CHAMPÉRY

Le Centre national de glace, un inévitable gouffre à millions

Par Patrick Monay le 18.03.2010 à 00:01

Le Grand Conseil valaisan fustige l’engagement de l’Etat dans le Palladium, lourdement déficitaire. Ses responsables se défendent. Enquête.

Sur 100?francs d’impôts versés par les citoyens de Champéry, 10?francs sont utilisés pour éponger les ardoises du Palladium. Cette proportion suffit à expliquer le malaise qui habite les contribuables de la station chablaisienne. D’un côté, la fierté de disposer d’un centre sportif moderne offrant patinoire couverte, halle de curling, courts de tennis, piscines, salle polyvalente et septante lits hôteliers. De l’autre, la fâcheuse impression d’être pris à la gorge. Comment en est-on arrivé là? Quelles issues les autorités envisagent-elles?

LA GENÈSE
En 2001, Champéry décroche l’organisation du Festival olympique de la jeunesse européenne 2005, compétition hivernale destinée aux jeunes athlètes du monde entier. Décision est prise de transformer le complexe sportif existant en Centre national de sports de glace, par le biais d’une aide fédérale à la conception d’infrastructures sportives. Coût total de l’ouvrage, inauguré en 2005: 16,8 millions de francs. Par le biais de subventions et de prêts LIM (sans intérêts), les collectivités publiques assurent l’essentiel du financement. «Mais il reste, aujourd’hui encore, une dette d’environ 2,3 millions, dont nous devons assumer les intérêts», souligne Luc Fellay, président de Champéry.

COÛTEUSE GESTION
La fondation créée pour exploiter le centre annonce un budget de fonctionnement annuel de 2 millions. «Avec une centaine de camps sportifs et d’événements par an, nous tournons à plein régime», assure Henri-Pierre Galletti, directeur du Palladium. Malgré cela, les recettes plafonnent à 1,2 million. En outre, les charges énergétiques s’avèrent plus lourdes que prévu. D’où une perte annuelle de près de 800?000 francs, compensée par la commune (2/3) et le canton (1/3). La semaine dernière, plusieurs députés valaisans ont critiqué l’engagement de l’Etat dans cette aventure. «Ce sont de pures gesticulations politiques, répond Luc Fellay. Il était admis dès le début, par écrit, que le canton participerait à la gestion du Palladium. Une commune de 1200 habitants ne peut pas supporter seule une telle charge!»

CONTRAT NON RESPECTÉ
Pour mériter la manne fédérale, le centre sportif de Champéry devait s’associer à une fédération sportive nationale. Ce fut chose faite avec l’Union suisse de patinage (USP), qui s’est engagée à utiliser la glace du Palladium au moins quatre cents?heures par an jusqu’au 30 avril 2010. On en est loin. «Entre le short-track et le patinage artistique, l’USP remplit environ 15% de ce contrat, calcule Henri-Pierre Galletti. Elle n’a pas la capacité de faire davantage.» Le Conseil d’Etat valaisan exige que la fondation facture le manque à gagner à l’USP, avec effet rétroactif au 1er mai 2005. «Nous allons le faire, mais sans nous faire beaucoup d’illusions», admet le directeur. Pour qui le business plan élaboré au départ était «trop ambitieux».

PÉNURIE HÔTELIÈRE
En manque de lits, Champéry croyait pouvoir faire fructifier son centre sportif en cédant sa gestion aux Maisons de Biarritz. Or, le groupe français a fait naufrage il y a un an. Son projet – un complexe de 950 lits sur trois sites, pour 100 millions de francs – est aujourd’hui entre les mains de trois repreneurs potentiels.

LES SOLUTIONS
Pour le président Luc Fellay, elles doivent suivre quatre axes. Premièrement, la construction d’un hôtel attenant au Palladium. «Une société britannique est sur le coup. Elle pourrait gérer toute la subsistance, mais sans doute pas les aspects techniques.» Deuxième axe: liquider les montants en souffrance liés à la construction. «Dès 2012, il faudra rembourser les 5,2 millions accordés en crédits LIM», s’inquiète Luc Fellay. Du côté des pertes d’exploitation, il s’agirait de déterminer une clé de répartition définitive entre le canton, la région et la commune. Enfin, la fondation entend jouer à fond la carte du curling. Champéry accueillera en décembre les meilleures équipes du continent à l’occasion des Championnats d’Europe. «Nous avons la chance de disposer d’infrastructures haut de gamme. Sachons profiter de cet événement pour les pérenniser.»


Des services qui coûtent cher

«Aucun centre sportif ne peut être rentable!» La situation du Palladium n’étonne guère Alain Caclard, directeur de Gestion sportive Leysin SA. Cette société, détenue par la commune, exploite les deux centres sportifs de la station. Budget annuel: 1,2 à 1,3 mio de francs. Leysin débourse 500?000?francs par an pour éponger les pertes. Patinoire, piscine, squash, fitness, salles omnisports: de tels services coûtent cher. «Nous sommes ouverts 365?jours par an, parfois jusqu’à 18?heures par jour», insiste Alain Caclard, qui dirige 15 collaborateurs.

A Villars, le déficit annuel atteint 900?000?francs, sur un budget de 2 millions. Il est couvert par les communes d’Ollon et de Gryon (600?000 et 50?000 francs), et le produit de la taxe de séjour (250?000?francs).

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