Jamais Lausanne n’a été dirigée par une équipe municipale aussi à gauche, face à une droite secouée par une crise existentielle qui dure. Et il y a longtemps que la capitale n’avait dû affronter une législature aussi difficile sur la longueur, avec des enjeux pharaoniques. Côté urbanisme, il y a l’avenir de la ville qui se joue avec le programme Métamorphose ou les futurs axes forts de transports publics. En ville, ce sont les phénomènes liés au chômage, à la mendicité, au trafic de drogue ou à la sécurité urbaine qui attisent les discussions. Quand le dossier des finances, en pleine récession mondiale, n’excite pas la scène politique, avec des finances communales complètement plombées par une dette abyssale, sur le point de dépasser celle du canton.
A ce jour, aucun élu en place ne s’est encore officiellement déclaré partant pour les élections de 2011. Silvia Zamora a déjà clairement annoncé sa prochaine retraite politique. Mais ses six collègues semblent, quant à eux, animés d’une ferme volonté de rempiler. Seront-ils adoubés par leurs partis pour revendiquer à nouveau un siège dans douze mois? De grandes luttes se dessinent déjà en coulisses. Une chose est certaine: la campagne électorale sera très agressive. Et les guerres intestines nombreuses des deux côtés de l’échiquier politique. La gauche majoritaire tentera, par tous les moyens, de maintenir sa suprématie. Au risque de déclencher de belles bagarres entre socialistes, Verts et popistes. Car, à droite, les libéraux-radicaux fourbissent déjà leurs armes pour se refaire une vraie santé et contrer l’UDC. Le premier verdict tombera au soir du premier tour, le 13 mars 2011.
L’indéboulonnable dur à cuire au cuir dur
Daniel Brélaz, syndic (Vert)
Directeur de l’Administration générale et des Finances
C’est à croire qu’il y a un véritable «miracle Brélaz». Le syndic paraît traverser les crises sans jamais vaciller de son trône. Caisse de pension, City Management, Palais de Beaulieu, double mandat, maison de paille: le géant vert réussit à enterrer chaque dossier miné qui en aurait fait exploser plus d’un à sa place. Et quand c’est l’une de ses «brebis» municipales qui devient galeuse, le grand chef arrive en renfort, explique, rassure. Sa méthode? Celle des vrais politiciens: encaisser les coups, savoir parfois courber l’échine tout en gardant la tête haute, et en décochant quelques uppercuts au passage pour garder l’avantage. Les finances de la ville sont dans une situation périlleuse, qu’à cela ne tienne: Daniel Brélaz noie les chiffres dans son verbiage de mathématicien et réussit même, dans la foulée, à faire rêver avec un gigantesque projet urbanistique. De quoi donner des cheveux gris à ses adversaires, de droite comme de gauche. Et énerver ses opposants avec ses manières et son ton souvent expéditifs. Pendant combien de temps encore les Lausannois lui resteront-ils fidèles? Réponse en 2011. Car en annonçant à l’avance qu’il est prêt à quitter, en cas de double réélection, soit le Conseil national, soit la syndicature en 2013, il pourrait bien refroidir nombre de ses électeurs. Signer un bail à court terme n’est pas dans les habitudes des Lausannois.
Le rose qui rêve de déloger le géant vert
Oscar Tosato (socialiste)
Directeur de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Education
En 2011, ce sera quitte ou double pour Oscar Tosato, la locomotive électorale du PS lausannois qui rêve de s’asseoir, un jour, dans le fauteuil de syndic. Tout auréolé du second meilleur score en 2006 et d’un soutien populaire savamment cultivé dans les quartiers, l’élu rose jouera, c’est sûr, son va-tout lors des prochaines communales. Mais que retiendront réellement les électeurs de son action? Son excellente gestion du dossier, toujours facile, de la petite enfance? Ou son coup politico-médiatique et son «pari de l’illégalité» lancé pour défendre les apprentis sans-papiers, au risque d’ouvrir la porte à l’UDC? Le manque de stratégie politique avec lequel il a fait feu de tout bois du cadre juridique existant pourrait déplaire à certains. Quand d’autres regrettent que sa victoire symbolique touche une cause très minoritaire. Quoi qu’il en soit, Oscar Tosato n’a aucun souci à se faire pour 2011: il annoncera un bilan excellent, avec des promesses électorales quasi toutes réalisées. Mais s’il souhaite véritablement diriger un jour la ville, il s’agit désormais pour lui de se créer une véritable étoffe de patron. De maîtriser enfin sa communication et d’accepter d’essuyer des coups. Peut-être devrait-il enfin oser se confronter à un dicastère moins consensuel…
Le capitaine qui garde son cap
Olivier Français (libéral-radical)
Directeur des Travaux
Ultraminoritaire, l’hyperactif Olivier Français n’a jamais fléchi. L’avantage d’être seul, sans doute. Malgré une dernière élection difficile, Monsieur M2 a réellement su capitaliser sur le succès du nouveau métro et son aura d’excellent gestionnaire de chantier. Loin de la crise idéologique et des bérézinas successives qui agitent son camp politique, le radical – estampillé libéral-radical depuis juin 2009 – a réussi à trouver, auprès du syndic et de Silvia Zamora, des alliés inespérés pour donner un coup de fouet à la mutation urbanistique de la ville. Et rêver d’un troisième métro ou d’un cœur de ville piéton. L’essentiel du programme Métamorphose n’a-t-il pas, d’ailleurs, été en grande partie développé dans ses services? Les communales de 2011 ne s’annoncent toutefois pas de tout repos pour «Monsieur Tunnel». Certes, il risque de bénéficier du calendrier fédéral, qui pourrait, d’ici là, avaliser ses grandes ambitions de traversée souterraine de la ville. Mais le bâtisseur sera surtout attaqué frontalement pour les centaines de millions de francs qu’il souhaite encore dépenser en infrastructures, alors même que la droite n’a de cesse de fustiger la colossale dette communale. Qu’en penseront les contribuables?
