«Quelle est ta vision de la beauté africaine?» «Naturelle.» Ce mot est ressorti à presque chaque réponse des seize candidates participant samedi soir au casting de Miss Africa à Vevey, où un rapide défilé sur la scène était suivi de questions du jury. Un détail, évoquant une vision non sophistiquée de la séduction? Au contraire, le concept n’est pas innocent au sein d’une communauté où beaucoup de femmes se sont longtemps éclairci la peau. Certaines continuent d’ailleurs de le faire. Mais pas au sein des candidates à Miss Africa. «Nous en avons assez du stéréotype selon lequel il faut avoir la peau claire pour être belle, revendique Joana L’Or, de La Tour-de-Peilz. Nous voulons changer la donne et être nous-mêmes», continue la jeune femme de 17?ans, qui, en plus, défend ses formes généreuses.
«Retour aux racines»
«Ne pas s’éclaircir est une de nos exigences, explique Lucy, 28?ans, membre du jury. Nous avons vu les dégâts sur nos mères, c’est donc important qu’elles ne le fassent pas.» Les conséquences vont de signes inesthétiques – apparence rose rappelant une brûlure ou encore taches bleutées ou vertes semblant résulter de coups – à de graves maladies. Exit donc les produits éclaircissants – appelés «tchoco» dans le jargon de la communauté – et dont certains sont vendus librement dans de grandes enseignes.
Pour certaines, ce «retour aux racines» va plus loin. «Je me suis abîmé les cheveux avec des tresses et d’autres choses. Maintenant c’est fini, je garde mes propres cheveux, crépus, et c’est très bien comme ça! Je revendique mon côté africain», affirme dans un large sourire Gloria, gymnasienne lausannoise.
Pour cette génération dont la grande majorité est née ici, le concours Miss Africa est donc l’occasion d’affirmer une part de la personnalité plus que de rêver aux paillettes de la couronne de Miss. «Ma mère est Congolaise et mon père Suisse. Je suis fière de mes racines, des deux côtés», affirme Audrey, métisse de 22?ans venue soutenir une amie. Pour elle comme pour d’autres, l’élection est une façon d’affirmer l’existence de la communauté africaine en Suisse, à l’identité parfois mixte. «Au travail je me comporte comme une Suissesse et à la maison comme une Africaine, rigole Aïda, 21?ans, d’origine congolaise. Mais j’aurais quand même beaucoup de difficultés à dire à un Blanc que je suis Suisse, à cause de ma couleur de peau.»
Autres castings à venir
La soirée s’est déroulée, elle, «à l’africaine», ont affirmé des personnes présentes. Soit avec une sacrée dose de bonne humeur et quelques subtilités d’organisation. «Nous avions dit que la sélection commençait à 17?h, pour être sûrs que des gens viennent dès 19?h», rigole Priscilla, instigatrice du concours. La jeune maman de 23?ans, habitante d’Aigle, a mis en place le casting et a dans la foulée monté l’association Beauté africaine Suisse. Elle attendait une septantaine d’inscrites samedi. Beaucoup ne sont pas venues. Battante, Priscilla n’est pas découragée: «Nous avons donc décidé avec notre sponsor de monter d’autres castings, dans d’autres villes.» Avis aux prétendantes au titre!
Regardez notre galerie photos sur www.24heures.ch/missafrica
Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?