Introuvable parce qu’assassinée par son frère, selon le jugement du Tribunal criminel de Lausanne de mars dernier. Toujours vivante pour UBS et les autorités civiles.
A la différence de sa mère octogénaire et d’une amie de celle-ci, découvertes mortes dans la villa familiale de Vevey, Marie-José Légeret a disparu sans laisser de trace le 24 décembre 2005. Ce n’est pas la moindre des zones d’ombre de cette affaire, qui vaut à F.?L., 45?ans, la prison à vie pour un triple homicide qu’il nie avec véhémence. Le verdict n’est par ailleurs pas définitif, la Cour de cassation cantonale devant trancher un recours le 4 octobre prochain en audience publique
A supposer qu’elle soit toujours en vie et qu’elle tombe sur la Feuille des avis officiels (FAO) d’hier, Marie-José Légeret a une bonne raison de sortir du bois si elle tient un tant soit peu à la sauvegarde du patrimoine familial. UBS lui annonce la vente prochaine d’une dizaine d’immeubles de l’hoirie composée d’elle-même, de sa mère décédée et de son frère en prison. La banque veut en tirer plus de 20 millions de francs. Il s’agit du dernier acte d’une procédure entamée en juin?2009 sous forme de commandements de payer.
La première question est de savoir comment UBS peut s’adresser ainsi à une personne que la justice considère décédée depuis longtemps. De fait, tel est le sort des victimes présumées de meurtre et autres disparus dont on ne retrouve pas le corps. Christophe Misteli, avocat de Marie-José Légeret: «Du point de vue du droit civil, ces personnes sont considérées comme vivantes pendant cinq ans après leurs dernières nouvelles.» Ce délai échoit fin décembre prochain. Ce sera alors aux héritiers d’engager une procédure. Une première sommation paraîtra dans la FAO. Puis, si rien ne se passe, il s’écoulera encore un an avant que la doctoresse veveysanne soit officiellement déclarée absente ou décédée. Aujourd’hui, UBS ne fait donc qu’appliquer la procédure habituelle envers une personne dont elle ignore l’adresse.
Seconde interrogation: quelles dettes justifieraient une action aussi musclée d’UBS? Me Misteli schématise: «La question n’est pas là. Marie-José Légeret, par le biais de son curateur, a régulièrement payé les intérêts sur les hypothèques grevant ces immeubles et même son AVS. Mais UBS, qui voit en F.L. un interlocuteur difficile, se heurte à une fin de non-recevoir de sa part lors des démarches qui lui sont proposées. La banque a alors décidé de résilier ses hypothèques.» On relève que, hormis Marie-José Légeret, la première épouse de F.?L., copropriétaire d’une partie des biens, sans domicile connu, est elle aussi informée et concernée par une partie de cette vente prochaine.
Fortune de 40 millions
La valeur des immeubles en jeu est bien supérieure aux 20 millions réclamés. Charles Légeret, architecte, grand bâtisseur sur la Riviera, décédé en 1990, avait constitué une fortune immobilière s’élevant à 40 millions. Suite à des tensions, son fils Simon* est sorti de l’indivision familiale et a eu sa part. Un autre fils, aujourd’hui décédé, aussi. En laissant UBS liquider ces immeubles, F.?L. pourrait diminuer ce qui reviendrait à Simon* en cas de dépossession d’héritage.
* Prénom d’emprunt