Un fin nez à l’écoute avisée
Marc Vuilleumier (POP)
Directeur de la Sécurité publique et des Sports
Marc Vuilleumier, ou la preuve par deux que l’on peut être popiste et tenir les rênes de la police. Certes, celle-ci a subi une grave crise et a dû encaisser un audit interne qui l’a ébranlée jusqu’au sommet de sa hiérarchie. Certes, avec le spectre d’une police unique, la base a sans doute préféré se serrer les coudes plutôt que contester une direction politique jugée, parfois, un peu molle, lorsque les dealers envahissent la ville, que les mendiants deviennent trop voyants ou que les coups de couteau se multiplient. Quoi qu’il en soit, Marc Vuilleumier sait calmer les esprits. Et garder la maîtrise des dossiers chauds, en prenant des décisions populaires sans jamais virer au populisme. Malmené souvent même par son propre camp, l’ancien président de l’AVIVO réussit à chaque fois le grand écart entre ses impératifs idéologiques et sa mission d’élu. En faisant preuve d’écoute et, surtout, d’un fin nez qui lui permet toujours d’entrer en action au dernier moment. Parfois de manière un peu naïve, mais toujours avec sincérité. Reste à savoir s’il saura déjouer les attaques socialistes visant à lui ravir son siège et, surtout, esquiver les critiques de la droite, bien décidée à se profiler sur le thème de la sécurité.
L’impassible homme de dossiers
Jean-Yves Pidoux (Vert)
Directeur des Services Industriels
Il paraît difficile, voire impossible, de faire trembler l’électrocardiogramme politique du Vert et très discret Jean-Yves Pidoux. Même la plus grande panne d’électricité qu’a connue Lausanne depuis des décennies n’a pas ébranlé la tranquillité avec laquelle le directeur des Services Industriels peut développer ses dossiers. Après le black-out d’il y a deux semaines, aucun adversaire politique n’a essayé d’obtenir des explications. Ni tenté de pousser dans ses derniers retranchements l’ancien professeur d’université à la langue de bois acérée. Sans doute parce que les dossiers que développe le député rapportent plus à la ville qu’ils n’occupent le devant de la scène ou n’excitent les oppositions. Si l’écologiste n’aura pas à rougir de son bilan – avec en tête de liste le New Green Deal qui devrait ramener des centaines de millions de francs dans les caisses –, il lui faudra toutefois réussir à séduire l’électorat, en sortant rapidement de l’indifférence quasi générale dans laquelle on le laisse évoluer. A moins que la poussée verte qui emmène les écologistes de succès en succès ne suffise à lui garantir son avenir à la Municipalité.
L’épine dans le pied de la rose
Jean-Christophe Bourquin (socialiste)
Directeur de la Sécurité sociale et de l’Environnement
Une erreur de casting? Un éternel mal-aimé? Ou une tête de Turc qui n’arrive pas à se départir de sa casserole politique? Depuis l’échec retentissant de la votation sur le local d’injection, Jean-Christophe Bourquin paraît ne jamais avoir réussi à redresser la barre. D’autres avant lui avaient essuyé les plâtres du laborieux dicastère lausannois des Affaires sociales. Mais l’élu surprise de 2006, chargé d’assurer une réorganisation complète du service, semble buter irrémédiablement sur le dossier sitôt qu’il lui faut concrétiser l’un de ses préavis. Tout comme il s’est montré incapable de débloquer le dossier de la toxicomanie, avec des promesses maintes fois formulées puis repoussées. A trop remettre l’ouvrage sur le métier, le Sisyphe socialiste finit par crisper ses adversaires comme ses alliés. Aujourd’hui, d’ailleurs, beaucoup le voient sur un siège éjectable. La grande question sera donc de savoir si les militants du parti se rallieront ou non à la stratégie que semblent développer les caciques: placer à l’exécutif une autre personnalité de poids en 2011 pour multiplier les chances, plus tard, de ravir la syndicature aux Verts.
La future retraitée qui fait le ménage
Silvia Zamora (SOCIALISTE)
Directrice de la Culture, du Logement et du Patrimoine
Avec Silvia Zamora, ça ne badine pas! En annonçant sa préretraite en 2006 déjà, la socialiste a clairement choisi de ne pas s’encombrer des affres d’un prochain combat électoral. Du coup, la seule femme de l’exécutif lausannois a abattu ses dossiers les uns après les autres, avec son caractère et son style souvent très directs qui ne laissent que rarement indifférent. A son arrivée à la tête de la Culture, elle a dû encaisser les attaques ciblées par la droite sur des bombes héritées de son prédécesseur: la crise des Docks et l’enlisement du futur opéra. Silvia Zamora a eu l’intelligence de rapidement faire le ménage pour pouvoir ensuite signer de sa patte de nouveaux projets. Certes, elle n’aura pas le temps de marquer définitivement la ville de son empreinte, avec son grand projet de Riponne culturelle repoussé aux calendes grecques. Mais, à l’heure du bilan, elle pourra sans gêne fumer son cigare fétiche: ses lignes directrices pour la culture jusqu’en 2013 permettront d’asseoir durablement de nombreuses institutions. Et elle partage le succès populaire du programme Métamorphose, avec ses milliers de logements prévus.
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