Les «usagers fréquents» des urgences ne constituent que 4% des personnes qui s’y rendent mais sont responsables de 12% de l’ensemble des consultations.
Une équipe pluridisciplinaire sous l’égide de la Policlinique médicale universitaire (PMU) et du CHUV, associée à des confrères canadiens, s’est livrée à une analyse de la littérature sur ce sujet.
Il ressort de ces travaux publiés dans les «Annals of Emergency Medicine» que seule une intervention de type «case management» permet d’améliorer la santé de ces patients et de réduire leur fréquentation des urgences.
Dans ce type de «gestion de cas», une équipe pluridisciplinaire (infirmières, assistants sociaux, psychologues, psychiatres, médecin traitant, médecins des urgences) prend en charge le patient concerné et l’aide, lorsqu’il en a besoin, à s’adresser à la bonne personne.
L’équipe ne prend en charge qu’un petit nombre de patients pour pouvoir les aider de manière optimale, à l’hôpital et à l’extérieur de l’hôpital.
Patients vulnérables
Les chercheurs lausannois ont évalué 254 articles sur le sujet, retenant onze études jugées pertinentes par rapport à la question posée.
Sept ont montré une baisse de la fréquentation des urgences de la part des intéressés, grâce au «case management» pour cinq d’entre elles.
Trois de ces recherches ont mis en évidence des économies au moins équivalentes au coût de l’équipe mise en place. Enfin, trois également rapportent une amélioration de l’état des patients sur les plans clinique et social.
Le recours fréquent aux urgences - 4 à 5 consultations ou plus au cours des 12 derniers mois - est en effet le marqueur d’une grande vulnérabilité.
Les personnes concernées présentent une mortalité supérieure aux autres utilisateurs. Elles sont également plus à risque de présenter une consommation abusive d’alcool ou de drogues, une maladie mentale ou chronique, ainsi que d’être sans abri, sans assurance et d’un statut socio-économique bas.
Selon des données à paraître prochainement dans le cadre d’une autre étude, ces «usagers fréquents» représentent au CHUV 4,4% des patients et 12,2% des consultations.
Des chiffres «parfaitement en accord avec la littérature internationale», a précisé à l’ats le Dr Patrick Bodenmann, médecin-associé responsable de l’Unité des populations vulnérables à la PMU.
Impact à évaluer
Suite à ces recherches, une équipe de «case management» a été mise en place au CHUV.
Depuis juillet 2010, elle a pu améliorer la prise en charge complexe de plus d’une centaine de patients représentant plus de 300 consultations.
Les caractéristiques de ces patients sont éloquentes: 20% sont sans assurance maladie, 40% sans médecin de premier recours, 25% avec barrière linguistique et 40% à l’aide sociale.
«L’équipe pluridisciplinaire intervient en deuxième ligne, après les urgentistes et soignants», a précisé le Dr Bodenmann. Cette équipe mobile constitue un soutien à la fois pour les patients et pour les soignants de première ligne.
Une étude soutenue par le Fonds national devrait permettre de démontrer l’efficacité de cette approche. Le potentiel de réduction de recours aux urgences, service chroniquement engorgé, est jugé prometteur.
Cela devrait contribuer à libérer des ressources et diminuer les temps d’attente, espèrent les chercheurs.