Défendre les droits des personnes homosexuelles, un combat d’arrière-garde? Le Conseil d’Etat vaudois ne voit en tout cas pas de problèmes aigus d’homophobie dans le canton. Circulez, il n’y a rien à voir. L’introduction du partenariat a favorisé la reconnaissance des couples homosexuels, la loi les protège des discriminations et le thème est abordé dans les cours d’éducation sexuelle à l’école, explique-t-il dans un récent rapport. Certes, l’homosexualité n’est pas encore pleinement acceptée, admet-il. Mais «il convient de laisser la société civile continuer d’évoluer dans le bon sens».
Cette vision déçoit la députée Anne Papilloud, qui lui demandait de lutter contre la discrimination envers les gays et les lesbiennes. En accord avec Pink Cross, l’association faîtière des organisations gay, elle plaidait pour la mise sur pied d’assises sur le thème de l’homophobie, comme cela s’est fait à Genève. Avec le soutien visible des politiques. La position vaudoise passe donc mal. «Cela revient à nier les souffrances des gays», regrette l’élue d’A Gauche toute. «Croire que le pacs et l’éducation sexuelle suffisent est un peu naïf», confirme Steven Derendinger, président de l’association VoGay.
Des souffrances
Derrière la reconnaissance légale du couple homosexuel pointe une autre réalité. «Un jeune gay sur quatre fait une tentative de suicide et ils ont plus de risque de dépression et de dépendance», souligne Raphaël Bize, médecin spécialiste de santé publique et membre de VoGay. Cela ressort d’une récente enquête romande, qui confirme des constats observés ailleurs. Sans compter que la loi n’offre pas l’égalité, rappelle Alexandre Curchod, avocat auteur d’une étude sur les droits des homosexuels. «La loi sur le partenariat est un pas important, mais c’est le fruit d’un compromis.»
Mais que faire face à ces difficultés? «L’évolution des consciences ne se décrète pas, elle se vit», constate le conseiller d’Etat Philippe Leuba. Cela ne suffit pas à tout le monde. Les propositions? Penser à un cadre légal qui condamne spécifiquement l’homophobie, comme c’est le cas pour le racisme. Mais surtout mieux en parler aux enfants. «Les écoles doivent devenir des lieux qui témoignent publiquement leur volonté d’ouverture», estime Raphaël Bize. Pour Hugues Balthasar, membre du comité de l’Aide suisse contre le sida, la question de la formation des professionnels en milieu scolaire peut aussi faire l’objet de réflexions.
Une position claire
«Il y a matière à se positionner en tant qu’Etat», estime Raphaël Bize. Mais, pour l’heure, le gouvernement vaudois estime que l’organisation d’assises sur le modèle genevois «ne se justifie pas». Un point pourtant central de la revendication d’Anne Papilloud. «Qu’est-ce que c’est? Qui y vient? Sur quel thème? Tout cela nécessite d’être préparé», se défend Philippe Leuba.
Le ministre laisse la porte ouverte et recevra une délégation pour en discuter. Tant du côté de Pink Cross que du groupe romand qui travaille à la mise en place de ces rencontres, on veut croire au dialogue.