DISCRIMINATION

Apprentissages à Lausanne: une générosité à deux vitesses?

Par GÉRALD CORDONIER le 22.03.2010 à 00:04

Amélie* s’est vu refuser le droit de postuler pour une place d’apprentissage au sein de la commune parce qu’elle n’est pas Lausannoise. La jeune fille s’étonne d’une telle ségrégation à l’heure où l’on parle agglomération et engagement de clandestins.

«Je trouve très bien de permettre aux jeunes sans-papiers de suivre un apprentissage. C’est important pour favoriser l’intégration. Mais je ne comprends pas pourquoi, en même temps, la ville de Lausanne refuse catégoriquement d’engager d’autres jeunes tout à fait en règle.»

Amélie* a 17?ans. Elle souhaite rester anonyme. Car elle rêve d’être coûte que coûte assistante socio-éducative, comme de nombreuses jeunes filles de son âge. Bien décidée à consacrer sa future vie professionnelle à l’encadrement d’enfants, l’adolescente a multiplié les stages et a écrit – en vain depuis des mois – à plus de trente garderies, crèches et centre d’animations, de Morges à Renens, en passant par Pully ou Yverdon.

Pour l’heure, la jeune fille ne perd pas espoir de décrocher enfin une place d’apprentissage, malgré un courrier reçu il y a quelque temps. Signée par le Service lausannois de la petite enfance – dirigé par le même Oscar Tosato qui a lancé son «pari de l’illégalité» pour soutenir les clandestins –, la lettre évince d’emblée sa candidature. Amélie remplit tous les critères exigés, sauf celui d’habiter dans la commune. Elle loge à Belmont. «Mon père a son entreprise basée à Lausanne, où il paie des impôts. Quand on se bouge pour trouver une place, c’est vraiment démotivant de voir ses chances d’engagement s’évanouir juste parce qu’on vit trois kilomètres trop loin.»

Et la jeune fille de s’étonner aussi que la solidarité, pourtant âprement défendue par le municipal socialiste, bute sur les frontières communales. Pour Amélie, c’est à n’y plus rien comprendre quand elle entend, de plus, les politiques parler d’agglomération, de région lausannoise, etc. «Je trouve dommage de faire une telle ségrégation. Jamais je ne partagerai l’avis de certains de mes amis qui trouvent inadmissible d’engager des jeunes sans-papiers, mais les règles d’engagement appliquées à Lausanne me font quand même réfléchir…»

«Une Municipalité obtuse»
Pour le conseiller communal Guy-Pascal Gaudard – très investi dans la cause de la formation des apprentis –, la ville de Lausanne se trompe en édictant des conditions restrictives d’engagement: «Elles sont iniques! La Municipalité veut faire preuve d’ouverture, mais elle reste obtuse en refusant des jeunes en situation régulière. Si l’on veut ouvrir les portes de l’apprentissage aux sans-papiers, ouvrons-les d’abord aux jeunes des communes voisines. Et si l’on veut faire du protectionnisme, qu’on le fasse également avec les entreprises à qui des mandats sont donnés: à ce jour, la ville ne se soucie jamais de savoir si ses prestataires viennent de Lausanne ou font l’effort de former des apprentis.»

En débat ce soir, sur invitation de l’Union syndicale et face au municipal Oscar Tosato, l’élu libéral-radical – patron d’une entreprise d’électricité – ne manquera pas de présenter toute une batterie de propositions afin de permettre l’engagement par la ville de jeunes, avec ou sans papiers. «Dans ce dossier, le but final est quand même d’améliorer l’accès à l’apprentissage pour tous les jeunes, d’ici ou d’ailleurs.»

* Prénom d’emprunt

Débat public sur l’apprentissage des sans-papiers, ce soir à 18?h à la Brasserie Le Vaudois, place de la Riponne 1. Entrée libre.

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