CAMBRIOLAGES

Des bandes de l’Est pillent les opticiens

Par Laurence Arthur le 19.03.2010 à 00:05

Une fois par mois, en moyenne, un opticien se fait rafler le contenu de son magasin, qui est ensuite expédié dans les Balkans. Il y a deux jours, une opticienne à Gland a été victime d’une telle opération.

Les montures de lunettes sont devenues l’objet de la convoitise de quelques cambrioleurs, qui les écoulent sur les marchés parallèles des pays de l’Est, à l’instar d’autres articles de luxe. Les numéros de série gravés, qui permettraient d’identifier les modèles volés de certaines marques prestigieuses, comme Cartier, n’ont guère d’effet dissuasif.

Isabelle Morel, opticienne à Gland, en a été le triste témoin, comme le rapporte le quotidien local La?Côte de jeudi. Dans la nuit du 16 au 17 mars, des voleurs ont forcé la porte d’entrée de son magasin à l’aide d’un pied-de-biche. Ils ont emporté la quasi-totalité des montures, soit 1110 paires, ainsi que des appareillages techniques lourds, dont un réfractomètre automatique.

Aucune trace
Le mode opératoire correspond à la pratique professionnelle d’une bande organisée: aucune trace de pas ni empreinte n’ont été décelées, et l’effraction s’est déroulée en silence, dans un quartier tranquille. «On m’a volé de quoi constituer un magasin. Moi, je recommence de zéro, comme si je me retrouvais à la veille de l’ouverture de mon commerce, voilà trois ans et demi… C’est juste un travail monstrueux. J’attends maintenant les représentants en matériel qui vont pouvoir me dépanner», se désole Isabelle Morel.

D’après le porte-parole de la police cantonale, Jean-Christophe Sauterel, ce type de vol représente un cas par mois. «Ces bandes alimentent le marché noir des pays de l’Est, mais je refuse de parler d’un phénomène. A l’échelle de l’ensemble des cambriolages, cela reste anecdotique.»

Vols sur commande
Le président du groupement des opticiens vaudois, Jacques Culand, connaît les ennuis rencontrés par ses confrères: «Mais les informations ne remontent pas toutes jusqu’à moi, car elles restent traitées au niveau des responsables de chaque commerce. Il n’y a donc pas eu de discussion générale dans la profession.»

Dans le milieu, les récits des descentes délictueuses circulent cependant. Le magasin Visilab d’Aigle a été visité deux fois durant ces cinq dernières années. «La première fois, ils ont emporté tout ce qui était en rayonnage. La seconde fois, ils se sont uniquement intéressés aux lunettes de soleil», rapporte Julien Crochet, opticien.

Son homologue François Bergamin, responsable de la succursale dans le centre commercial de Chavannes-de-Bogis, a été dévalisé de la même manière il y a trois ans. «La police les a retrouvés. Il s’agissait de quatre ou cinq personnes géorgiennes qui sont entrées par le toit et se sont saisies des articles, qui ont été fourrés dans des sacs-poubelle. Elles ont été appréhendées. L’enquête a déterminé qu’elles agissaient sur commande. Ce sont des contrats.»

Depuis, plus aucun cas n’a été signalé dans les points de vente Visilab, et pour cause: à la demande des assureurs, les dispositifs de sécurité ont été renforcés, en particulier sur les plafonds, comme le confirme le quartier général de Visilab.

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