Il en a marre, Norbert Baumgartner. Depuis une semaine, il passe ses journées et ses nuits dans le local de sa chaudière, au cœur de son entreprise de menuiserie. S’il tourne le dos plus de dix minutes, un début d’incendie dans la machine risque d’embraser le silo attenant, qui contient 100?m³ de copeaux.
La cause? Un défaut de conception: si personne ne coupe l’alimentation régulièrement, la chaudière s’enflamme. Une vraie bombe à retardement dans un dépôt de bois. Mais le menuisier ne peut pas éteindre la dangereuse machine, car elle assure le chauffage à distance des bâtiments voisins. «Il y a des bureaux, impossible de laisser la température descendre à zéro», soupire Norbert Baumgartner.
Résultat, le patron de la menuiserie se lève à 3?h chaque matin pour enclencher la chaudière, et passe sa journée à l’avoir à l’œil. «Ma vie tourne autour de cette machine. Je ne peux plus travailler dans mon entreprise: je dois rester là, à surveiller», raconte-t-il, seau d’eau et extincteur à portée de main. Une garde usante pour les nerfs. «Je n’en dors plus la nuit. Cette menuiserie, c’est mon père qui l’a fondée, et je ne veux pas la voir réduite en cendres.»
L a catastrophe a bien failli devenir réalité en octobre?2007: à la suite d’un départ de feu dans la chaudière, les pompiers ont dû intervenir douze heures durant pour éteindre les flammes. Par chance, l’incendie n’a pas détruit le bâtiment. Norbert Baumgartner a alors contacté l’ECA à plusieurs reprises pour demander conseil. Sans succès. «Un expert de l'ECA m’a enfin contacté jeudi, quand je leur ai dit que j’avais appelé la presse», indique-t-il. Faux espoir: hier, l’ECA annule sa visite et redirige le menuisier vers l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI). «Ils se renvoient la balle, mais tout ce que je demande, c’est que cette chaudière ne soit plus homologuée en Suisse», assure le Payernois.
Du côté de l’entreprise allemande qui a posé la machine, même dialogue de sourds. «Toute l’installation m’a coûté 320?000?francs et, dès le départ, j’ai eu des pannes et de la casse, mais ils refusent d’admettre qu’il y a un défaut de fabrication.» Face à un mur, Norbert Baumgartner effectue les réparations urgentes lui-même. Jusqu’à lundi dernier. «Une panne de plus: l’alimentation en copeau ne s’arrête plus toute seule, le combustible s’entasse et le feu prend très vite», explique-t-il.
Trop, c’est trop. Cette fois, le menuiser jette l’éponge. Acheter une nouvelle installation lui coûtera 100?000?francs, mais il estime que «c’est le prix à payer pour avoir la paix». Et ne plus vivre enchaîné à sa chaudière.