, d’autres idées tentent d’émerger. Elles sont parfois très ambitieuses: à Chavannes-près-Renens, il est toujours question d’une tour de 140?mètres, qui se placerait en deuxième position du classement suisse, derrière la future tour Roche à Bâle avec ses 175?mètres de hauteru et ses 41?étages.
La proposition, qui semblait enterrée il y a quelques années, est ressortie du tiroir. Le plan de quartier pourrait être présenté cet automne. A Crissier, le bureau d’architectes bernois AWS a esquissé l’avenir du secteur où se trouvait jusqu’en 2005 l’usine de filtres de cigarettes Filtrona. Il envisage un immeuble de 70?mètres et de 21?étages qui doit encore séduire des investisseurs.
A Bussigny, un édifice de 60?mètres et 20?étages fait partie d’un futur quartier actuellement soumis à l’enquête publique à la rue de l’Industrie; et le projet de tour sur le site autrefois occupé par Veillon est toujours d’actualité.
On imagine encore des tours à Malley, à Lausanne (au nord aux Plaines-du-Loup, au sud aux Prés-de-Vidy) ou au Mont-sur-Lausanne, qui pourrait accueillir un immeuble de 60?mètres et 18?étages près du chemin de Maillefer. De quoi faire rêver les amoureux des édifices élancés et enrager ceux qui ont la phobie des hauteurs.
La verticalité peine à convaincre
Entre le rêve de gratte-ciel et la réalisation, il y a souvent un gouffre. Interrogé en février 2008 dans nos colonnes sur «la folle envie de tours qui gagne le canton de Vaud», le spécialiste de la ville, Jérôme Chenal, fait aujourd’hui un constat désabusé: «En trois ans, peu de choses ont bougé», relève-t-il. Zurich et son nouvel emblème, la Prime Tower qui culmine à 126?mètres avec ses 36?étages, font exception. «Mais à Bâle, la conception de la tour Roche des architectes Herzog et de Meuron a dû être revue. A La Praille, à Genève, il manque le financement», ajoute le chercheur associé du Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL, qui travaille actuellement à l’University College de Londres. Selon lui, les tours sont plutôt mal perçues dans notre pays: «Elles font figure d’immeubles pour les pauvres. Cette mauvaise réputation vient des banlieues françaises. En outre, la réglementation ne leur est pas favorable.» Cela explique sans doute l’extrême prudence entourant l’idée d’un «gratte-ciel» à côté de la gare de Lausanne et, d’une manière générale, la réticence des concepteurs lorsqu’on les prie de montrer une image de leur projet.
On sent une retenue presque angoissante et en même temps une énorme envie de se lancer, mais allons-y les amis ... avec la raison et l'application qui nous caractérisent. Entrons dans le 21ème siècle avec aplomb !
Le projet de la gare est magnifique.
Vous connaissez l'histoire de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf ?
Moi je dis STOP à ce délire !
Des tours tant que l'on veut, mais dans un quartier de tours ! (p. ex. Paris La Défense, magnifique ensemble). Dans toute ville plate, oui, ça ne coupe la vue à personne; mais dès que l'on est, comme à Lausanne, sur des pentes permettant à chacun d'avoir une belle vue, une tour qui vient se planter devant des immeubles construits 10 ou 50 ans auparavant, jouissant d'une vue superbe sur le lac, ça ne se fait pas ! Mais dans cette ville où on construit des appartements au bord de l'autoroute (La Bourdonnette) et des burlingues occupés 40 heures par semaine dans une parcelle magnifique (Tribunal Cantonal Sauvabelin), il ne faut plus espérer la moindre logique, à part celle du profit...
Oui, je suis aussi d'avis qu'il faut regrouper les tours et non les disséminer, qui risque de fausser la "skyline" de la ville et donc sa lecture.
Il ne va pas s’ériger des quartiers de tours à Lausanne. Toutefois, quelques symboles/repères ponctuels comme Taoua, de la gare ou encore du Service de automobiles ne dérangerait pas. A propos de ville en pente, pensons p.ex. à Auckland (NZ), ville tout aussi pentue que Lausanne et qui a des dizaines et des dizaines de gratte-ciel bien plus hauts que Taoua. Lausanne a encore beaucoup de marge et ne va pas en arriver là. Cela n’empêche pas de construire des bâtiments de 6-8 étages sur rez, une hauteur raisonnable qui ne « choque » pas par rapport au reste de la ville.
On devrait concentrer les tours à l’Ouest et dans le Nord lausannois, zones en plein développement. Pas des gratte-ciel de 200 m, mais des tours s’étalant p.ex. entre 60 et 100 m p.ex., des hauteurs à l’échelle de l’agglomération, avec peut-être une exception pour la tour de Chavannes (140m).
Le projet de tour de 60m du projet En Dorigny (parcelle Aligro, Chavannes) ne me paraît pas choquant du tout, mais bien intégré au futur quartier. On pourrait concentrer les tours aux alentours des autoroutes, des grands axes routiers, des gares, arrêts de tram/métro, ceci afin d’éviter une trop grande augmentation du trafic en ville. Si on attend d’avoir construit des centaines de bungalows de 3 étages de haut pour se demander ensuite où construire en hauteur pour économiser le sol et lutter contre la pénurie de logements, on est mal barré. Construisons des bâtiments de 6-8 étages sur rez et quelques dizaines de tours bien placées, belles, bien conçues, comme celle de Filtrona p.ex. Des tours écologiques existent aussi, à l’instar du plus haut (190m) immeuble d’habitation d’Europe, à Malmö, en Suède. Ce ne sont pas les solutions qui manquent, mais la volonté. Les empêcheurs de tourner en rond devraient sortir de temps en temps et observer ce qui se fait ailleurs. Lausanne n’est plus un village de pêcheurs. Quand on voit p.ex. que Genève va construire des tours de 175m et que le Grand Lausanne (310 km2) crie au loup pour des tours de 60-80m, il y a un problème.