Non, ce n’est pas seulement une impression, l’hiver n’en finit pas de jouer les prolongations. La région vit son quatrième épisode froid de la saison. La faute à la bise qui balaie le canton depuis jeudi dernier, selon Vincent Devantay, de MeteoNews. «Elle va perdurer au moins jusqu’à samedi. Ce phénomène provoque une vague de froid exceptionnelle pour un mois de mars.» Selon le météorologue de 24?heures , même les températures sous abri resteront négatives aujourd’hui. Mais c’est surtout l’impression de froid engendrée par les bourrasques qui va frigorifier les Vaudois, entre –5 et –12?degrés en plaine et –20 et –25 sur les crêtes du Jura.
Particulièrement forte aujourd’hui, avec des rafales de plus de 80?km/h prévues en plaine, la bise impressionne surtout par sa durée et sa persévérance. De mémoire de marins, cela faisait longtemps que ce vent froid n’avait pas fait autant de vagues. «Des périodes de bise d’une semaine ne sont pas exceptionnelles, nuance Olivier Chenaux, premier capitaine de la CGN. Mais cela faisait des années que nous n’avions pas eu autant d’épisodes.» Un hiver à bise qui a forcé, une nouvelle fois, le transporteur à interrompre ses traversées entre Nyon, Yvoire et Chens hier et aujourd’hui.
Périodes à répétition
Pour Vincent Devantay, la bise marque clairement de son empreinte cet hiver. «Non seulement les périodes sont longues et intenses, mais elles se répètent. Il ne faut cependant pas chercher d’explications à ce phénomène, comme le réchauffement climatique.» Les coups de froid répétitifs provoqués par le «mistral» du Léman et du lac de Neuchâtel tiennent certainement du hasard, qui fait grelotter d’ailleurs une bonne partie de l’Europe, alors que le Québec n’a jamais connu un hiver aussi doux.
Pas de quoi consoler les marins professionnels. Pêcheur à Ouchy, Serge Guidoux ne supporte plus cet hiver à bise. «Alors que la saison est bonne au niveau du poisson, cela nous empêche d’aller mettre nos filets au large pour les féras. Je me suis contenté dimanche soir d’en mettre au bord pour les perches.» Les bourrasques, imprévisibles, ont pourtant joué un drôle de tour au marin, qui a failli se faire «arracher le doigt» par un filet.
Du côté de la CGN, les passagers peuvent embarquer entre Lausanne, Evian et Thonon sans souci, sauf celui du mal de lac. «Le principal problème de la bise est de rendre l’accostage sur la côte française difficile, explique Olivier Chenaux. Il faut être particulièrement prudent. Les équipages doivent aussi être attentifs à la glace qui se forme rapidement sur les bateaux.» Les lames qui s’abattent sur les ponts gèlent, preuve du froid exceptionnel provoqué par la bise. Ce vent a cependant le mérite de chasser les nuages et de donner des couleurs étonnantes aux lacs vaudois.