LICENCIEMENTS

Bobst: des employés à l’heure de la crise

Par LAURENT GRABET le 23.11.2009 à 00:07

Au lendemain de l’annonce de 300 suppressions d’emplois, les salariés de la société vaudoise oscillent entre inquiétude et fatalisme. Confidences devant les usines de Mex et de Prilly.

La Swatch qu’arbore fièrement Adelino De Pinho a du retard. On y lit l’heure des vaches grasses mais c’est celle des vaches maigres que vit aujourd’hui Bobst. «Un cadeau que la direction nous avait fait en 2008», commente le cariste, 53?ans, dont «huit à pointer» dans l’entreprise vaudoise. A l’époque, la société spécialisée dans la fabrication de machines d’emballage était en «plein boom». Un chèque de 1000?francs avait même emballé la montre. «Quoi qu’il arrive je ne dirai pas de mal de cette boîte. Elle est correcte et paie bien», assène l’ouvrier avec sincérité.

Cette année, il n’y aura ni cadeau ni prime pour lui mais peut-être un licenciement. Il est inquiet pour les autres mais n’y croit pas pour lui. Ce vendredi brumeux sur le parking de l’usine de Mex n’incite pourtant pas à l’optimisme. Il n’y a pas si longtemps, ils étaient six dans le secteur d’Adelino De Pinho. Ils sont désormais moitié moins. «Trois intérimaires ont giclé.» Trois cents employés pourraient bientôt subir le même sort. La veille, le big boss, Jean-Pascal Bobst, l’a annoncé à ses 2357 employés spécialement réunis dans une grande halle (24?heures de vendredi).

«Tout le monde est secoué par la nouvelle»
Malgré les trois semaines chômées cet été, les diminutions du temps de travail et le recours au chômage partiel, «ça en a surpris plus d’un, commente Alexis*. Ce matin tout le monde était un peu secoué et il nous a fallu une heure avant d’aborder le sujet.» L’agent d’exploitation a 55?ans et quinze ans de Bobst derrière lui. «Trop vieux pour retrouver un travail, s’inquiète-t-il tout haut. En tous les cas, travailler à perte comme c’est le cas actuellement n’est pas très motivant.» Pour le Vaudois, c’est toute l’économie locale qui va pâtir des licenciements à venir. Il vient par exemple d’annuler une coûteuse opération dentaire «en attendant de voir».

D’ici à mi-décembre, lui et ses collègues devraient être fixés sur leur sort. En attendant, c’est le «flou artistique» d’après l’un d’eux, croisé à la pause de midi devant l’usine de Prilly. Quels secteurs seront les plus touchés? Sur quoi se base le nombre de trois cents? Peut-on se fier aux autres chiffres rouges avancés par la direction? Y aura-t-il une seconde charrette dans six mois? Pas mal de questions pour peu de réponses mais beaucoup de rumeurs. Et l’inquiétude et le fatalisme qui dominent chez les employés, dont une majorité semblent penser que la direction fait son maximum pour limiter les dégâts.

Veste sur l’épaule, Michel* discute justement de tout ça avec un collègue sur le parking de l’usine et ne partage pas cet avis. L’atelier dans lequel il œuvre depuis vingt-huit?ans a encore pas mal de travail. «Mais trop de décisions techniques sont prises sans nous consulter et cela fait des années que la structure hiérarchique est trop lourde. Il y a quinze chefs là où deux suffisaient il y a dix ans!» L’automaticien de 44?ans a connu la «vague crise» de 1993. Il reste serein malgré le tsunami qui se prépare et n’a même pas assisté à la réunion de la veille. Depuis trois ans et les premières «délocalisations» en Chine, il travaille à sa reconversion. Lui n’a pas de Swatch au poignet.

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